En direct d’une république de bananes

Je croyais vivre dans un pays démocratique d’Amérique du Nord. Je croyais que nos élus, malgré parfois un peu d’incompétence, voulaient notre bien et ne cherchaient pas à y être QUE pour le pouvoir et l’argent. Je croyais que nous étions un peuple solidaire et qui ferait n’importe quoi pour ne pas laisser ses concitoyens dans la merde.

Mais je vivais dans une illusion totale.

Je me suis réveillé il y a plusieurs mois dans une république de bananes où les entrepreneurs sapent l’argent public pour le mettre dans leurs poches.

un gouvernement s’entête à ne rien voir et pire est complice, selon certaines sources, de la chose.

les intérêts de groupes orthodoxes passent avant ceux des modérés.

Où on pointe du doigt ce haut pourcentage de ceux qui ne paient pas d’impôts sans 1) s’informer et se rendre compte qu’il est similaire à nos voisins du Sud (voire plus bas) , 2) se rappeler qu’ils paient des taxes comme tout le monde et donc contribue aux revenus étatiques et 3) s’inquiéter du fait que justement autant de gens ne puissent collaborer de cette manière à cause de leur précarité de vie.

Ouaip, welcome (puisque le français est en voie de disparition et qu’on n’y fait rien) to the Quebec, royaume où les corrompus règnent et ont même le culot de nous quémander nos votes.

Pendant ce temps, une figure marquante du Québec, un des derniers modèles prônant des valeurs de protection sociale, une grande gueule comme il n’en existe plus (ou presque) avec une mission plus grande que lui succombait du cancer.

Un phare de solidarité qui a eu la chance d’avoir une longue vie, mais qui laisse un vide immense qui ne semble pas être près d’être comblé. Il rejoindra sa Simone – sa partenaire de bataille et femme de sa vie – et on ne peut que s’en réjouir pour cet homme qui aura tenu tant de combats à bout de bras. Michel Chartrand a connu un Québec debout; il quitte malheureusement cette Terre avec un Québec rampant, léchant les pompes des grandes corporations pour ne « surtout pas déranger » et crachant sur les regroupements pour être sûr de ne pas se faire pénaliser par les riches et puissants.

Oui, voilà où je vis: dans une lande où tout signe de solidarité est vu comme louche et contraignant au point où tous achètent un produit fabriqué par des scabs * ! Ouais, vive my country !

*Oui, je sais, ce sont les chiffres de QMI donc à relativiser, mais il reste quand même que le quotidien se vend encore aussi bien qu’auparavant.

Je n’ai pas les ailes d’un ange, mais je partirai pour…

… Québec ! (je sais, pas original pour cinq sous…)

Hé oui, je me suis avancé au boulot et je vais passer le reste de la semaine chez un ami dans la ville de Régis le fief de Harper la cité qui aurait, selon les dizaines de médias appartenant à Quebecor, gagné la « télé-rivalité » Québec-Montréal qui a eu autant de buzz que la sortie d’un spectacle de ballet-jazz à St-Clin-Clin-des-Meuh-Meuh la Capitale Nationale. Je pourrais quasiment croiser notre PM adoré puisque je résiderai temporairement très près de l’Assemblée nationale. Note à moi-même: ne pas oublier ma douzaine d’oeufs si ça arrive (blague).

Mais qu’est-ce qui justifie ce voyage ? Premièrement, un désir de dépaysement pour quelques jours. Deuxièmement, un peu de tranquillité pour des projets personnels et me redonner de l’énergie (du moins, je le souhaite). Tertio, et la raison principale en fait, je vais assister jeudi au lancement de la BD « L’Origine de la Vie » de Leif Tande. 😀 Ça devrait être très plaisant. Qui sait ? Croiserai-je peut-être d’autres personnes dont j’ai pu lire les écrits sur la blogosphère à Québec ? 😉

Comme par exemple un autre collègue blogueur, Pascal Colpron (nouveau papa d’ailleurs d’une autre adorable fillette tout récemment) dont l’album est disponible depuis plusieurs semaines et qui sera au Salon du Livre de Québec. Et puis, bon, s’il y a aussi de gentils célibataires durant ce voyage… (sifflotements innocents)

Là où je serai, il y aura Internet donc j’irai faire quelques tours ici. Et tiens, tant qu’à se dépayser, aussi bien le faire deux fois plutôt qu’une. Depuis ce soir, je suis sur Twitter ! C’est le printemps alors je me disais que c’était de bon ton de gazouiller. 😉

Je préviens tout de suite que je ne serai pas de ces maniaques complètement dépendant et qui doivent twitter à tous les 5 minutes, mais je vais essayer d’y ajouter des gazouillis aussi souvent que possible.

