Tout est beau, y a rien à voir

Tout d’abord, un mot pour tous ceux qui ont commenté sur mon billet d’avant-hier. Merci. 🙂 Je sais que je vous réponds dans les commentaires, mais pareil. Ça a fait du bien d’écrire ça en cette Fête des Pères. Mais passons…

Je voulais réagir sur ce sujet qui, bien qu’ayant eu une couverture régionale (je peux vous le confirmer) est passé malgré tout assez dans le beurre. Voyez-vous le maire de Roxton Falls a décidé qu’il ne publierait plus d’avis municipaux dans un journal local. Il invite même ses concitoyens à boycotter l’hebdo. Porque ? me direz-vous dans votre espagnol parfait. Voyez-vous, la Ville de Roxton Falls a décidé qu’elle allait agrandir elle-même la garderie… Or, c’est illégal. Forcément, la journaliste fait son BOULOT et rapporte les faits et publie le tout dans l’hebdo. Sauf que monsieur le maire est pas content. Pour lui, un journal local ça doit ENCOURAGER sa place et pas la descendre. L’histoire est bloguée sous la plume de Michel Laliberté et de Patrick Lagacé.

Ah, c’est « ti » pas magnifique de voir ça : un maire qui se prend pour Duplessis ! Alors, si je comprends bien, quand tu es en région et que tu gagnes misérablement ta croûte avec un hebdo local, tu dois « téter »… Génial ! Pour moi, y a quelque chose que ce maire – et beaucoup d’autres – n’ont pas compris: les journalistes ne sont pas là pour flatter dans le sens du poil. Ni nécessairement pour foutre la merde, remarquez. Ce sont les gardiens de la société. Ils regardent, s’informent et rapportent. Parfois, ce sont des belles histoires, parfois ce sont des scandales.

Ah bien sûr, parfois, on utilise des gros titres bien scabreux pour une nouvelle qui, une fois lue au complet, s’avère pas aussi terrible que ça… Mais ça, les amis, ce sont davantage des choix de rédacteurs en chef (et de propriétaires qui veulent beaucoup de sous), pas nécessairement de journalistes.

Et dans cette histoire, on ne parle même pas de ça. On parle d’une journaliste qui suit l’actualité locale. Or, ces rénovations illégales font partie de l’actualité locale et elle se devait, en son âme et conscience, de publier cette histoire. Évidemment, c’est le genre de chose qui n’arriveraient jamais dans un gros média. Au pire, comme Gérald Tremblay, les gens concernés pètent une coche et ça finit là. Malheureusement, y a une pression énorme sur les hebdos locaux. En effet, comment écrire sur les attitudes douteuses d’une compagnie de la place quand elle te paie de la publicité ? Dans ces journaux, si un journaliste ose dénoncer un individu, il paiera cher les représailles… Au mieux, ça sera un mouvement de boycott. Au pire, ça peut aller au règlement de compte…

C’est désolant de voir ce genre d’attitude, en tout cas. Évidemment, je comprends la raison de l’attitude de ce maire: avec les élections municipales en novembre prochain, on aime mieux éviter les scandales. Sauf que, comment dire, c’est à lui de prouver qu’il est un bon maire en cessant de faire des choix illégaux, non ?

Et après ils diront que la démocratie n’est pas en danger… Ben non, un maire peut juste décider du jour au lendemain de pratiquement bousiller un hedbo local indépendant ! Aucune raison de se questionner, voyons !

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Maîtres de nos textes

Ouin, ça va mal dans les quotidiens, particulièrement dans la famille Quebecor. La grogne monte et pas à peu près. Ça sent le lock-0ut, mais en même temps, à quelques jours du début de Star Académie, ça serait plutôt « malaisant » alors le terme n’est pas encore prononcé par Quebecor Média.

Bon, je ne parlerai pas des conditions de travail au JdeM. Je ne m’y connais pas assez pour me prononcer. Par contre, j’ai une petite opinion sur la manière dont Quebecor perçoit ses journalistes. Ce que je n’aime pas, c’est le glissement qui s’est produit dans l’empire médiatique depuis 5-6 ans. Au départ,  les journalistes étaient, à mon avis, bien perçus et respectés comme tel. Or, depuis 2003 (début des Star Académie et autres trucs à convergence), il me semble qu’il y a une triste dérape. Je lis, par exemple, cette lettre d’un ancien journaliste d’ICI sur le blogue de Steve Proulx et ça m’effraie. Ça m’effraie de penser que bientôt, les grands médias écrits ne percevront plus leurs travailleurs que comme des pions pour qu’ils écrivent sur ce qu’ILS veulent.

Ça m’effraie de penser que pour eux, les textes originaux écrits par leurs pigistes et journalistes ne sont que des « munitions » dont ils peuvent se servir comme ils veulent sans aucun respect de  droits d’auteur (un droit fondamental, surtout pour les petits pigistes qui travaillent pour des bouchées de pain…). Je veux dire que oui, les textes écrits dans un média « appartiennent » au média en question dans la mesure où ils s’en servent. Mais il y a une question de respect là-dedans qui se perd quand on te dit: « en fait, mon grand, ce que tu écris nous appartient totalement et on te doit absolument rien, parce que si on pouvait, on engagerait des singes pour écrire, ça nous coûterait  moins cher ».

Et le problème est que quand un jeune pigiste commence sa carrière (je m’inclus dans le lot), il est difficile de dire non à un emploi rémunéré… et ça, les grands médias le savent et s’en servent joyeusement. Alors, là, c’est de décider si nous sommes prêts à signer n’importe quoi et être capable de se nourrir ou avoir de l’intégrité et être prêt à vivre de manière plus que précaire…

Vous vous rappellez ? À l’époque, Jean Lesage faisait un fameux discours où il disait qu’il fallait être « Maîtres chez nous » ? À quand un slogan « Maître de nos textes » à la FPJQ (Fédération Professionnelle des Journalistes du Québec) ?

Aujourd’hui, la FPJQ se prononce enfin contre cette cessation de droits moraux chez TVA Publications… Déjà le début de quelque chose.