La petite brute quitte

Source: Le Devoir

Le défenseur du gouvernement, le bras droit de Jean Charest, le ô combien partisan Jacques Dupuis quitte le navire de la politique pour un monde plus honnête autre chose. On imagine un poste dans le privé quelque part où il fera un salaire dans les six chiffres (en plus de sa pension de ministre). Peu importe…

Reste que le Parti Libéral perd un gros morceau, son chien de garde qui défendait absolument tout – même des dossiers pratiquement indéfendables en termes d’éthique. Personnellement, je ne le regretterai pas. Comment dire, Jacques Dupuis, j’ai toujours trouvé que c’était la petite peste à l’Assemblée nationale. Si j’étais anglophone, j’utiliserais le terme plus exact de « bully ». Si vous avez moindrement assisté à certaines de ses interventions uniquement ce printemps, on pouvait voir le style de M. Dupuis qui se résumait à:

  • « Monsieur le Président, je veux que député(e) X retire ses paroles car ses propos sont anti-parlementaires! »
  • « J’inviterais député(e) X à dire ses propos hors de la chambre, qu’il (elle) assume les conséquences de ces accusations ! »
  • Tous propos visant à souligner la supposée grandiloquence de l’opération Marteau

Le tout sous un ton arrogant qui attire bien ce qu’on appelle une claque par chez nous. Liza Frulla me dirait, comme elle le disait si souvent au Club des Ex, que le ton de M. Dupuis était compréhensible: « Quand on est attaqué sur son intégrité… »

N’empêche que son ton belliqueux et sa manière virulente de défendre la supposée éthique du PLQ auront servir en quoi les intérêts du Québec ? Mise à part, de belles prises de becs dignes d’une maternelle, évidemment. Surtout qu’on a appris dernièrement qu’un certain Amir Khadir avait raison en ce qui a trait à l’usage de prête-noms par des firmes de génie-conseil (du moins, une est condamnée).

Son départ changera-t-il l’atmosphère à Québec ? Je reste sceptique. On parle quand même de Jean Charest ici. Le têtu en chef. Le « je ne veux rien voir » suprême. Néanmoins, avec un(e) second(e) moins enragé(e), on peut peut-être espérer que le niveau de la discussion passe de maternelle à deuxième année.

Par contre, on apprend que Jean-Marc Fournier va revenir. Il risque fortement de se faire réélire (Saint-Laurent étant un château fort libéral), ce qui n’est pas une bonne chose car Charest a promis que monsieur aurait des « responsabilités ». Or, je ne sais pas si vous vous rappelez mais monsieur Fournier, c’est celui qui a tergiversé pendant des mois afin de savoir si on allait revenir aux bulletins chiffrés… un grand signe de compétence.

Et pas que je veuille enculer des mouches, mais un détail m’a fait tiquer dans l’article de Radio-Canada. Il est écrit que:

M. Fournier était, depuis avril dernier, vice-président principal en planification stratégique de Socodec, une filiale de SNC-Lavalin.

Comprenons-nous bien: nous ne sommes pas pour interdire tout ceux qui ont travaillé ou travaillent pour des firmes de construction ou de génie-conseil au Québec. Mais dans le contexte actuel, vous ne trouvez pas que c’est déplacé ?

Alors, la petite peste part et du vieux stock vient pour le remplacer… C’est moi ou ça ne sonne pas très excitant pour un parti déjà moribond ?

Savoir épeler É-T-H-I-Q-U-E

Y a vraiment des moments où se dit que les « grands » de ce monde ont tendance à vite oublier le terme éthique, la morale en général.

Par exemple, quand une société d’État Québécoise (mot à retenir ici) d’hydroélectricité attribue non seulement des petits dons à des écoles privées de la province, mais – encore mieux – à une université ontarienne (appris grâce à ce prof allumé)  ! Ça a beau être collé sur le Québec, ça reste une université ontarienne c****** !