Sur ce, à plus tard cette semaine, en direct de Québec !

Qu’ils se prennent en main

Le budget Bachand divise en deux camps la population. Pour les chantres du néo-libéralisme (qui se sont nommés lucides il y a quelques années), ce jour est encore plus beau et intense que l’élection en novembre 2008 de Barack Obama.

Les Pratte, Dubuc, Noreau, Samson, Elgrably (dont je n’arrive pas à trouver de textes sur le sujet, mais qui doit glousser de plaisir depuis mardi) et autres jouissent de ce coup de barre « enfin attendu » par la droite québécoise comment certains attendent encore le Messie.

De l’autre côté, les opposants qui sont sur le derrière depuis mardi. Des exemples? Michèle Ouimet, Josée Legault, Jean-François Lisée et même Patrick Lagacé était mal à l’aise avec les nouvelles contributions sur la santé.

Car c’est probablement ça qui bogue le plus. La hausse prévisible de TVQ de 2 points d’ici le 1er janvier 2012 ne cause aucun « problème » ou, du moins, l’opinion publique n’en semble pas très affectée.

Non, c’est la contribution santé non modulée qui heurte. Surtout quand on sait qu’en deux ans, elle grimpera de 800% (passant de 25$ à 200$) et, ce, peu importe votre revenu. Sans compter que le budget a bel et bien spécifié l’idée d’un ticket modérateur orienteur qui nous ferait payer au bout de l’année de 25$ chaque visite chez le médecin.

Et même si plusieurs croient que ça ne tiendra pas la route étant donné la loi fédérale sur la santé, la porte est maintenant grande ouverte. Et pas pour inquiéter outre mesure, mais on s’entend que ce n’est pas les Conservateurs qui vont empêcher une idée de droite de germer (et s’il faut modifier la loi, why not ?) et rien pour rassurer quand l’opposition officielle se dit: « Ouais, savez-vous… pourquoi pas ? »

Le fait qu’il y ait une budget dédié à la santé qu’on puisse surveiller, ouaip… pourquoi pas ? Par contre, qu’on fasse payer au citoyen le même montant pour tous sans tenir compte du revenu ? Wô ! Bachand disait: « Tous les Québécois profitent également du système de santé. »

PARDON ? Non ! Tous n’ont pas un médecin de famille (j’en suis d’ailleurs mais à 25 ans c’est moins grave), tous n’ont pas un accès rapide aux soins, tous n’ont pas les moyens – contrairement aux amis du parti d’un premier ministre frisé – de se payer du privé pour guérir plus vite. Alors, bullshit qu’on profite tous également du système de santé !

Et ce qu’il y a de merveilleux, c’est que malgré cette contribution, on n’aura pas plus de services ! Génial, non ? C’est un peu comme si vous alliez au cinéma et que non seulement vous appreniez que le prix des billets a monté de manière astronomique (genre 800%, ce qui ferait donc 80$ pour un billet adulte environ) mais qu’en plus vous alliez devoir écouter le film entièrement debout, le tout sur un écran 13 pouces avec un seul haut-parleur datant de 1990 et dont les fils ont commencé à être rongé par les rats qui squattent la salle.

Mieux encore, j’entendais cette semaine Gaëtan Barrette de l’ordre des médecins spécialistes du Québec dire que bien que c’était de bonnes idées (ben tiens !), tout ça ne donnerait plus de services et j’entendais aussi des économistes dire que ça comblerait à peine la hausse des coûts dans la santé. Wow ! Un vrai investissement… Je sais bien que M. Barrette exagère peut-être puisqu’il est en négociation avec le gouvernement. Néanmoins, je reste convaincu qu’effectivement, il n’y aura pas augmentation significative du service au citoyen.

Et l’idée du ticket modérateur est encore « mieux » car elle emmène l’idée que ceux qui sont malades, c’est de leur faute alors qu’ils paient et s’endettent les enfants de (censuré) ! Non, mais je trouve ça marrant d’entendre les gens parler comme s’il y avait vraiment BEAUCOUP de gens qui vont à l’urgence pour le plaisir.

Ben oui, tout le monde sait qu’après La Ronde et le Village Vacances Val-Cartier, les plus grandes attractions au Québec sont les urgences. Quoi de plus extraordinaire que d’entendre une demi-journée (minimum) entouré de monde qui se plaignent/souffrent ou toussent, de lire des revues qui datent des années 70 à 90, d’entendre à intervalles plus ou moins réguliers l’intercom avec le ton agressant de la secrétaire « toujours en cr… » et d’écouter, sans le son, des images de TVA ou de la SRC sur une télé cheap tellement vieille qu’on dirait qu’elle fait de la cataracte tellement elle est blanche ? Voyons, tout le monde adore ça !

