La petite brute quitte

Source: Le Devoir

Le défenseur du gouvernement, le bras droit de Jean Charest, le ô combien partisan Jacques Dupuis quitte le navire de la politique pour un monde plus honnête autre chose. On imagine un poste dans le privé quelque part où il fera un salaire dans les six chiffres (en plus de sa pension de ministre). Peu importe…

Reste que le Parti Libéral perd un gros morceau, son chien de garde qui défendait absolument tout – même des dossiers pratiquement indéfendables en termes d’éthique. Personnellement, je ne le regretterai pas. Comment dire, Jacques Dupuis, j’ai toujours trouvé que c’était la petite peste à l’Assemblée nationale. Si j’étais anglophone, j’utiliserais le terme plus exact de « bully ». Si vous avez moindrement assisté à certaines de ses interventions uniquement ce printemps, on pouvait voir le style de M. Dupuis qui se résumait à:

  • « Monsieur le Président, je veux que député(e) X retire ses paroles car ses propos sont anti-parlementaires! »
  • « J’inviterais député(e) X à dire ses propos hors de la chambre, qu’il (elle) assume les conséquences de ces accusations ! »
  • Tous propos visant à souligner la supposée grandiloquence de l’opération Marteau

Le tout sous un ton arrogant qui attire bien ce qu’on appelle une claque par chez nous. Liza Frulla me dirait, comme elle le disait si souvent au Club des Ex, que le ton de M. Dupuis était compréhensible: « Quand on est attaqué sur son intégrité… »

N’empêche que son ton belliqueux et sa manière virulente de défendre la supposée éthique du PLQ auront servir en quoi les intérêts du Québec ? Mise à part, de belles prises de becs dignes d’une maternelle, évidemment. Surtout qu’on a appris dernièrement qu’un certain Amir Khadir avait raison en ce qui a trait à l’usage de prête-noms par des firmes de génie-conseil (du moins, une est condamnée).

Son départ changera-t-il l’atmosphère à Québec ? Je reste sceptique. On parle quand même de Jean Charest ici. Le têtu en chef. Le « je ne veux rien voir » suprême. Néanmoins, avec un(e) second(e) moins enragé(e), on peut peut-être espérer que le niveau de la discussion passe de maternelle à deuxième année.

Par contre, on apprend que Jean-Marc Fournier va revenir. Il risque fortement de se faire réélire (Saint-Laurent étant un château fort libéral), ce qui n’est pas une bonne chose car Charest a promis que monsieur aurait des « responsabilités ». Or, je ne sais pas si vous vous rappelez mais monsieur Fournier, c’est celui qui a tergiversé pendant des mois afin de savoir si on allait revenir aux bulletins chiffrés… un grand signe de compétence.

Et pas que je veuille enculer des mouches, mais un détail m’a fait tiquer dans l’article de Radio-Canada. Il est écrit que:

M. Fournier était, depuis avril dernier, vice-président principal en planification stratégique de Socodec, une filiale de SNC-Lavalin.

Comprenons-nous bien: nous ne sommes pas pour interdire tout ceux qui ont travaillé ou travaillent pour des firmes de construction ou de génie-conseil au Québec. Mais dans le contexte actuel, vous ne trouvez pas que c’est déplacé ?

Alors, la petite peste part et du vieux stock vient pour le remplacer… C’est moi ou ça ne sonne pas très excitant pour un parti déjà moribond ?

C’est intimidant parler d’intimidation

Désolé du silence, mais mon boulot – même s’il est minuscule comparé à la majorité d’entre vous – m’a demandé beaucoup de trucs en ce début de semaine. Un début de semaine difficile, franchement. Mais bon, hé, j’ai maintenant le temps de vous parler un peu. 🙂

Bon, je n’ose pas parler du drame de Piedmont. Franchement, je pognerais les nerfs pour rien. Je dirais juste une chose là-dessus: on attend quoi ? Qu’un père ou une mère assassine tous les enfants d’une maternelle avant de se dire: « Hé, phoque, on a peut-être un problème de société… » Et une dernière question: en quoi augmenter les ressources pour les hommes en détresse – bref, pour donner des moyens d’empêcher que des drames du genre se passent pratiquement chaque mois – est un geste antiféministe ? On peut fournir de l’aide aux organismes aux femmes et aux hommes en même temps, non ? C’est pas ça la véritable égalité des sexes ? M’enfin !

Non, je voulais parler d’un autre drame qui a été un peu éclipsé par le drame de Piedmont: la fugue de David Fortin. Cet étudiant saguenéen victime d’intimidation qui en a eu assez. Depuis les événements de la semaine dernière, beaucoup de documents et de révélations sortent sur l’intimidation. Y a Patrick Lagacé qui a été touché par un texte d’un blogueur, y a Pierre Foglia qui a reçu des témoignages qu’il a diffusé dans sa chronique et y a même le petit homme de Dominc Arpin qui a fait un joli slogan là-dessus: « L’intimidation: ça ne passe pas avec moi ».

Bref, c’est un peu comme quand on parle d’agression, de viol… Il arrive toujours que ça vienne rejoindre des victimes qui ont tout d’un coup le courage de parler. Je ne dis même pas le besoin car pour moi, c’est bien plus du courage qu’un besoin. C’est un peu là où je me dis que peu importe notre orientation politique, constitutionnelle ou sociale, il y a des parties de l’être humain qui deviennent des phares d’humanité. Une lumière à laquelle on s’identifie tous.

