Polanski est coupable

Ce billet va prouver à quel point il m’arrive aussi de pencher à droite dans ma vision des choses. Faut bien que je fasse du Martineau de temps en temps. 😉 Non, c’est que j’ai l’impression que ce mouvement de sympathie envers le cinéaste Roman Polanski, arrêté dimanche en Suisse, est un peu trop grand.

Vous le savez, je déteste le deux poids deux mesures. Alors quand je vois certaines personnes prendre la défense de M. Polanski alors que je m’excuse, mais il a commis le même genre d’acte envers une fillette de 13 ans qu’un certain Guy Cloutier a fait à une Nathalie Simard à l’époque et pourtant, ces mêmes personnes ont traîné – avec raison – l’ancien producteur dans la boue, je ne comprends plus rien.

Ah, c’est vrai ! C’est Polanski, cinéaste supposément raffiné (excusez-moi, mais s’il a fait des chef-d’œuvres, je le concède, il a aussi fait des daubes genre The Ninth Gate ou un énième remake de Oliver Twist), le genre qui fait baver les critiques alors que Guy Cloutier produisait des gros shows gras de popularité, des artistes populaires et des shows télé où l’utilisation de neurones était facultatif (et j’avoue que ce n’est faux là aussi).

Donc, si je comprends bien: c’est t’es un gros dégueu populiste, t’as pas le droit de violer une jeune fille. Mais si tu es un cinéaste oscarisé et plébiscité par les critiques, ah là, permets-toi toutes les conneries que tu veux mon homme ! On va te défendre !

Honte à Cassivi et Lussier !

Je pense que la cerise sur le gâteau, ce sont les réactions de Marc Cassivi et Marc-André Lussier qui osent prétendre qu’un festival de films, ça devrait être comme dans une église, tu as une immunité face à la police. Euh… NON ! Déjà que je ne comprends toujours pas pourquoi quelqu’un qui va se réfugier dans une église est à l’abri de la police…

Alors, si je comprends leur logique, un producteur/réalisateur/scénariste/acteur tue quelqu’un volontairement pendant un festival de films, on devrait laisser tomber les accusations ? Ben quoi, ça s’est passé pendant un festival de films ! Alors, c’est génial, à Cannes, à Venise, à Berlin, à Namur et même à Montréal, pendant quelques semaines dans l’année, si vous faites partie du monde cinématographique, vous avez le droit de commettre tous les actes criminels répréhensibles par la loi et on n’a pas le droit de vous arrêter ! C’est le fun, hein ? Belle jurisprudence que ça fait.

Je suis conscient effectivement que son arrestation en Suisse était un peu… moche et surprenante. Surprenante parce que ça fait des années qu’il vit en France, comment ça se fait qu’on ne l’a pas arrêté plus tôt ?!! Surtout que le gars s’est déclaré coupable ! Sauf qu’après une quarantaine de jours en prison, il a fui. Ça lui tentait plus. Car ça a beau être le réalisateur de The Pianist, mes amis, ça reste un FUGITIF !

Et ça n’a rien à voir, contrairement à ce que dit Cassivi, avec la liberté d’expression. On ne parle pas d’un cinéaste qui fait un film dont les propos ne plaisent pas à quelques pays. On parle d’un gars d’une une quarantaine d’années qui s’est amusé à badiner avec une jeune fille de 13 ans (pas 16, 17 ans sur le bord d’être majeure… 13 !!!) et l’a violée, s’arrangeant pour la droguer  afin qu’elle soit « consentante ».

Oui, mais la victime dit qu’on peut abandonner les poursuites. Euh… à ce compte-là, y a bien des criminels qui seraient dans les rues car bien des victimes abandonnent en cours de route par peur de représailles ou découragées du processus. Or, c’est la société qui poursuit M. Polanski, pas la chère dame.

Oui, mais c’est une erreur de jeunesse. Wô ! Depuis quand violer une fille de 13 ans fait partie des « erreurs de jeunesse » ? Conduire saoul ou faire du « car surfing », oui. Consommer un mélange d’un paquet de drogues ensemble, oui. Baiser avec une fille/un gars sans condom pour un « one night stand », oui. Voler un dépanneur, oui. Violer une mineure… Hum… Me semble que ça ne fait pas partie du processus normal. En plus, peut-on parler d’erreur de jeunesse ? Le gars avait les 40 ans dépassés quand c’est arrivé !