Et puis, s’il y a autant de « parasites », selon nos « bien-pensants », dans les urgences, c’est peut-être parce que les cliniques familiales  et CLSC débordent. Genre que pour être sûr de voir un médecin en sans rendez-vous là, il faut camper à 2h du matin devant la porte. Peut-être parce que la plupart d’entre nous n’ont pas de médecins de famille à qui ils peuvent passer un coup de fil pour vérifier s’il y a un trouble quelconque ? Quant à Urgence-Santé (811), j’ai eu ouï-dire qu’il était difficile de se faire répondre et que ça arrivait souvent de se faire dire: « Hum, j’irais voir un médecin quant à moi ! »

Et ce qui me tue le plus avec ce budget, c’est tout le mépris qui ressort envers les pauvres. À RDI hier midi, on demandait au Club des Ex si les riches devaient contribuer plus que les pauvres pour la santé. Une réponse d’un téléspectateur m’a frappé: « Non, parce que les riches font attention à leur santé, ils font plus d’exercices et mangent mieux. »

J’aurais aimé savoir le salaire annuel de cette personne. Probablement que ça se chiffre dans les 75 000 et plus, du genre que les mesures régressives du ministre Bachand, ça ne la touche pas. Or, ce discours méprisant, on le sent chez ceux qui défendent ces mesures en santé.

« Qu’ils se prennent en main », disent-ils à chaque fois avec l’arrogance de leur classe sociale.

Je pourrais aborder longuement le sujet (je le ferai peut-être un jour), mais juste une chose que je tiens à mettre au clair:

J’ai connu des gens au style de vie parfait: non fumeur, font de l’exercice quotidiennement et plusieurs heures par jour, ne prennent pas de cochonneries alimentaires, sont pratiquement végétaliens… Et pourtant, certains d’entre eux choppent des tumeurs, un cancer ou d’autres terribles maladies.

À l’inverse, j’ai connu des gens avec des super mauvaises habitudes à l’inverse de ce qui est écrit plus haut (peut-être pas toutes en même temps, mais…) et qui, pourtant, ne sont jamais allés ou presque chez le médecin de leur vie.

La raison pourquoi nous avons, à l’époque, choisi d’instaurer un système de santé universel était justement parce que quand la maladie frappe, elle le fait sans discernement à la race, la classe sociale, le compte en banque, l’orientation sexuelle ou le sexe. Pour que les pauvres arrêtent de crever parce qu’ils ne pouvaient pas payer leurs soins, ou s’endettait tellement qu’ils perdaient tout quand un membre de la famille choppait quelque chose. Même chose pour les riches aussi !

Mais non, mardi, on a signé l’arrêt de mort de ce système. Ou du moins, le Parti Libéral du Québec a clairement affiché ses couleurs: nous allons l’abattre de nos mains d’ici les prochaines élections en 2012-2013.

Vrai que le système coûte cher. Vrai qu’il faut aussi trouver des moyens de l’améliorer, mais est-ce que ça ne passe pas surtout par l’embauche de nouveau personnel, par donner les moyens aux établissements d’établir des systèmes qui répondent aux besoins spécifiques de leurs patients ?

Comment ça se fait que dans les « consultations » sur le budget du gouvernement Charest, ce sont toujours les mêmes penseurs qui eurent le droit de parole ? Comment ça se fait que des gars comme Lisée, des gens de gauche pragmatique, n’ont pas été invités ? Je pense qu’on connaît la réponse…

En tout cas, une chose est sûre. Je ne souhaite à personne de tomber malade si la mesure du ticket modérateur orienteur, d’avoir un cancer, le VIH, une maladie chronique ou même être enceinte dans deux ans. Parce qu’à coup de 25$/la visite, ça va faire mal à la fin de l’année (et je n’y crois pas à la limite de coût de maximum 1% du revenu).

Peut-être même que plusieurs éviteront d’aller chez le médecin pour ne pas faire un trou dans leur très maigre budget. Et que leur état s’empirera. Et qu’il en mourront finalement, faute d’avoir été vu par un docteur.

Mais peu importe, ce ne sont que des pauvres. Ils n’avaient qu’à se prendre en main…

P.S.: Je ne crois pas non plus Bachand qui veut s’attaquer à l’évasion fiscale. Premièrement, il ne s’attaque qu’au travail au noir et pas aux paradis fiscaux. Et comme on le voit dans cet article, ça ne donnera pas grand argent au gouvernement.

