On peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres

C’est un peu de la répétition de ce que mon collègue de la Kaverne racontait aujourd’hui, mais c’est que ça m’impressionne de voir la logique implacable des Conservateurs et leur habileté machiavélique à manipuler les faits. Franchement, c’est du pur génie ni plus ni moins !

Pensons-y : prenons l’affaire de Statistiques Canada qui, selon Stockwell Day (le « grand penseur » de l’Alliance canadienne si vous vous souvenez de votre histoire politique canadienne), ne révélerait pas de bons chiffres sur le crime. Effectivement pour un conservateur qui rêve chaque nuit de voir les gens de la gauche dans des camps de concentration établissements de réforme, qui souhaite voir pousser des prisons comme de la moisissure et qui veut établir de régime de terreur, des chiffres indiquant une baisse de la criminalité, ça défait la fête un peu.

Alors, pour se justifier, il sort des « sondages » indiquant que beaucoup de Canadiens ne dénoncent pas des crimes auxquels ils sont témoins. 1) Déjà, ça part mal quand tu utilises le terme sondages de manière vague sans les citer. 2) Qu’est-ce qu’on entend pas crime non dénoncés ? Parce que, par exemple, j’ai vu souvent sur la route des chauffards chauffeurs pour qui, malheureusement, les clignotants semblaient être une option (particulièrement sur les voitures munies des trois lettres suivantes: B M & W). Il est donc vrai que je n’ai jamais dénoncé cela à la police. Ou une voiture qui grille un feu rouge. J’ai déjà connu des gens qui se faisaient payer sous la table pour des services. C’est effectivement illégal et je ne les ai pas dénoncés. Donc, oui, si on me posait la question dans un sondage, je pourrais dire que j’ai déjà omis de dénoncer un « Canadien » ayant commis une infraction à la loi. Or, il me semble que quand on parle de crimes graves, on parle de fraudes, de cambriolages, de hold-up, d’agressions, de tentatives de meurtre, d’homicides et de viols. Or, il doit pas y avoir TANT de Canadiens qui se la bouclent quand ils assistent à ce type de crimes. Mais, 3) cela va directement dans la stratégie conservatrice de manipuler les faits pour ses besoins.

Ce sont comme les supposées milliers de plaintes que Maxime Bernier (alias M. Joe Louis ou M. J’oublie des documents confidentiels chez ma maîtresse) aurait reçues sur le recensement alors qu’officiellement, seulement 3 plaintes en 10 ans sur le fameux formulaire composé pour nous transformer en zombies de l’État. Mais là, encore, manipulons les chiffres pour alerter la population: c’est horrible, cette version va dans votre intimité et veut savoir VOTRE REVENU !!! Ouh ! Donc, si je suis cette logique, l’an prochain lors de la période des impôts, je pourrais refuser d’envoyer mes formulaires. Après tout, on cherche à savoir un chiffre intime:  combien j’ai gagné dans l’année.

Ce qui est amusant dans toute cette bataille commencé en plein milieu du mois de juillet (façon que le public ne s’intéresse pas à l’histoire), c’est de voir les grands partisans de la droite sur Internet crier que le recensement est une laisse étatique pour nous contrôler (j’imagine qu’on tombe en transe en prenant le papier en question), MAIS lorsque vient le temps de nous démontrer qu’on tue la richesse au Canada avec nos impôts, que le niveau de vie des pauvres n’est pas aussi dramatique que le disent les organismes de gauche, ils sont les premiers à ressortir les chiffres de l’entité qui veut laver nos cerveaux au détergent Statistiques Canada.