Ou quand un candidat à la course à la chefferie de l’ADQ demande à un de ses adversaires de l’aider à avoir des signatures pour participer à la course à la chefferie en échange de « bons procédés »… « C’est commun dans ce genre de campagne », de dire le responsable de la campagne. Ben dis donc, ils sont bien préparés à prendre le pouvoir, ils sont déjà secrets et font des petits marchés avec les petits amis…

Ou quand le milieu de l’éducation crie à un plan d’action concret pour contrer le décrochage et la surpopulation dans les classes, mais qu’un premier ministre préfère songer à ce qu’il pourra hausser comme tarif pour éliminer le déficit qu’il a créé – vous savez, celui qu’il nous avait promis qu’il y en aurait pas pendant la campagne électorale passée ?

Oui, y a certaines personnes qui auraient besoin d’un cours d’éthique et de moral. Mais bon, à quoi bon ? Puisqu’il semble que même quand tu « bullshites », tu obtiens de la popularité en masse !

(On aurait pu ajouter quand t’es une ancienne ministre qui entre dans un parti municipal qui accumule les scandales et les conflits d’intérêt, mais bon, c’est peut-être pousser le bouchon un peu trop loin.)

Pour tout le reste, il y a…

Se sauver de la faillite. Coût: une usine à Beauharnois et des centaines de chômeurs.

Recevoir 175 millions du gouvernement du Québec pour contrer la crise. Coût: Faire du chantage en masse.

Développer un complexe industriel au Cameroun. Coût: 6 milliards de dollars.

Faire chier un syndicat, siphonner l’argent d’un gouvernement mou en faisant semblant qu’on est dans la merde et développer un méga investissement qui va rapporter gros car c’est plus que facile d’exploiter des gens dans un pays du tiers-monde: ça n’a pas de prix.

Oui, ça, c’est Rio Tinto Alcan…

(Oui, je sais, ça développera des boulots au Cameroun et ça ne me causerait aucun problème de prime abord. Sauf qu’autant il y a 3 mois, ça suppliait de l’aide gouvernementale et des concessions des employés pour ne pas fermer à cause de la crise économique et là, tiens, 6 milliards apparaissent pour développer un complexe en Afrique… À ce que je sache, le prix de l’aluminium n’a pas remonté subitement de 40%. Sans compter que sans vouloir insulter les Camerounais, c’est quand même plus facile pour une grosse corporation comme Rio Tinto Alcan de s’installer là et trouver des employés moins éduqués qu’on n’est pas obligés de payer comme les employés québécois…)

« Peoplise » mon politicien

S’il y a quelque chose que je déteste de la couverture médiatique de la politique, c’est la « peoplisation ». Franchement, j’en ai rien à foutre que tel politicien est avec telle madame depuis 22 ans, rien à faire de savoir que telle députée est grand-maman 3 fois, ça me passe par-dessus la tête de savoir quelle sorte de chien a le président ou le premier ministre. « Ça nous les rend sympathiques, Satellite ! » Oui, mais c’est ça le problème: je veux pas être leur ami et connaître leur intimité, je veux qu’ils soient compétents et fassent leur boulot ! Le reste, j’en ai rien à faire.

Alors, ai-je besoin de vous dire que j’avais la mâchoire à terre en voyant qu’on en faisait tout un plat avec cette histoire d’amour entre la ministre des affaires municipales Nathalie Normandeau et le député adéquiste François Bonnardel… C’est aujourd’hui que j’ai réalisé que la politique québécoise devient peu à peu « people » comme elle l’est en France et aux États-Unis. Il suffisait de voir le « scrum » auquel a eu droit le député Bonnardel pour voir que les journalistes étaient assoiffés de scandale. Mais il y en a pas: ce sont deux êtres humains qui s’aiment, point final. Ça le serait davantage si madame avait transmis des documents ou informations délicates à monsieur, ça le serait si monsieur était critique des affaires municipales. Mais là, il en est rien. Que la chose soit mise au clair et transparente au public, parfait. Maintenant, on change de sujet.

Parce que oui il s’agit de deux adversaires politiques, oui, ça ne sera pas toujours évident, mais ça, ça fait partie de leur intimité. Pour les questions éthiques, évidemment, il faudra surveiller MAIS À CE NIVEAU-LÀ SEULEMENT. De toute façon, ce sont surtout les partis concernés qui vont devoir vivre avec ça et, parfois, marcher sur des oeufs. Pour le reste, je ne veux rien savoir et tant qu’il n’y a pas preuve de collusion, je reste peut-être naïf mais j’ai le goût de dire comme Daniel Lavoie: « laissons-les s’aimer » et surtout que les médias laissent la vie privée en dehors du champ médiatique. Sinon, on tombera dans de belles tendances comme la « Sarkozyte » en France où on suit les détails intimes du président à chaque jour comme un feuilleton.

