Crime fictif interdit

Attention parce que – semble-t-il – je vais commettre un crime. Et ce crime sera de mettre une photo pour illustrer ce billet:

En effet, je montre un crime fictif commis (celui d’Annie Wilkes contre Paul Sheldon dans le film Misery de Rob Reiner, inspiré du roman de Stephen King) et si je me fie à ce que raconte Richard Martineau, ça serait quasiment un crime selon le Code criminel canadien. Il raconte l’histoire de Rémy Couture, un maquilleur professionnel pour films d’horreur qui a eu le malheur de diffuser sur Internet des exemples de son travail. Certes, c’est très gore (genre trop pour moi), mais rien qui ne se compare pas avec des séries de film comme Saw (Décadence) ou Hostel.

Résultat: Interpol capote et contacte la GRC. Et on arrête l’artiste sous le prétexte suivant.

Selon le code 163 du Code criminel canadien, « commet une infraction quiconque produit, imprime, publie, distribue, vend, ou a en sa possession aux fins de publier, distribuer ou mettre en circulation, une histoire illustrée de crime… »

Wow ! Quelle loi qui a été interprétée, dans ce cas-ci, avec zèle. Comme l’écrit l’Anarcho-pragmatique, on sort les 7 Jours du Talion des clubs vidéos et des librairies ? On devrait aussi arrêter Patrick Sénécal pour toute cette « incitation au crime ».

Et que faire de tous ces horribles films d’Hitchcock, de Coppola, de Spielberg, de Lucas, etc. ? Pensez à toutes les oeuvres que vous avez lues, entendues ou vues contenant un crime dedans. Et bien, si on interprète avec zèle cette loi, théoriquement plus de 90% des oeuvres artistiques devraient être saisies. Il n’y aurait plus de librairies, de clubs vidéos, de cinémas, de théâtre (oui, même Shakespeare est un terrible criminel avec tous ces meurtres dans ses drames), etc. Quoique pour les partisans du Parti Conservateur, un monde sans culture se porterait sûrement bien mieux.

Je ne dis pas que c’est extraordinaire de dépeindre des crimes gore, mais bordel où elle est cette fameuse liberté d’expression ? Je veux dire, comme disait M. Martineau, on voyait les crédits de ces films et il était indiqué qu’il s’agissait d’oeuvres de FICTION, pas de vrais crimes.

Où s’en va le monde culturel, je vous le demande ?

Alice dans tous ses états

Quoi du cinoche ?, me direz-vous. Et en plus, tu es super en retard, le film est sorti il y a un mois.

Je sais tout ça. Mais de un, en France il vient à peine de sortir et il arrive que des Français tombe par accident ici. De deux, ce n’est pas seulement l’opus de Burton dont je veux discourir.

C’est que ce texte sur l’oeuvre de Lewis Carroll me trotte dans la tête depuis début mars (où j’ai vu le récent film) et j’avais envie d’en faire part.

De trois, il va bien sortir en DVD inévitablement ce film alors la critique servira pour ceux qui ne l’auront pas vu au cinoche. De quatre, vais-je devoir me justifier à chaque billet ?

Non, non, c’est beau…

Merci. Bon, alors, Alice… Tout le monde croit connaître l’histoire, mais il suffit de se plonger dans les deux contes de Carroll pour se rendre compte que ouf… Le conte original est très loin de l’aspect sucré que nous avons connu. En fait, il est très intéressant de voir les diverses versions d’une histoire similaire. Pas que je sois un expert, mais disons que j’ai noté quelques changements…

Alice, version Carroll (1865)

En fait, Alice au pays des merveilles est seulement le premier récit de deux histoire. « De l’autre côté du miroir » en est la suite. C’est dans le premier qu’elle suit le lapin blanc dans le terrier, qu’elle croise le dodo, la chenille qui fume du narguilé, le chat de Cheshire, le Chapelier fou (ainsi que son collègue le lièvre de Mars) et la fameuse Reine de Coeur devant laquelle elle finira dans une folle cour de justice dont elle échappera en se réveillant.