Sans grande surprise, vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que – oh oui ! – votre humble serviteur a été « chouchouté » par les « bullies », les petites brutes, les frappes (surtout au primaire). À la limite, je peux comprendre: j’étais un petit être gêné, pas très bon en éducation physique mais qui pétait des scores dans toutes les autres matières. Bref, sans le savoir, j’étais la cible idéale des brutes qui, souvent, avaient beaucoup moins de facilité à l’école. Pourtant, je n’étais pas vantard. Je détestais ces périodes à l’école où on comparait nos notes. Pour moi, je m’en fichais. L’important était: « Ai-je réussi ? Oui ? Bon, tant mieux. Next ! » Mais forcément, parmi mes camarades curieux, il y en avait un ou une qui ne pouvait s’empêcher de s’exclamer: « Hein ? Alex a eu 98% dans sa composition de français ! » Ou, horreur, lorsqu’un professeur avait le malheur de dire – tout fier – que j’étais soit le meilleur ou un de ceux qui avaient le mieux réussi sa dictée… Argh ! Je voulais me transformer en souris et aller me perdre dans les murs de l’école.

Pourtant, je ne crois pas que c’est la seule raison qui fait que j’ai eu parfois droit à des « poussages dans les cases », des remarques d’une méchanceté impacable et – oh que de beaux souvenirs ! (dis-je avec sarcasme) – les fameux « lavements » où on me foutait dans la neige, s’assurant que mon manteau, ma tuque, mes bottes soient bien remplis de neige, que je revienne chez moi mouillé et la peur dans le ventre, c’est peu de le dire. Je crois qu’il y avait autre chose. Je crois, étrangement, que c’était une attaque contre moi, parce que je leur tapais sur les nerfs. Je ne saurai jamais pourquoi. Et puis, je ne peux pas dire que ça m’arrivait tous les jours. Ayant une mère poule, je peux vous assurer que la direction de l’école était au courant le lendemain des événements et qu’il y avait des mesures disciplinaires en conséquence. Ce qui faisait que rapidement, les brutes me laissaient tranquilles étonnamment. Car j’étais à une époque où les parents punissaient plus (et les directions d’école par le fait même): si son jeune était « accusé » d’intimidation, de bousculade, les parents avaient plus tendance à les sermonner qu’à dire, comme aujourd’hui: « C’est impossible, mon enfant ne ferait jamais ça. »

Il semble que David se faisait traiter de fif continuellement par ses « camarades » (j’utiliserais bien un terme qui commence par « trou », mais ça serait vulgaire). Join the club, Dave ! C’est chiant, hein ? Particulièrement si, contrairement à moi, tu ne l’es pas et tu sais que tu ne l’es pas. Et puis, même si tu l’étais, ça ne changerait rien à toute la méchanceté derrière les 3 lettres. Parce que je connais des gens qui utilisent le terme quand  quelque chose les agace ou pour commenter: « Maudit meuble de fif qui ne tient pas ! » Sauf qu’ils ont beau utiliser le terme à outrance, ça n’aura jamais la hargne que le mot peut avoir lorsqu’il est pointé, le doigt tremblant de rage, sur quelqu’un. Un gars, à tout coup. Parce que la connotation « fif » pour les gars, c’est la mort. La fin d’un statut de société. Parce que quand on t’accole le terme « fif », tu tombes à peu près au même niveau que les esclaves dans l’Antiquité. On peut te traiter comme de la merde, te tromper, te sous-payer, te marcher dessus, etc. : t’es juste un fif !

Forcément, on apprend avec le temps que c’est à nous d’aller au-delà de l’étiquette « fif », de démontrer sa valeur aux autres. Sauf que quand on a l’âge de David, on ne le sait pas ça. On pense que c’est la fin du monde. En plus, quand on voit que nos professeurs et l’école sont débordés, qu’ils ne peuvent « rien faire pour nous aider », quand on voit les parents de ces « bullies » qui les surprotègent et que ses propres parents se retrouvent donc impuissants… On se dit que la fuite est la meilleure solution possible.

Si je pouvais parler à David, je lui dirais que je comprends sa fugue (que d’ailleurs, je souhaite qu’elle reste une fugue et non un juste plus malheureux), mais que ses parents méritent de savoir qu’il est en vie, du moins. Qu’il attende pour dire où il est, soit, mais il devrait donner signe de vie à quelqu’un, qu’on cesse de s’inquiéter autant. Et surtout, je sais que ça a l’air idiot, mais un jour, cette période pourrie finit. Cette foutue adolescence de merde finit et on commence à juger les individus pour ce qu’ils sont vraiment et leur apport à la société.

C’est toujours intimidant de parler d’intimidation. Parce qu’on ne veut pas paraître comme victime (l’ayant déjà été autrefois), mais en même temps il faut dire qu’on a vécu des choses infernales. Puis, il y a aussi l’autre aspect de la médaille: le bourreau. Probablement que des bourreaux liront ceci en se disant: « Mon dieu ! Regardez le faiblard qui n’a pas été capable de passer par-dessus ça ! » Ce n’est pas que je n’ai pas réussi à passer outre, mais quand on a été victime d’intimidation, ça reste tout le temps dans le fond de nous-mêmes comme une trame sonore. Parfois, ça a du bon, ça nous rappelle qu’il ne faut pas se prendre la grosse tête, qu’on a déjà été une victime pratiquement en-dessous de tout. Par contre, parfois ça nous rebondit au visage, venant faire quelques trous dans une estime de soi déjà fort fragile.