P.P.S.: Oh ! Avouez que c’est hilarant de voir Monsieur Bachand dire: je ne veux pas moduler la contribution de la santé car ça serait un impôt de faire cela. Euh… ÇA EN EST PAS DÉJÀ UN ?!!!

P.P.P.S.: Et à ceux qui diront: tu sauras qu’on paie déjà la santé avec nos impôts ! Je le sais. Mais vous rendez-vous compte qu’ils nous font payer pour leur erreur de baisses d’impôts d’il y a deux ans qui n’ont servi encore une fois qu’aux riches, aux corporations ou à la très haute classe moyenne ? Quels gestionnaires de génies que nos amis les Libéraux, hein ?

P.P.P.P.S.: À lire différents textes de ma blogoliste sur ce budget. J’en oublie mais c,est parce qu’il est près de 2 heures du mat’ et que je dois aller dormir. Ouais, OK, c’est souvent de gauche, mais si vous lisez mon blogue, vous êtes comme prévenus:

Alice dans tous ses états

Quoi du cinoche ?, me direz-vous. Et en plus, tu es super en retard, le film est sorti il y a un mois.

Je sais tout ça. Mais de un, en France il vient à peine de sortir et il arrive que des Français tombe par accident ici. De deux, ce n’est pas seulement l’opus de Burton dont je veux discourir.

C’est que ce texte sur l’oeuvre de Lewis Carroll me trotte dans la tête depuis début mars (où j’ai vu le récent film) et j’avais envie d’en faire part.

De trois, il va bien sortir en DVD inévitablement ce film alors la critique servira pour ceux qui ne l’auront pas vu au cinoche. De quatre, vais-je devoir me justifier à chaque billet ?

Non, non, c’est beau…

Merci. Bon, alors, Alice… Tout le monde croit connaître l’histoire, mais il suffit de se plonger dans les deux contes de Carroll pour se rendre compte que ouf… Le conte original est très loin de l’aspect sucré que nous avons connu. En fait, il est très intéressant de voir les diverses versions d’une histoire similaire. Pas que je sois un expert, mais disons que j’ai noté quelques changements…

Alice, version Carroll (1865)

En fait, Alice au pays des merveilles est seulement le premier récit de deux histoire. « De l’autre côté du miroir » en est la suite. C’est dans le premier qu’elle suit le lapin blanc dans le terrier, qu’elle croise le dodo, la chenille qui fume du narguilé, le chat de Cheshire, le Chapelier fou (ainsi que son collègue le lièvre de Mars) et la fameuse Reine de Coeur devant laquelle elle finira dans une folle cour de justice dont elle échappera en se réveillant.

Par contre, sa suite, est différente. Le tout est conçu comme une énorme partie d’échecs où elle passe de pion à reine (du moins, symboliquement). C’est dans ce récit qu’elle rencontrera des insectes aux formes bizarres (exemple: chevaux à bascule volants), des fleurs parlantes, la Reine Blanche, le fameux Humpty Dumpty et deux personnages encore plus connus: Tweedle Dee et Tweedle Dum (que la traduction française d’époque appelait Bonnet Blanc et Blanc Bonnet).

En fait, les récits d’Alice ont toujours été des voyages initiatiques de cette petite fille patiente et courtoise, mais rêveuse et un peu tête en l’air. Seulement, dans le premier, il s’agit davantage d’une aventure où elle ne cesse d’atterrir dans des situations alors que dans sa suite, elle prend davantage le contrôle de sa destinée.

Mais une chose est commune aux deux récits. Les personnages sont confrontants. Dans une telle dynamique de quête de soi, ils ne cessent de mettre Alice en question, ils ne répondent que très rarement clairement mais exigent toujours des réponses claires de la jeune fille, ils sont parfois d’une folie et d’une bêtise à pleurer et certains sont même extrêmement désagréables envers elle (le nombre de fois que notre blonde héroïne se fait insulter dans ces récits…). Pourtant, elle reste toujours assez affable et patiente. En fait, l’impression est claire en lisant Carroll: les péripéties d’Alice semblent se dérouler dans sa psyché. Le pays des merveilles n’est que le fruit de son imagination débordante, un moyen pour elle d’affirmer sa personnalité à son propre subconscient (c’est Jung qui aimerait cette théorie).

Alice, version Disney (1951)


Ah le Alice que beaucoup ont vu. Normal, c’est un « classique », n’est-ce pas ? Pourtant, un de ceux qui a le moins fonctionné au box-office au point que contrairement à bien d’autres classiques, il n’eut jamais de seconde sortie au cinéma. Normal, les fans des récits originels de Lewis Carroll étaient scandalisés: le studio américain avait littéralement fusionné des éléments de « De l’autre côté du mirroir » dans la trame narrative de « Alice au pays des merveilles ». Quant au public fan de Disney, il fut plutôt dérouté car malgré toutes les critiques qu’on peut faire, le film restait quand même dans le ton déroutant et surréaliste de l’original.