Par contre, sa suite, est différente. Le tout est conçu comme une énorme partie d’échecs où elle passe de pion à reine (du moins, symboliquement). C’est dans ce récit qu’elle rencontrera des insectes aux formes bizarres (exemple: chevaux à bascule volants), des fleurs parlantes, la Reine Blanche, le fameux Humpty Dumpty et deux personnages encore plus connus: Tweedle Dee et Tweedle Dum (que la traduction française d’époque appelait Bonnet Blanc et Blanc Bonnet).

En fait, les récits d’Alice ont toujours été des voyages initiatiques de cette petite fille patiente et courtoise, mais rêveuse et un peu tête en l’air. Seulement, dans le premier, il s’agit davantage d’une aventure où elle ne cesse d’atterrir dans des situations alors que dans sa suite, elle prend davantage le contrôle de sa destinée.

Mais une chose est commune aux deux récits. Les personnages sont confrontants. Dans une telle dynamique de quête de soi, ils ne cessent de mettre Alice en question, ils ne répondent que très rarement clairement mais exigent toujours des réponses claires de la jeune fille, ils sont parfois d’une folie et d’une bêtise à pleurer et certains sont même extrêmement désagréables envers elle (le nombre de fois que notre blonde héroïne se fait insulter dans ces récits…). Pourtant, elle reste toujours assez affable et patiente. En fait, l’impression est claire en lisant Carroll: les péripéties d’Alice semblent se dérouler dans sa psyché. Le pays des merveilles n’est que le fruit de son imagination débordante, un moyen pour elle d’affirmer sa personnalité à son propre subconscient (c’est Jung qui aimerait cette théorie).

Alice, version Disney (1951)


Ah le Alice que beaucoup ont vu. Normal, c’est un « classique », n’est-ce pas ? Pourtant, un de ceux qui a le moins fonctionné au box-office au point que contrairement à bien d’autres classiques, il n’eut jamais de seconde sortie au cinéma. Normal, les fans des récits originels de Lewis Carroll étaient scandalisés: le studio américain avait littéralement fusionné des éléments de « De l’autre côté du mirroir » dans la trame narrative de « Alice au pays des merveilles ». Quant au public fan de Disney, il fut plutôt dérouté car malgré toutes les critiques qu’on peut faire, le film restait quand même dans le ton déroutant et surréaliste de l’original.

Or, pour le public « disneyen », quoi de plus déroutant de voir une petite fille croiser que des toqués et des personnages imaginaires qui insultent l’héroïne !! Sans compter que la blondinette est beaucoup plus impatiente ici que dans les récits originaux. Elle se fâche, boude et finit même par pleurer à chaudes larmes. En fait, le film prendra une plus grande popularité avec la mouvance hippie qui allait suivre (tout d’un coup, les tableaux étranges du film semblaient de bon ton) et puis sa sortie en vidéo (Alice fut le deuxième film à être publié par Disney en vidéocassette en 1981, après Dumbo).

Disney a voulu intégrer à l’époque beaucoup de la poésie dans les deux contes. Et le moyen trouvé ? La chanson bien sûr. Une idée pas mal, mais encore une fois assez déroutante dans un schéma « disneyen » qui habituait le public à écouter des mélodies en lien avec l’histoire et l’intériorité des personnages.

Ce qui rend aussi le Alice de Disney très hétéroclite. On peut passer d’un excellent tableau (Alice dans le terrier ou rencontrant le Chat de Cheshire) à un plus moyen (Alice prise dans la maison du lapin blanc).

La traduction française de l’œuvre de Carroll est difficile puisqu’il y a beaucoup de jeux de mots. Si la traduction des contes passe, il y a tout de même deux bémols dans la traduction française du dessin animé: les jeux de mots de la chenille fumant sont beaucoup moins percutants qu’en anglais et – oh horreur ! – le chat de Cheshire qu’on a rebaptisé « Chat-foin ». Eurk… Je comprends qu’il y a un lien avec le terme chafouin signifiant justement « sournois et rusé » comme l’est le personnage. Je trouve quand même que cette traduction est horrible.