Et franchement, si on tombe là-dedans, il est clair que mon intérêt pour la politique va descendre en chute libre…

Les « Glori… chou ! »

Bon, fini les séries pour le Canadien. Fini cet interminable centenaire… (quoiqu’en fait, il fini en décembre) Là, on va ranger les mautadits fanions du club sur les automobiles tout d’abord. Ça va faire du bien au paysage. Ensuite, tous joueront au gérant d’estrade en critiquant l’équipe et en se disant que ça n’avait pas d’allure et etc. Mais Réjean Tremblay résume quand même ce qui arrivera l’automne prochain à la toute fin de son texte:

Mais faut pas s’inquiéter, ils vont être 21 350 au premier match la saison prochaine. C’est ce qui compte, les profits.

Et c’est ça le problème. Tant que les gens continueront à remplir le Centre Bell malgré de piètres performances, pourquoi le club se forcerait à avoir de bons joueurs, un bon entraîneur, etc. ? Définitivement, le hockey est comme une religion au Québec: malgré toutes les conneries qu’ils font ou disent, on continue à croire tout à coup que…

Le billet du jour: Bon, on le sait, Fox News, c’est le bébé de Robert Murdoch et le monsieur en question adore la propagande pro-Républicaine. Fox, le réseau qui a tant trippé sur la guerre en Irak qu’on avait le goût de dire à ses « journalistes » d’y aller eux-mêmes au front s’ils aimaient tant l’armée… Dieu merci, il n’y a pas que des propagandistes à Fox News. Il y a aussi des gars comme Shepard Smith à qui il arrive de critiquer les positions républicaines comme nous le montre le Prof Solitaire. Surtout quand Obama ressort des preuves comme quoi l’administration Bush a bel et bien usé de torture sur prisonniers. Surtout quand même des Républicains sont contre la torture (exemple: John McCain qui a tenté d’être président l’automne dernier) et sont scandalisés de voir que les allégations de torture étaient véridiques et pas juste des fabulations de « some left-wing people ». Bref, gros malaise aux États-Unis et particulièrement pour les anciens de l’administration Bush.

Tout va bien dans le meilleur des mondes

(Attention: Peut contenir de l’ironie et du sarcasme)

Non, mais vraiment, j’en ai marre de ceux qui chialent contre notre société. Sans farces, il me semble que l’actualité des derniers jours donnent amplement de raison de dire que notre société va bien, qu’il ne faut pas qu’elle change, que le statut quo est fantastique ! Bon, vous voulez des preuves ?

Le Parti Libéral  qui refuse l’implantation d’un commissaire à l’éthique. C’est pas beau de voir un parti qui veut protéger ses pauvres ministres de leurs belles relations pleines de parti pris et de conflits d’intérêt ? Ça ne vous met pas la larme à l’oeil ?

Ou de voir enfin le Parti Conservateur mettre enfin ses culottes et couper ses damnés scientifiques (qui ont la prétention de dire que la science vaut quelque chose) en coupant la subvention de  l’observatoire du Mont-Mégantic, ce terrible repère qui forme des astronomes qui vont travailler partout dans le monde. Bon, certains oseraient dire que c’est presque ironique quand on pense que le député du comté c’est… Christian Paradis, ministre responsable du Québec sous l’égide de Harper. Mais là, ce sont des mauvaises langues.

Oh et puis, il y a cette convention collective qui vient de s’implanter dans un Wal-Mart de St-Hyacinthe. Ah, ce que ce sera magnifique quand on verra d’ici 2 mois la fermeture de cette grosse boîte grise pour des motifs comme quoi la succursale « ne faisait plus assez de profits » (car c’est toujours ça qu’ils disent quand ça ferme à cause d’un syndicat). Et ça sera merveilleux car Wal-Mart continuera de dire qu’il est un gros employeur au Québec, encourageant les produits québécois et etc. Bon, de mauvaises langues pourraient dire que 90% de leur matériel est fait en Chine, mais hé ! Ce sont des mauvaises langues qui disent ça. D’ailleurs, le gros Bon Sens fait un « pool » à savoir quand la succursale de St-Hyacinthe va fermer. Moi, j’ai été généreux et j’ai dit 25 à 45 jours. Et vous ?