Oui, mais il vient d’une époque qui était libertine sur le plan sexuel / mais il a vécu des choses terribles comme sa femme enceinte se faisant assassiner par Charles Manson. OK, oui, c’est vrai que son passé a été dur. Mais à ce compte-là, y a bien des criminels qui ont un passé terriblement dur (abandon parental, toxicomanie, inceste, etc.). Devrait-on tous les acquitter ? Et puis, ne me sortez pas l’argument de l’époque de la libération sexuelle ! Parce que si vous me sortez cet argument, je vous demanderais: comment réagiriez-vous si, hypothétiquement, je vous disais que je viens d’un milieu où il était bien vu à chaque semaine d’éventrer des bébés chats et percer l’hymen des jeunes filles avec un couteau de chasse ? Me pardonneriez-vous le fait que j’attaque des jeunes filles avec un couteau en raison de cela (ce que je ne fais pas, c’est un exemple) ? Non, hein ? Vous feriez bien ! Heureusement, d’ailleurs, que je ne viens pas de ce genre de milieu. 😉

Oui, d’accord, il n’a fait qu’une victime. OK, ça fait un bon bout de temps et la justice pourrait lui donner un pardon. Sauf qu’il faut qu’il assume et aille justement devant la justice pour le demander. C’est pas en restant en Europe comme un fugitif qu’il va s’aider et je ne trouve pas qu’on envoie un bon message en disant aux agresseurs sexuels: hé, les gars et les filles, si vous êtes des génies dans votre domaine, on va vous pardonner vos actes répréhensibles car on vous aime bien !

Je suis d’autant plus traumatisé de voir les réactions françaises qui défendent gros comme le bras le cinéaste qu’ils avaient accueilli sous leur aile. Euh… C’est quoi ? En France, c’est bien vu de coucher avec des filles de 13 ans ?

Bon ben sur ce, pendant que vous me traitez de vieux réactionnaire coincé, je vais aller subir une douche de « démartineausation ». Parce que ouf, c’est dur d’écrire avec la veine sortie du front comme ça. 😉

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État critique: Ze Sequel

Bon, chose promise chose due. Voici la suite de notre conversation d’hier sur la critique. Alors, peut-on critiquer un film québécois sans s’attirer les regards de feu ?

Parce qu’effectivement, s’il y a quelques tabous au Québec, il y en a un récent qui est de critiquer un film québécois. Je ne sais pas, c’est comme si on annonçait à sa famille qu’on était tueur en séries. Pourtant, ça ne veut pas dire qu’on veuille la mort de l’industrie du film ici. Au contraire, c’est parce qu’on veut qu’elle soit rayonnante qu’on se permet de mettre des bémols sur des oeuvres moins fortes.

C’est normal aussi qu’il y ait des hauts et des bas, surtout que la palette cinématographique québécoise s’est agrandie avec le temps. Une bonne chose qui démontre que le cinéma québécois est vivant. Cependant, on sent toujours un malaise quand on dit qu’on est partagés sur un film encensé par la majorité (surtout des critiques médiatiques très « objectives »).

Parce que s’il y a des boucs émissaires facile à attaquer car démolis par tous (« Les Dangereux » pour ne nommer que celui-ci), il y a des « symboles », des films vus comme des classiques qu’il paraît mal de critiquer.

Par exemple, dans mon cas, je vais l’avouer: j’ai détesté le premier Cruising Bar (quant à Cruising Bar 2, ai-je besoin de vous dire que je n’ose même pas vouloir penser à la possibilité d’en regarder ne serait-ce que deux secondes même si c’était gratuit). C’est que voyez-vous, pendant des années, on m’a dit que c’était une des premières comédies populaires du Québec, un film hilarant qui avait battu des records au box-office de l’époque, une oeuvre qui avait révélé Michel Côté en tant qu’acteur pouvant jouer la comédie… Alors, l’an dernier, autour de la Saint-Jean-Baptiste (la fin de semaine avant je crois), je vois que ce « classique » va passer à la télé. Enfin, me dis-je ! Je pourrai le voir ce film que tous ont vu… Alors, je m’installe en me disant que je devrais pas mal sourire et rire.

Oh boy… Redonnez-moi mes deux heures perdues que j’eus envie de dire. Non seulement, je n’ai pas ri, mais j’ai été ennuyé à peu près tout le long, à partir des changements d’attitude gros comme le bras et une job honnête de CCM (costumes, coiffures, maquillages), je ne peux pas dire le jeu de Michel Côté m’a jeté par terre (et pourtant, j’apprécie ce comédien). J’ai trouvé ça d’un pénible, d’une prévisibilité et franchement, mise à part voir quelques modes des années 80 je ne peux pas dire que je me suis amusé. Ah, en fait, je peux aussi dire que j’ai souri dans la scène où Pauline Lapointe jouit comme c’est pas possible. Mais encore là, pas assez pour dire que ça remonte le film totalement à mes yeux.

Mais voyez-vous, c’est risqué de dire ça. Parce que c’est un « classique », ça fait partie des intouchables qui ont une place importante dans le coeur des gens.

Alors, souvent, on se tait ou on garde ce genre de critiques pour ses intimes, à l’abri d’un grand média de masse.

Oui, pas facile de critiquer au Québec mais à voir les réactions que les billets dont j’ai parlé hier ont eu, je crois qu’il est peut-être temps qu’il y ait quelques critiques qui sortent. Un peu moins copines avec les « veudettes », peut-être, mais qui permettrait d’avoir l’heure plus juste et moins « polluée » par le copinage avec des maisons de production par exemple…