Alice, version Burton (2010)

Ah Tim Burton ! Le cinéaste derrière Edward Scissorshands et Big Fish était forcément un candidat de choix pour redonner vie au pays des merveilles. Après tout, Sleepy Hollow avait démontré sa capacité à mettre un conte à la vie avec une vision très particulière.

Le résultat était donc attendu et je me suis précipité le voir dans les jours suivants sa sortie… En suis-je sorti déçu ? Non, mais – car il y a un mais – quelques choses me chicotaient. Tout d’abord, la patte Burton est très différente ici. Adieu univers gothiques et sombres adorés du réalisateur, Alice est au contraire plein de lumière. Une explication possible: Disney distribue et produit le film. Pourtant, étonnamment, le film ressort le Jabberwocky, une créature très sombre et terrifiante (pour peu qu’on soit un enfant impressionnable, on s’entend) que le dessin animé n’avait finalement pas abordée malgré qu’une chanson fut composée au cas où.

De plus, le récit mélange encore personnages du « Pays des Merveilles » et « De l’autre côté du miroir », mais cette fois, cela peut s’expliquer aisément puisque Alice a 19 ans depuis les événements qui l’ont conduit au pays des merveilles. En fait, c’est très amusant: si la trame narrative du dessin animé suit plus celle d’Alice au pays des merveilles, celle de Burton (ou plutôt de la scénariste Linda Woolverton) s’approche « De l’autre côté du miroir ». Sans le côté partie d’échecs et avec davantage un côté Seigneur des Anneaux.

Et c’est là que ça détonne. L’univers du film de Burton n’est pas du tout celui de Carroll et de Clyde Geronimi (réalisateur du dessin animé) qui situait plutôt clairement ce pays dans l’imaginaire d’Alice. Non; pour Burton, l’univers existe et pire, il y a conflit politique entre une bonne (et maniérée) reine blanche et une dictatrice reine rouge. Le tout sur fond de prophétie et où tous se souviennent d’Alice (alors que l’héroïne ne se rappelle plus d’eux) et sont CONTENTS DE LA VOIR ?! « Quoi ???? » a-t-on envie de crier quand on connaît le récit, « Depuis quand les habitants du pays des merveilles sont attachés à Alice ?!! »

Bon, alors deux réactions sont possibles: on sort du cinéma en hurlant notre dégoût ou on accepte cette énorme transgression du bouquin et on se laisse aller.

La deuxième option n’est pas trop mal, je vous l’avoue, car malgré ces différences flagrantes de ton, il n’en reste pas moins que le récit est intéressant et Burton arrive en quelques secondes à nous faire voyager dans cette univers fantastique. On s’entend que les moyens sont à l’écran et même si beaucoup de personnages sont de l’infographie de correcte qualité sans plus, certains effets comme la tête disproportionnée de la Reine rouge ou le visage de Matt Lucas intégré parfaitement sur les corps de Tweedle Dee et Tweedle Dum sont hallucinants.

Le récit, malgré d’énormes invraisemblances de la mythologie de Carroll, est encore une fois une très intéressante quête initiatique de la jeune femme prise dans une bourgeoisie anglaise étouffante et lui dictant quoi faire. L’Australienne Mia Wasikowska arrive à jouer une Alice crédible et proche de celle des récits. Un peu troublant par contre de la voir en armure complète avec une épée dans les mains, mais ça…

Bon, et Johnny Depp là-dedans ? Pas mal. On sent que l’acteur a une affinité naturelle avec le réalisateur et donc il est facile pour lui de jouer ce Chapelier fou… mais surtout très humain. Pas une mauvaise chose, mais encore une fois ça détonne du chapelier que les fans du récit original connaissent. Helena Bonham Carter amuse pas mal en Reine Rouge, bien que son personnage soit plutôt caricatural. Matt Lucas est adorable dans le rôle des jumeaux Tweedle Dee et Tweedle Dum (personnages qui passent de casse-pieds dans le livre à trop « cuuuuuute » dans le film).  Je sais que plusieurs ont critiqué le côté maniéré de Anne Hathaway dans le rôle de la Reine Blanche. C’est vrai qu’elle est un peu « too much » (on se surprend à se dire intérieurement : « Mouais… c’est un peu trop gros ton affaire, la grande »), mais à la limite, le jeu se justifie dans cet univers déjanté. Néanmoins, Helena Bonham Carter la supplante, c’est sûr. Pour le reste de la distribution, je serais intéressé d’écouter les voix originales. Car bien que le doublage québécois soit de bonne qualité, je serais bien curieux de voir le jeu de Stephen Fry en Chat de Cheshire (dont on a gardé le nom correct dans la traduction française, merci beaucoup) ou d’Alan Rickman en chenille.