Or, pour le public « disneyen », quoi de plus déroutant de voir une petite fille croiser que des toqués et des personnages imaginaires qui insultent l’héroïne !! Sans compter que la blondinette est beaucoup plus impatiente ici que dans les récits originaux. Elle se fâche, boude et finit même par pleurer à chaudes larmes. En fait, le film prendra une plus grande popularité avec la mouvance hippie qui allait suivre (tout d’un coup, les tableaux étranges du film semblaient de bon ton) et puis sa sortie en vidéo (Alice fut le deuxième film à être publié par Disney en vidéocassette en 1981, après Dumbo).

Disney a voulu intégrer à l’époque beaucoup de la poésie dans les deux contes. Et le moyen trouvé ? La chanson bien sûr. Une idée pas mal, mais encore une fois assez déroutante dans un schéma « disneyen » qui habituait le public à écouter des mélodies en lien avec l’histoire et l’intériorité des personnages.

Ce qui rend aussi le Alice de Disney très hétéroclite. On peut passer d’un excellent tableau (Alice dans le terrier ou rencontrant le Chat de Cheshire) à un plus moyen (Alice prise dans la maison du lapin blanc).

La traduction française de l’œuvre de Carroll est difficile puisqu’il y a beaucoup de jeux de mots. Si la traduction des contes passe, il y a tout de même deux bémols dans la traduction française du dessin animé: les jeux de mots de la chenille fumant sont beaucoup moins percutants qu’en anglais et – oh horreur ! – le chat de Cheshire qu’on a rebaptisé « Chat-foin ». Eurk… Je comprends qu’il y a un lien avec le terme chafouin signifiant justement « sournois et rusé » comme l’est le personnage. Je trouve quand même que cette traduction est horrible.

Alice, version Burton (2010)

Ah Tim Burton ! Le cinéaste derrière Edward Scissorshands et Big Fish était forcément un candidat de choix pour redonner vie au pays des merveilles. Après tout, Sleepy Hollow avait démontré sa capacité à mettre un conte à la vie avec une vision très particulière.

Le résultat était donc attendu et je me suis précipité le voir dans les jours suivants sa sortie… En suis-je sorti déçu ? Non, mais – car il y a un mais – quelques choses me chicotaient. Tout d’abord, la patte Burton est très différente ici. Adieu univers gothiques et sombres adorés du réalisateur, Alice est au contraire plein de lumière. Une explication possible: Disney distribue et produit le film. Pourtant, étonnamment, le film ressort le Jabberwocky, une créature très sombre et terrifiante (pour peu qu’on soit un enfant impressionnable, on s’entend) que le dessin animé n’avait finalement pas abordée malgré qu’une chanson fut composée au cas où.

De plus, le récit mélange encore personnages du « Pays des Merveilles » et « De l’autre côté du miroir », mais cette fois, cela peut s’expliquer aisément puisque Alice a 19 ans depuis les événements qui l’ont conduit au pays des merveilles. En fait, c’est très amusant: si la trame narrative du dessin animé suit plus celle d’Alice au pays des merveilles, celle de Burton (ou plutôt de la scénariste Linda Woolverton) s’approche « De l’autre côté du miroir ». Sans le côté partie d’échecs et avec davantage un côté Seigneur des Anneaux.

Et c’est là que ça détonne. L’univers du film de Burton n’est pas du tout celui de Carroll et de Clyde Geronimi (réalisateur du dessin animé) qui situait plutôt clairement ce pays dans l’imaginaire d’Alice. Non; pour Burton, l’univers existe et pire, il y a conflit politique entre une bonne (et maniérée) reine blanche et une dictatrice reine rouge. Le tout sur fond de prophétie et où tous se souviennent d’Alice (alors que l’héroïne ne se rappelle plus d’eux) et sont CONTENTS DE LA VOIR ?! « Quoi ???? » a-t-on envie de crier quand on connaît le récit, « Depuis quand les habitants du pays des merveilles sont attachés à Alice ?!! »

Bon, alors deux réactions sont possibles: on sort du cinéma en hurlant notre dégoût ou on accepte cette énorme transgression du bouquin et on se laisse aller.

La deuxième option n’est pas trop mal, je vous l’avoue, car malgré ces différences flagrantes de ton, il n’en reste pas moins que le récit est intéressant et Burton arrive en quelques secondes à nous faire voyager dans cette univers fantastique. On s’entend que les moyens sont à l’écran et même si beaucoup de personnages sont de l’infographie de correcte qualité sans plus, certains effets comme la tête disproportionnée de la Reine rouge ou le visage de Matt Lucas intégré parfaitement sur les corps de Tweedle Dee et Tweedle Dum sont hallucinants.