Comme quoi, on peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres…

Pierre-Hugues Boisvenu et la paranoïa

Sur ces fameuses statistiques de la criminalité qui n’est, du moins, pas en progression fulgurante comme le croit M. Day, le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu crie littéralement au complot. J’imagine que ce sont les corps de police du pays qui ont arrangé le tout pour pouvoir se prendre le beigne à deux mains…

Vous savez, M. Boisvenu, je vous l’avoue, je ne l’aime pas. J’ai été très touché par la mort de sa fille (voire ses filles car une autre est morte dans un accident de la route) par un meurtrier. Mais – comment dire ? – son deuil s’est carrément mal fait. Au départ, ça semblait pourtant constructif. Il avait conçu un organisme de défense des victimes, il apportait des points intéressants dans un système de justice qui croule un peu trop sous la paperasse et qui fait durer des procès indéfiniment. Sauf que le problème de M. Boisvenu, c’est qu’il est toujours au stade « colère » du deuil. C’est ainsi qu’il en est venu à dire des énormités sur les détenus, à voir tous ceux en prison sur le même pied: comme des psychopathes sanguinaires et violeurs. Il a tenté de soutirer de l’argent au corps policier de Sherbrooke, réclamant vengeance. Cela lui fut refusé par la Cour car, même s’il est vrai que les policiers auraient pu arrêter le meurtrier de sa fille plus rapidement, il n’y a jamais eu de mauvaise foi de leur part.

Et c’est à cet homme qu’Harper a offert un poste de sénateur. À un homme qui, visiblement, est loin d’avoir fait le deuil de sa fille. Un homme ultra en colère a désormais le pouvoir de voter des législations au Parlement ? Y a-t-il rien que moi qui voit les dérives que cela peut entraîner ? Cet homme avait la capacité de faire quelque chose de bien. Il est tombé dans le côté sombre. Bien sûr, pour tous, il sonne comme le « Robin des bois des victimes » et il trouve facilement son public chez ceux en quête d’une justice sanglante. Mais le pire, dans tout ça, c’est que cette « guerre aux criminels » ne lui ramènera ni sa fille ni même un bien-être qu’il cherche visiblement.

Allez en prison, ne passez pas par « Go »…

Archéologie Palestine (source)

Archéologie Palestine (source)

Ah, Stephen, Stephen, Stephen… À se demander si tu ne nous sors pas des promesses de malade mental uniquement pour alimenter nos blogues quotidiennement… Alors, la dernière dérive névrose lubie préoccupation populaire du moment (car comme Dumont, Harper est un populiste fini) c’est la criminalité des jeunes. Or, Harper ne veut pas seulement modifier la loi sur les jeunes contrevenants, c’est l’abolition complète de celle-ci qu’il désire. Donc, il souhaiterait que des jeunes de 14 ans et plus ayant commis des crimes graves soient passibles de peines d’emprisonnement similaires à celles des adultes et que tous les jeunes ayant commis des crimes (même mineurs) aient leur nom publié (alors que la loi prévoit l’anonymat pour protéger ses enfants). D’ailleurs, on va souligner le mot « enfant ». Car à 14 ans, on est des enfants malgré le désir populaire qui veut qu’ils soient considérés comme des adultes.

Premièrement, « kossé » (excusez le mauvais français) qu’il y arrive dans l’opinion publique ? Bon, je sais qu’en matière de justice, on a tous un instinct davantage vengeur que de réhabilitation. Sauf que… Des jeunes de 14 ans qui commettent des homicides ou des viols… Pourquoi on en parle comme si ça se passait tous les jours ? Allô ! C’est très rare ! À écouter les commentateurs, on ne peut plus sortir sans se faire attaquer aujourd’hui. Pourtant, le taux de criminalité ne cesse de baisser comme on peut voir les statistique de l’an dernier ici. Où est le maudit problème ? Oui, il y a de la mauvaise graine peu importe le milieu social. Mais bâtard, la prison à vie pour un jeune de 14 ans ?

« Il faut empêcher un futur tueur de circuler dans les rues ! » Alors, la technique, c’est de les mettre dans l’école du crime suprême ? Pour que, quand il va sortir pour bonne conduite dans la trentaine, il se venge davantage sur la société qui n’a pas voulu l’aider… ? Les programmes de réhabiliation pour les jeunes fonctionnent: les chiffres parlent d’eux-mêmes ! Oui, il y aura toujours le 1% qui ne changeront pas, qui sont réfractaires. Sauf que… Pour 1%, on va punir le 99% qui a des chances. Mais c’est compréhensible l’idée de Harper: c’est bien plus simple (voire simplet) de foutre tous les jeunes délinquants en prison que d’améliorer le tissu social dans lequel ils évoluent et qui nuisent à leurs chances de réhabilitation. Ça fait plaisir aux associations de victimes (que je respecte, mais je trouve que la réaction, entre autres, de Pierre-Hugues Boisvenue sent davantage la vengeance que la raison), mais ça n’améliore pas la baisse de crimes.