Bref, l’exercice est intéressant et oui, il vaut le coup d’oeil. Par contre, comme bien des adaptations au cinéma, il faut se rappeler qu’il s’agit tout au mieux d’une inspiration des contes de Carroll et non une réplique exacte. Le pays des merveilles de Burton vaut la peine même s’il est surprenant de le voir à la tête d’une oeuvre aussi sucrée…

Verdict du Satellite: 8/10

Note: Par contre, pour le 3D, c’est franchement hyper accessoire. Mise à part pour la scène quand Alice tombe dans le terrier qui, je l’avoue, est immersive, le 3D est plus dérangeante qu’autre chose. D’ailleurs, je ne comprends pas cette obsession de la 3D. À part donner l’occasion aux cinémas de nous charger un prix d’entrée exorbitant, est-ce que ça rend vraiment un film meilleur ? Je veux dire, c’est pas un bon scénario, une bonne réalisation et de bons acteurs/actrices qui font un bon film ? Il me semble…

David contre Goliath, version 2009

Gravure provenant de White Head Carvings (source)

Gravure provenant de White Head Carvings (source)

Je sais qu’on est encore à deux mois de l’Halloween, mais j’ai une histoire d’horreur à vous raconter.

Au Québec, dans les années 80, un dessinateur rencontre deux producteurs télé et leur propose une idée de dessins animés pour enfants mettant en vedette un personnage faisant un clin d’oeil au classique Robinson Crusoé. Il travaille avec ces deux producteurs pendant un an ou deux où il expose ses idées, ce qu’il veut faire de ce projet qui lui tient à coeur. Malheureusement, au bout du compte, le projet tombe à l’eau. Jusque là, rien de particulier sinon un peu de déception. Mais l’horreur arrive une dizaine d’années plus tard.

Un matin de septembre 1995, le dessinateur en question s’assoit devant la télé et il tombe sur un charmant petit dessin animé… qui ressemble comme deux gouttes d’eau à ce qu’il avait proposé à ces deux producteurs il y a une dizaine d’années. Personnages presque identiques, trame scénaristique très ressemblante, etc. Il est là, tétanisé dans son siège alors qu’au générique apparaissent les noms de scénaristes qui se sont appropriés son œuvre et des deux producteurs en question dont il vient de se rendre compte de leur perfidie.

C’est alors que le dessinateur décide de poursuivre les producteurs et leur compagnie pour plagiat. Or, il s’agit de tout un ennemi: la compagnie est colossale, multinationale (ce qui fait encore plus mal car le dessin animé en question est diffusé dans près de 160 pays sans qu’il n’ait aucun droits d’auteur) et peut se payer de très bons avocats. Sans compter que dès le départ, les producteurs font mine de n’avoir jamais rencontré l’artiste. C’est alors que le processus judiciaire s’enclenche, un processus qui va durer 14 ans. 14 ans où le dessinateur devra avoir recours à des avocats et des enquêteurs pour prouver le plagiat. Pas une mince tâche surtout que cette histoire a placé notre artiste dans un haut niveau de déprime qui l’a pratiquement fait lâcher les pinceaux.