Le récit, malgré d’énormes invraisemblances de la mythologie de Carroll, est encore une fois une très intéressante quête initiatique de la jeune femme prise dans une bourgeoisie anglaise étouffante et lui dictant quoi faire. L’Australienne Mia Wasikowska arrive à jouer une Alice crédible et proche de celle des récits. Un peu troublant par contre de la voir en armure complète avec une épée dans les mains, mais ça…

Bon, et Johnny Depp là-dedans ? Pas mal. On sent que l’acteur a une affinité naturelle avec le réalisateur et donc il est facile pour lui de jouer ce Chapelier fou… mais surtout très humain. Pas une mauvaise chose, mais encore une fois ça détonne du chapelier que les fans du récit original connaissent. Helena Bonham Carter amuse pas mal en Reine Rouge, bien que son personnage soit plutôt caricatural. Matt Lucas est adorable dans le rôle des jumeaux Tweedle Dee et Tweedle Dum (personnages qui passent de casse-pieds dans le livre à trop « cuuuuuute » dans le film).  Je sais que plusieurs ont critiqué le côté maniéré de Anne Hathaway dans le rôle de la Reine Blanche. C’est vrai qu’elle est un peu « too much » (on se surprend à se dire intérieurement : « Mouais… c’est un peu trop gros ton affaire, la grande »), mais à la limite, le jeu se justifie dans cet univers déjanté. Néanmoins, Helena Bonham Carter la supplante, c’est sûr. Pour le reste de la distribution, je serais intéressé d’écouter les voix originales. Car bien que le doublage québécois soit de bonne qualité, je serais bien curieux de voir le jeu de Stephen Fry en Chat de Cheshire (dont on a gardé le nom correct dans la traduction française, merci beaucoup) ou d’Alan Rickman en chenille.

Bref, l’exercice est intéressant et oui, il vaut le coup d’oeil. Par contre, comme bien des adaptations au cinéma, il faut se rappeler qu’il s’agit tout au mieux d’une inspiration des contes de Carroll et non une réplique exacte. Le pays des merveilles de Burton vaut la peine même s’il est surprenant de le voir à la tête d’une oeuvre aussi sucrée…

Verdict du Satellite: 8/10

Note: Par contre, pour le 3D, c’est franchement hyper accessoire. Mise à part pour la scène quand Alice tombe dans le terrier qui, je l’avoue, est immersive, le 3D est plus dérangeante qu’autre chose. D’ailleurs, je ne comprends pas cette obsession de la 3D. À part donner l’occasion aux cinémas de nous charger un prix d’entrée exorbitant, est-ce que ça rend vraiment un film meilleur ? Je veux dire, c’est pas un bon scénario, une bonne réalisation et de bons acteurs/actrices qui font un bon film ? Il me semble…

Le bourgeois gentilhomme de 2010

Bon, et moi qui avait dit que je n’avais rien à dire sur l’affaire Clotaire Rapaille…

Mais avec tout ce qui se dit, j’ai envie d’ajouter mon très bref grain de sel. Les conneries de Clotaire ne m’étonnent pas depuis ce topo d’Infoman où on prouvait par a+b que notre ami Rapaille n’avait pas pu avoir une idée du Québec étant jeune en écoutant Félix Leclerc… pas connu à cette époque outre-Atlantique.

En fait, c’est l’attitude de LaBeaume dans toute cette histoire qui me fait 1) sourire (rire jaune) 2) grincer des dents. Si convaincu qu’il avait raison – semble-t-il selon Lagacé, entre autres, que même en conférence de presse le maire blâmait davantage les journalistes qu’il ne prenait le blâme – qu’une vision internationale était la seule chose qui pouvait donner une marque à Québec. Même si, pour moi, Québec en a une. Bon, c’est vrai que Vieille Capitale, ça peut sonner péjoratif.

Or, il me semble que dans une société où on jette les vieux à tour de bras dans les résidences pour personnes âgées, il me semble que c’est bien d’avoir une icône de « vieillesse » admirable. Et puis, une « vieille capitale » peut être jeune en son coeur, peut développer des projets du 21ème siècle tout en respectant son héritage de 400 ans…

Québec veut rajeunir aux yeux du monde ? Qu’elle cesse déjà de voter pour des partis qui veulent nous ramener au début du 20ème siècle (Parti Conservateur et ADQ)… ça aiderait pas mal ! (Hé que c’est dur pas sortir de commentaires politiques, ma foi !)