Et finalement, y a Hollywood qui prend une série de mangas et d’anime décente comme Dragonball et qui la « scrappe » carrément (à la manière d’un Speed Racer) en étant trop coloré, trop d’effets spéciaux moches et des acteurs qui surjouent…

Définitivement, Hollywood continue de se surpasser de jour en jour et mérite qu’on l’encourage en payant 10$ pour cette merde (sans compter qu’on paye les hypothèques des multiplexes avec les cochonneries à bouffer…).

Non, mais hé, « c’es-ti » pas beau la vie pareil ?

(Fin de l’ironie et du pétage de coche)

Dans le désert

Billet un peu fourre-tout aujourd’hui, mais j’avais le goût de bloguer. Sauf que je suis dans un drôle d’état et j’en parlerai en fin de billet dans la partie personnelle (bref, la partie que vous pouvez sauter mouhahahaha).

Tout d’abord, un mot sur le Commissaire au lobbyisme qui a décrété que Philippe Couillard n’avait pas commis d’infractions au lobbyisme en ayant des rencontres avec deux membres de la compagnie pour laquelle il travaille AVANT sa démission l’an dernier. J’entends déjà des gens dire: « Bon, voilà, bande de gau-gauchistes, vous vous êtes énervés le poil des jambes pour rien ». Premièrement, je n’ai jamais dit qu’il y avait eu infraction là-dessus. Jamais. Ça ne m’est même pas venu en tête. Deuxièmement, pas d’infractions ne veut pas dire qu’un point de vue éthique, c’était la meilleure décision de la part de M. Couillard. Mais bon, il semble que selon le bon voeu populaire le terme éthique = « truc qui fait ralentir la richesse du Québec ». Je m’excuse, mais dans ma tête, il y aura toujours un doute entre les bons mots du docteur et ce qu’il pensait et disait à son ministère, peut-être un peu influencé par ses « amis du lobby ».

Y a aussi cette nomination fort controversée de Michael Sabia à la tête de la Caisse de dépôt. Bon, je ne connais pas vraiment le gars. Je sais une chose par contre: mon dieu qu’on n’a pas d’argument quand vient les critiques du type « il n’aura pas les intérêts du Québec à coeur ». J’écoutais le Club des Ex et il y avait Benoît Bouchard qui disait: « Franchement, quelles ridicules affirmations ! Le gars ça fait 16 ans qu’il vit à Montréal ! » Ah, parce que c’est une preuve qu’il va aimer le Québec Inc. ça ? Il y a des Anglais(es) qui vivent à Montréal depuis toute leur vie et méprisent les Québécois à fond. Ça ne veut rien dire. En plus, génial ! Un président de la Caisse qui ne parle pas français, ça va être beau à la remise du rapport annuel…

Mais le plus troublant ce sont les commentaires du milieu des affaires qui viennent autour de cette nomination maladroite et sortie de nulle part. Car je lis surtout que le gars n’a pas teriblement prouvé sa compétence avec BCE. Que le Devoir le souligne, soit. Mais à ce que je sache, le journal Les Affaires n’est pas une publication de gauche et pourtant, il y a de gros doutes face à cette nomination. Alors, c’est moi ou ce n’est pas rassurant ? M’enfin ! Ça sera peut-être du bonbon à blogueur… 😉

La partie que vous pouvez sauter

Bon, là, on tombe dans le moins intéressant. La partie personnelle. 😉 J’ai intitulé ce billet « Dans le désert ». Parce que j’ai l’impression d’être dans un drôle de désert. D’un côté, je vais bien. Je peux pas dire que bien des malheurs me tombent dessus, des petits emmerdements de temps à autre certes mais rien de dramatique.  Comme tout le monde, bref. Mais en général, mon humeur serait d’au moins 8.5-9/10 (ce qui est bon). Pour le blogue, ça va. J’ai l’impression d’avoir trouvé un rythme potable de fonctionnement. 🙂 Mais il y a quelque chose qui me titille, quelque chose qui se passe en moi. Ce n’est pas négatif, c’est juste… Des questionnements, des doutes. Quelque chose qui me tiraille les tripes sans me faire souffrir abondamment.