On le voit chez nos voisins du Sud. Ah oui ! Ils ont tellement plus peur de la police que les prisons sont pleines et débordent… Ah ouais ! Vous avez raison la répression, c’est la clé de la réussite ! (lire avec sarcasme ici)

Phrase drôle du jour

Ah, j’aime ma Wii ! Et pas seulement pour le côté vidéoludique de la chose, mais parce qu’elle est arrivée à me faire rire. Pour ceux qui ne savent pas, sur la console, il y a des « canaux » qui se branchent gratuitement à Internet. C’est-à-dire que tu as entre autres une boutique de vieux jeux de Nintendo pour jouer sur la console, une chaîne météo, etc. Et il y a une chaîne nouvelles… Hier soir, en ouvrant ma console, je vois sur la chaîne nouvelles cette délicieuse déclaration de Sarkozy qui se passe de commentaires tellement elle m’a fait rire. Pourquoi elle m’a fait rire ? Il suffit de connaître Sarkozy pour comprendre comment on n’a pas la même définition d’un même mot. Alors, le coq français a déclaré: « Je n’ai jamais été de gauche, mais j’aime la justice. » Mouhahahahahahahahahaha ! Si vous voulez, vous pouvez lire le reste de l’article ici. Bon, sur le sujet en tant que tel, il n’a pas tout à fait tort mais… Mouhahahahaha ! Sarko et justice… J’imagine qu’il ne parle pas de justice sociale…

Coupable jusqu’à preuve du contraire ?

L’affaire de Francis Proulx, principal suspect de l’affaire du kidnapping/meurtre de l’attachée politique Nancy Michaud, me fait réfléchir. J’ai l’impression, à entendre les médias et les observateurs, que parce qu’il a été arrêté par la police dans cette affaire, il est nécessairement coupable. Or, techniquement, selon notre système de justice, c’est un suspect. Méchant nuance entre les deux. Attention ! Ici, je ne veux pas le défendre ! S’il est bien le coupable dans l’affaire, il est ignoble et le crime est sordide et laisse, entre autres, deux jeunes orphelins de mère. Ce qui me brise le coeur comme la majorité des gens. Sauf qu’il me semble que de plus en plus, dès qu’on arrête quelqu’un, c’est automatiquement le/la coupable ! Or, on a décidé, dans notre système de justice, que l’on était innocent jusqu’à preuve du contraire. Ainsi, c’est aux policiers et aux experts de prouver que la personne a commis le méfait. Et bien que notre système de justice soit loin d’être parfait, je n’ai pas envie qu’on tombe dans le « coupable jusqu’à preuve du contraire » comme en Chine, par exemple… Je ne sais pas si vous avez déjà vu Red Corner avec Richard Gere où il joue un avocat qu’on accuse de meurtre en Chine alors qu’il n’a rien faire. Pas le meilleur film du monde, mais c’est là qu’on se rend compte que c’est plus difficile de prouver l’innocence de quelqu’un que la culpabilité. Même aux États-Unis où l’on aime la loi du Talion, on continue de garder la présomption d’innocence.

Bref, oui, on veut que les méchants soient punis, mais il ne faut pas tomber dans la démagogie lors de l’arrestation d’un suspect. Il faut attendre la fin du procès juste et équitable pour désigner une personne comme coupable. Je sais que ce sont des mots qui sonnent creux à une population qui rêve, parfois, de revenir à l’époque où on jetait les criminels dans une arène où ils se faisaient dévorer par des lions ou tuer par des gladiateurs, mais c’est tout de même plus éthique comme ça. Par contre, je vous l’accorde, parfois c’est dur en maudit de ne pas accuser tout de suite… 😉