Bref, pour moi, le maire LaBeaume me fait penser au Bourgeois Gentilhomme de Molière. Pièce que je connais fort bien, j’y ai joué étant au Cégep. 😉 Pas très bon acteur, mais peu importe. La pièce correspond bien à LaBeaume: un récent bourgeois veut imiter le style de vie des nobles. Il invite alors à sa luxueuse résidence toutes sortes de maîtres (philosophie, d’armes, etc.) et d’individus qui se foutent de sa gueule et profitent de sa naïveté.

Par exemple, je jouais le maître de philosophie (ou plutôt, dans notre version, nous étions deux maîtres de philosophie… quel plaisir ai-je eu avec ma comparse d’ailleurs !). Or, ce(s) personnage(s) apprend(nent) il(s) la rhétorique au Bourgeois ? Non, il(s) lui enseigne (nt) la sonorité des voyelles. On est loin de Socrate, mettons… Au bout du compte, la pièce finit et il passe littéralement pour un con.

Et c’est exactement ce qui est arrivé à Régis. Quant à Clotaire, on pourrait le comparer au Grand Turc de la pièce…

D’ailleurs, j’adore cette dernière phrase de la chronique d’Yves Boisvert: « Celui qui a l’air fou ce matin n’est pas Clotaire Rapaille, c’est Régis Labeaume, qui s’est inventé un problème d’image dans une ville où, enfin, tout allait bien. »

Hé oui et ce « problème » a coûté des milliers de dollars aux contribuables de Québec… Chapeau monsieur le maire !

Perdu dans l’espace

Espace: ultime frontière. Là où la main de l'homme n'a jamais le pied - dixit une ancienne série télé. Et peut-être que c'est pour le mieux quand on y pense.

Ouaip… Contrairement à ce que tous ont cru, je ne suis pas mort. En fait, réutilisant la métaphore du satellite, disons que j’ai perdu mon orbite depuis – oh là là ! – plusieurs mois.

Après plusieurs événements malheureux par-dessus événements malheureux, je vous avoue que j’ai eu une seule réaction: celle de l’huître. On se referme sur soi et on se la ferme !

J’ai délaissé Facebook qui me projetait un reflet ultra négatif de moi-même. Pourquoi ? Parce que j’avais l’impression de ne pas être à la hauteur des quelques bonnes âmes ayant bien voulu m’accorder leur intérêt. Tant de vies pleines et heureuses alors que la mienne… Et ne vous inquiétez pas, je le sais: j’en suis pleinement responsable. Et on s’arrêtera là, c’est déjà trop de dévoilement !

Pratiquement adieu à ce blogue aussi qui me donnait presque la nausée. Depuis l’été dernier, je n’avais plus aucun plaisir ici. Je ne répondais plus aux commentaires malheureusement. J’avais une anxiété monstre qui se bâtissait à chaque fois que ma boîte courriel affichait un « Un nouveau commentaire a été posté sur [nom du billet]. »

Quand j’ai créé cet endroit il y a 2 ans, il me semble que je n’avais que du plaisir. J’écrivais inconsciemment, sur tout et sur rien, les commentaires me passionnaient et même si parfois j’étais affecté par certaines critiques, je finissais toujours par retomber sur mes pattes.

Sauf que depuis l’été dernier, je me suis mis… à me prendre au sérieux, malgré moi. Oh le blasphème du blogueur que je viens d’admettre ! Car voilà le danger: croire que notre petit espace Web gratuitement offert a un quelconque impact sur la vie des gens. Oh bien sûr, ils viennent nous lire mais changent-ils vraiment d’idée ? Après tout, soyons honnêtes: des grandes gueules ont parfois énormément d’espace média. Suis-je pour autant influencé par ce qu’ils disent ? Nah… Ils me font rarement changer d’avis.

Disons que tout d’un coup, je me suis mis à croire qu’il fallait dénoncer à tous vents les Harper et Charest de ce monde, les injustices et les imbécilités comme si – et voilà le péché (désolé pour cet autre terme judéo-chrétien) mortel – j’étais un des juges en importance sur cette planète.