Et je ne peux pas en parler. Voilà l’affaire. Je me sens comme dans un désert où je suis armé pour survivre, il fait super beau, le décor est magnifique, mon périple se déroule relativement bien (lentement mais sûrement), mais… Il me manque un accompagnateur, quelqu’un qui dissiperait mes doutes quand j’ai l’impression de ne voir que des dunes devant moi. Et pourtant, ce n’est pas le choix qui manque au niveau amis, famille, etc. Or, aucune de ces personnes ne peut m’aider avec ça. À chaque fois, je me dis que « Ah non ! Ça serait trop complexe ! ». On dirait que je sais que je dois affronter ces doutes seul, mais je trouve ça dur parce que ça concerne des trucs irrationnels. Et c’est très difficile à expliquer (comme vous pouvez le voir 😉 ).

Alors, est-ce que je vais bien ? Oui. Parfaitement bien ? Non, je suis dans le désert à combattre des dunes de trucs totalement irrationnels. Et c’est un combat qui s’annonce long… (Excusez ce bout totalement émotif et confus, mais ça fait du bien de mettre une image sur ce qui se passe dans mon être qui peut être tordu à ce que vous pouvez voir.)

Le billet du jour: On reparle encore de police aujourd’hui. En fait, c’est Noisette qui nous parle des nouvelles mesures prises pour sélectionner les aspirants policiers. Je n’ai pas connu de recrues de policier, mais j’ai déjà entendu des histoires comme Noisette le raconte. Y a parfois des petites recrues baveuses qui deviennent rapidement des policiers baveux, malheureusement. Peut-être que les nouvelles mesures de sélection calmeront les ardeurs de ceux qui cherchent surtout à dominer le public…

L’être humain comme fin

Bon, je vous parlais récemment de mes discussions avec mon oncle, alias le philosophe bricoleur. 😉 Bon, là, je sais qu’il y a des gens qui vont capoter: c’est de la philo, c’est plate, on comprend rien, il est où le fusil que je me tire ? Premièrement, vous allez me déposer ça cette petite arme-là. Je veux pas qu’il y arrive un incident malheureux sur le blogue. WordPress nous assure pas pour ça.  Deuxièmement, ce n’est pas tant de la philosophie que de la réflexion éthique. Bref, on était pas dans le genre: « Mais tu sais que Platon a emmené ceci si on compare à Aristote ou Rousseau bla bla bla… » Non, tu peux être rassurée Omelette. 😉  C’est le genre de discussion où, comme je disais, les idées qui sortent sont extra-terrestres. Le genre que j’aurais sorti ça à la Commission Bouchard-Taylor et qu’on m’aurait regardé en disant: « De quoi ? »

En fait, c’est que je parlais d’un de mes cours – qui est un cours sur l’éducation morale – où la première partie du cours posait la question: y a-t-il trop ou pas assez de morale de nos jours ? Alors, j’expliquais au philosophe bricoleur que malgré ce qu’on dit il y a beaucoup de morale, peut-être même trop de visions différentes de la morale ce qui mélange certaines gens. Il est parti à rire et là, je l’ai parti pour deux heures. Moi aussi par la même occasion. Il me dit, parce que j’avais pas l’air sûr de mon affaire :