Mais aujourd’hui, 14 ans plus tard, après des années de bataille acharnées, l’histoire d’horreur a pris une tournure de conte de fées. En effet, Claude Robinson a enfin eu justice aujourd’hui. Dans un jugement touffu de 240 pages, acclamé par plusieurs personnes, le juge Claude Auclair donne raison à ce David des temps modernes qui a dû se battre contre Goliath. Il faut dire que Robinson avait amassé beaucoup de preuves et de témoignages prouvant le plagiat et le fait qu’il avait bien eu des rencontres avec feue Micheline Charest et Ronald Weinberg de Cinar (il avait même gardé les tickets de métro de l’époque pour prouver leurs rencontres !!! c’est dire !).  Et dire que, honte à moi, j’ai écouté plein d’épisodes de cette série qui a plagié sur son œuvre lorsque j’étais jeune et que j’aimais pas mal ça ce dessin animé… Avoir su. Dans ce billet qui reprend quelques extraits du jugement, il y en a deux que j’aime particulièrement et que je mets ici:

Il faut envoyer un message clair aux contrefacteurs que la cupidité sera punie et qu’ils devront s’attendre à plus qu’une simple condamnation de dommages compensatoires sans pénalité, s’ils sont découverts.

En l’instance, l’octroi de dommages exemplaires enverra un message clair aux producteurs que : la fraude, la contrefaçon, la copie, les mensonges à la Cour ne sont pas tolérés et que les créateurs sont protégés, ces derniers étant souvent démunis financièrement, n’ayant pas la ténacité, l’énergie, ni la détermination nécessaire pour faire face à une guérilla judiciaire, sans compter les coûts que cela implique.

C’est là-dessus que tout se jouait: faire reconnaître les droits de ses créations artistiques ! De la paternité de l’œuvre sur laquelle il a mis temps et énergie ! Un jugement qui pourrait faire jurisprudence et qui ralentira l’ardeur des producteurs qui auraient envie de chaparder d’autres idées à des créateurs sans ressources financières pour les poursuivre. Je me rappelle au collégial que dans notre cours d’écriture dramatique, notre professeur nous disait: « le milieu de la télévision, c’est là où il y a le plus de plagiats et souvent, il est difficile de le prouver alors si vous vouliez écrire pour la télé, protégez vos arrières ! »

Car c’est aussi la leçon du dossier Robinson: les créateurs doivent assurer leurs arrières lorsqu’ils vont présenter leurs œuvres à des producteurs. Car il faut le dire, sans preuves suffisantes et vigilance de sa part, Claude Robinson ne serait probablement pas un homme soulagé et victorieux aujourd’hui.  Par moment, je me demande si les associations d’auteurs ne pourraient pas se concerter pour créer un organisme quelconque ou une petite structure permettant de mieux protéger les droits d’auteur… M’enfin !

Une chose est sûre: voilà un exemple de David contre Goliath moderne. Comment la ténacité incroyable d’un homme a été récompensée au bout du compte, comment il a toujours défendu son point avec courage et dignité. Une bien belle leçon de vie, en tout cas ! 😀

Bravo David Monsieur Robinson et même s’il y a appel (ce qui est fort possible puisqu’on parle d’un dédommagement de 5 millions), vous devez déjà être soulagé qu’on ait reconnu sur la place publique la paternité de votre œuvre !

État critique: Ze Sequel

Bon, chose promise chose due. Voici la suite de notre conversation d’hier sur la critique. Alors, peut-on critiquer un film québécois sans s’attirer les regards de feu ?

Parce qu’effectivement, s’il y a quelques tabous au Québec, il y en a un récent qui est de critiquer un film québécois. Je ne sais pas, c’est comme si on annonçait à sa famille qu’on était tueur en séries. Pourtant, ça ne veut pas dire qu’on veuille la mort de l’industrie du film ici. Au contraire, c’est parce qu’on veut qu’elle soit rayonnante qu’on se permet de mettre des bémols sur des oeuvres moins fortes.

C’est normal aussi qu’il y ait des hauts et des bas, surtout que la palette cinématographique québécoise s’est agrandie avec le temps. Une bonne chose qui démontre que le cinéma québécois est vivant. Cependant, on sent toujours un malaise quand on dit qu’on est partagés sur un film encensé par la majorité (surtout des critiques médiatiques très « objectives »).

Parce que s’il y a des boucs émissaires facile à attaquer car démolis par tous (« Les Dangereux » pour ne nommer que celui-ci), il y a des « symboles », des films vus comme des classiques qu’il paraît mal de critiquer.