« Pardon mon petit père ?!! » dit ma raison tout ébaubie d’une telle idée. « Te rends-tu compte que tu n’es qu’un simple citoyen et que par moment, il y a des dossiers qui te dépassent ?!! »

Dur jugement, certes, mais pas totalement dénué de sens. Je me suis parfois embarqué sur des terrains extrêmement minés dont je ne connaissais pas toute l’ampleur. Normal car rapidement on se rend compte de 2 choses lorsqu’on aborde sans cesse politique et actualités:

1) On ne peut pas avoir une opinion sur tout: horrible à dire, mais il y a des sujets dont je ne peux pas m’étendre sur un billet de 300, 500, 700 ou 2000 mots. Par exemple, le sujet de Clotaire Rapaille à Québec. Je pourrais m’étendre en long et en large et utiliser de nombreux épithètes pour choquer le lecteur. Pourtant, ma pensée se résume ainsi: quel gaspillage d’argent pour une ville qui avait déjà une super carte de visite et tout ça  dans les poches d’un moulin à paroles (sic) qui dit n’importe quoi. Point. Je ne peux m’y attarder plus car comment dire, c’est seulement ça qui me vient.

2) Il faut avoir l’esprit militant 365 jours/année, 24h/24: Disons que les vrais bons blogues sur l’actualité sont capables de s’alimenter et de brûler de tous leurs feux grâce au militantisme qui les anime. Or, ce n’est pas qu’il n’y ait pas de causes qui me tiennent à coeur, mais je ne suis pas toujours militant. Ou disons que le militantisme à tous les moments de ma vie crée chez moi des frustrations qui s’en ressentent dans mes propos et mes attitudes… ce qui fait que je nuis 100x aux causes qui me tiennent à coeur.

Bon, est-ce donc à dire que ce blogue va dériver et mourir comme beaucoup de blogues ces temps-ci (exemple tout récent: Le Petit Émerillon) ? Hé bien…

Non. 😉 Sauf que disons que je prendrai une tangente différente. Je crois que je veux revenir à mes débuts: plus de légèreté, plus de plaisir, plus de passion. Donc, en contrepartie, un peu moins d’opinions politiques et sur l’actualité.

Est-ce à dire que je laisserai totalement mon mouton frisé de l’Assemblée nationale et ses amis les clowns qui lui servent de cabinets, la Castafiore de Charlevoix, les gamins de la droite (alias l’ADQ), le Moïse trompeur (alias M. Lucien Bouchard) ou ma tête carrée albertaine préférée (sic) à Ottawa lorsqu’ils feront des bêtises ? Non… Mais je ne le ferai que par parcimonie, si je sens que je suis à l’aise avec le sujet et disons que je risque de citer des gens plus « bollés » que moi en la matière.

Le rythme de publication sera aussi plus raisonnable. Un billet par 2 jours environ. Parfois un peu plus, parfois moins.

Disons qu’il faut que je m’approprie deux nouveaux mots dans ma vie: « plaisir » et « positivisme ». Et ça commence à partir de maintenant. 🙂

Quand à mes collègues blogueurs qui croient que je les ai boudés, soyez sans craintes. Je vous ai toujours lu même dans les plus durs moments de ces derniers mois. Vous savoir toujours présent était rassurant. D’ailleurs, pour vous indiquer mon retour, il est possible que vous revoyez ma prose dans les prochaines heures et jours. 😉 Oh et à partir d’aujourd’hui et les billets à venir, je répondrai aux commentaires quand je le peux.

Bon, hé bien, le Satellite a été retrouvé. Il est bien amoché, mais il paraît que tout est réparable, non ? 😉 Alors, en selle mon gaillard et surtout – message à moi-même – fais-toi plaisir !

P.S.: Tiens, pendant que j’y suis, je fais un léger appel à tous. Y a-t-il des gens patients et gentils qui voudraient m’enseigner à gazouiller ? Je compte m’y mettre bientôt et j’aimerais être informé sur cet univers, ma foi, assez unique de ce que je peux comprendre…

Bon, ça y est…

… après 7 ans d’attente pour les uns ou d’exaspération pour les autres, les XXIe Jeux Olympiques d’Hiver s’amorcent à Vancouver ce soir.

Je n’écrirai pas beaucoup là-dessus, je vous laisse lire un texte que j’ai fait à ce sujet au bout de ce lien.

Évidemment, si on est nationaliste québécois un brin, on va bientôt être noyé sous la feuille d’érable (même si, heureusement, l’infographie des Jeux se situent davantage dans des teintes de bleu, vert et blanc). Mais bon, puisque qu’on est TRÈS loin d’acquérir notre indépendance, aussi bien s’endurcir le temps de 2 semaines.

Disons qu’avec la température pluvieuse de la Côte Ouest et toute la morosité qui entoure ses Jeux (du moins dans plusieurs articles publiés dans les mois auparavant), c’est à se demander si le CIO a bien choisi en 2003…

Mais bon, au moins, on a trouvé un moyen de gagner des médailles d’or: on s’arrange pour qu’ils se blessent ou meurent sur les sites olympiques… (Je sais, ce n’est pas drôle mais comment vous expliquez que personne avant ne se soit rendu compte de la dangerosité de la piste ?!)