– C’est sûr qu’il y a un système éthique. L’être humain ne fonctionne pas sans idéologie. Par contre, est-ce la bonne idéologie qui prédomine ? Là, c’est une autre question. Mais si je te demande – et là, ne réponds pas selon tes valeurs, mais tes observations – c’est quoi la valeur ou l’idéologie prédominante en ce moment ?
– Euh… La consommation ?
– Oui. L’argent, dans le fond ?
– Oui, c’est ça. L’argent.
– Alors, c’est quoi qu’on prédomine ? Autrement dit, qu’est-ce qui est considéré comme le summum dans notre idéologie ?
– Être riche, peu importe le moyen.
– Voilà ! Écoute, Satellite, il y avait un congrès eucharistique récemment à Québec. 12 prêtres ont été ordonnés. Si ça se passait il y a 50 ans, on dirait quoi ?
– Ben que ça serait merveilleux… En fait, je crois même qu’on dirait que c’est pas beaucoup 12.
– Exact ! Or, qu’est-ce qu’on dit aujourd’hui en voyant 12 prêtres aujourd’hui: « Ça n’a pas de bon sens, c’est passéiste, qu’est-ce qu’ils font là, ça ne représente plus rien ! » On s’entend que il y a même pas 50 ans, ça n’aurait pas été envisageable ce genre de réflexions là.
– C’est sûr ! Mais, en même temps, je m’excuse de le dire, mais c’est vrai que c’est un peu passéiste… Tu dis quoi, qu’on devrait retourner là ?
– Non ! Je te montre juste à quel point ce n’est pas vrai qu’on n’est pas dans un système idéologique. Au contraire, on n’a jamais été autant dedans ! En fait, je te dirais même que ces riches qu’on adule aujourd’hui, étaient pourtant les rejets de l’idéologie chrétienne de l’époque. Ben oui ! Pour l’Église, c’étaient des protestants, c’étaient des gens qui s’étaient éloignés de Dieu ! Alors, aujourd’hui, on se retrouve dans une idéologie où l’idéologie c’est la richesse. Peu importe comment tu te la procures, si tu es riche, tu es quelqu’un. Donc, là, c’est l’inverse: ce sont ceux qui choisissent une vie pauvre et ecclésiastique qui sont rejets !

On concluait que notre système éthique, l’idéologie dominante est que l’être humain est un moyen pour faire le futur. Donc, on prédomine la richesse, on compartimente les expertises, on fait toujours appel aux experts, jamais à la population. Mais on le voit que ça n’a pas de sens. Que ça démolit la planète et le tissu social. Parce qu’à jouer à « toi, tu vas ME servir », on ne fait que s’asservir mutuellement. On s’use tous comme outil: tu es MA blonde ou MON « chum » qui va me servir quand JE veux avoir de l’attention, tu es MON enfant et ta réussite doit ME combler de bonheur, tu es MON collègue de travail et tu dois être à MON service. Et le patron de dire la même chose vis-à-vis ces employés. Au lieu de dire, NOUS allons être un couple qui allons NOUS supporter, NOUS allons être une communauté qui allons travailler ENSEMBLE sur un projet domiciliaire, NOUS allons prendre soin de la santé de chacun pour qu’on soit TOUS empathiques et en santé et etc. Pire que ça, la « segmentarisation » est terrible. Comme il le disait, il va y avoir un cours qui va s’appeler « Éthique et culture religieuse » à partir de septembre. Or, c’est absurde : l’éthique, c’est pas juste un tiroir où tu vas puiser dedans de temps en temps. L’éthique est (devrait être) partout ! L’éthique devrait se retrouver et se sentir dans l’enseignement à l’école du premier jour d’école jusqu’à la fin de la scolarité (peu importe le niveau de scolarité). Mais on enseigne à nos enfants que l’éthique c’est un secteur qui se mélange pas aux autres. Normal, le milieu du travail nous a appris qu’on DIVISE les tâches… alors que théoriquement, on travaille tous dans la même boîte et dans le même but commun. Plus ridicule, comme il le soulignait, le rapport Bouchard-Taylor veut une neutralité de religions dans l’état. Pour ce faire, il parle d’un état laïc, exact ? Or, un gouvernement ne peut avoir une idéologie neutre ! Pour avoir une idéologie neutre, la personne doit mourir. Tu peux être neutre dans un conflit (ne pas t’en mêler), dans une discussion ou un débat ou sur une décision. Pas sur une idéologie. La laïcité, désolé, mais y a rien de neutre là-dedans. La laïcité est une prise de position au contraire très dure: elle rend implicite l’idée que l’État est, excusez le néologisme, « areligieux » ou pas religieux si vous préférez. Y a rien de neutre là-dedans. Mais en même temps, c’est faux de croire que les laïcs ou athées n’ont pas de valeurs. Pour eux, les valeurs viennent de l’homme alors que pour les croyants, les valeurs ne peuvent venir de l’homme. Elles viennent d’un dieu quelconque.

Bref, alors que l’humain devrait être la fin, c’est-à-dire celui vers qui nos soucis sont tournés, il n’est qu’un moyen. Une preuve que nous ne sommes pas une fin, mais juste un moyen: lors du scandale de la C. difficile dans les hôpitaux, ceux-ci ont pris des mesures très sévères pour nettoyer les salles d’opération et etc. Pas parce qu’il est normal qu’un hôpital évite d’empirer la situation de gens fragilisés par des opérations ou avec des problèmes de santé, tout simplement parce que ça leur revenait moins cher de payer un gars de plus avec une « moppe » que de payer les poursuites judiciaires faramineuses et les avocats qui vont avec. On s’en fout que vous guérissiez ou non, l’essentiel est « est-ce que l’hôpital a perdu beaucoup d’argent en vous soignant » ? C’est pourquoi on parlait de Kant. Kant disait que l’action morale devrait TOUJOURS être en fonction que l’être humain est une fin et non un moyen. Or, on ne pourrait pas être plus à côté de ça en ce moment. Comme dirait mon oncle: « On est directement au milieu de la vague de l’idéologie ! » 😛 Je veux dire, regardez l’Afrique: théoriquement, on a les moyens financiers de les sortir de la misère qu’ils vivent. Pourquoi on ne le fait pas ? Parce que si on regarde les Africains comme des moyens, mise à part comme esclaves (et on n’a plus le droit théoriquement de les user de cette manière), ils ne servent « à rien » dans le mécanisme. Ils n’ont pas de pétrole dans la majorité des pays, pas de richesses qui valent tant que ça qu’on se démène et qu’on débloque de l’argent pour eux. De toute façon, plusieurs pensent et c’est là qu’on voit la force de l’idéologie dominante, « l’Afrique a toujours été dans la merde et ils s’en sortiront jamais… why bother ? comme diraient les Anglais ».

Forcément, ce long discours que je viens de faire n’a aucun sens pour une bonne partie de la population: il est utopique, c’est de la critique de salon, on me dira: « si t’es si bon que ça, viens donc le faire ! ». Tout ça, mes amis, ce sont des sophismes. C’est sûr qu’on peut tous se croiser les bras et dire: « ben, f***, y a rien à faire ! » C’est la solution facile. La solution difficile passe par un débat de société majeur: l’idéologie néo-libérale ne fonctionne pas, quelle sera la prochaine idéologie dominante ? Or, on n’a même pas amorcé le début du millième d’un débat. Évidemment, aussi, que ça peut être frustrant dans la mesure où il n’existe pas de solutions instantanées. Le philosophe bricoleur donne un cours de philo qui pose le genre de questions que je viens de faire… en administration. Puis-je vous dire que non seulement au niveau des professeurs de la faculté d’administration de l’Université de Sherbrooke mais aussi pour les étudiants, ça n’a presque aucun sens ce discours. Quoi ? Ne pas réfléchir en termes de profits mais en termes éthiques ? Euh… Pour eux, mon oncle parle extra-terrestre avec un accent chinois et une syntaxe d’espéranto.

– Tu n’as pas l’impression de faire ça dans le beurre ? lui demandai-je, un brin de découragement dans la voix.
– Oui et non. Oui, pour mes étudiants, mes idées n’ont pas de sens avec tout ce qu’on leur enseigne dans le reste de leur bac, maîtriste ou doctorat en administration. Sauf que c’est nécessaire. Dans le meilleur des mondes, on aurait des « penseurs », éthiciens, philosophes dans toutes les facultés. Mieux que ça, en fait, ça ne devrait pas être « segmentarisé ». Il ne devrait pas y avoir plein de facultés, mais une seule – celle de l’homme – avec diverses branches pour les différents métiers que les étudiants voudront pratiquer plus tard.

Je sais, je vous l’avais dit, ça peut paraître un discours de fou. Mais ça me rejoint et je vais dire comme mon oncle: si mon texte, bien que touffu et ayant beaucoup de matières, peut rejoindre un qui en parlera à un autre qui en parlera à un autre… qui sait, alors, ce que de demain sera fait ? 🙂 Merci de votre patience pour ce long billet !