Par exemple, dans mon cas, je vais l’avouer: j’ai détesté le premier Cruising Bar (quant à Cruising Bar 2, ai-je besoin de vous dire que je n’ose même pas vouloir penser à la possibilité d’en regarder ne serait-ce que deux secondes même si c’était gratuit). C’est que voyez-vous, pendant des années, on m’a dit que c’était une des premières comédies populaires du Québec, un film hilarant qui avait battu des records au box-office de l’époque, une oeuvre qui avait révélé Michel Côté en tant qu’acteur pouvant jouer la comédie… Alors, l’an dernier, autour de la Saint-Jean-Baptiste (la fin de semaine avant je crois), je vois que ce « classique » va passer à la télé. Enfin, me dis-je ! Je pourrai le voir ce film que tous ont vu… Alors, je m’installe en me disant que je devrais pas mal sourire et rire.

Oh boy… Redonnez-moi mes deux heures perdues que j’eus envie de dire. Non seulement, je n’ai pas ri, mais j’ai été ennuyé à peu près tout le long, à partir des changements d’attitude gros comme le bras et une job honnête de CCM (costumes, coiffures, maquillages), je ne peux pas dire le jeu de Michel Côté m’a jeté par terre (et pourtant, j’apprécie ce comédien). J’ai trouvé ça d’un pénible, d’une prévisibilité et franchement, mise à part voir quelques modes des années 80 je ne peux pas dire que je me suis amusé. Ah, en fait, je peux aussi dire que j’ai souri dans la scène où Pauline Lapointe jouit comme c’est pas possible. Mais encore là, pas assez pour dire que ça remonte le film totalement à mes yeux.

Mais voyez-vous, c’est risqué de dire ça. Parce que c’est un « classique », ça fait partie des intouchables qui ont une place importante dans le coeur des gens.

Alors, souvent, on se tait ou on garde ce genre de critiques pour ses intimes, à l’abri d’un grand média de masse.

Oui, pas facile de critiquer au Québec mais à voir les réactions que les billets dont j’ai parlé hier ont eu, je crois qu’il est peut-être temps qu’il y ait quelques critiques qui sortent. Un peu moins copines avec les « veudettes », peut-être, mais qui permettrait d’avoir l’heure plus juste et moins « polluée » par le copinage avec des maisons de production par exemple…

État critique

Gene Siskel & Roger Ebert, critiques américains pour leurs thumbs up

Gene Siskel & Roger Ebert, critiques américains pour leurs "thumbs up"

Ces derniers temps, je lis quelques textes qui s’inquiètent de l’état de la critique culturelle au Québec. Ça a commencé avec l’acidulée Clique du Plateau qui questionnait une critique parfaite du film « Les Pieds dans le vide » faite par Tanya Lapointe de Radio-Canada, critique faite… juste avant d’interroger la réalisatrice du film Mariloup Wolfe et le comédien (et, accessoirement, conjoint de la dite réalisatrice) Guillaume Lemay-Thivierge.

Par la suite, c’est Steve Proulx qui a repris le billet de la Clique pour nous rappeler un texte qu’il avait composé en février 2008 sur le sujet de la complaisance dans la critique québécoise, particulièrement dans les médias électroniques (télé & radio).

Finalement, c’est la charmante Noisette sociale – oui, oui, elle est revenue ! 😀 – qui après avoir visionné « Dédé à travers les brumes »  de Jean-Philippe Duval et se demandait pourquoi, à écouter tout le monde, il s’agissait d’une chef d’oeuvre.

En fait le questionnement est posé encore plus clairement du côté de la Clique qui ne s’embarrasse pas de nuances:

Est-ce que tous les critiques cinéma sont vendus d’avance parce que c’est un film québécois?  On s’entend pour dire que les vedettes du film ont succédé les entrevues les unes après les autres (radio, journal et télévision).  En gros, après leur passage dans les différents médias la critique a toujours été très bonne.  Se sentent-ils obligés de dire que c’est un bon film?  Pour l’instant, il n’y a que la critique du Devoir et de la Presse qui ne sont pas excellentes.  Seront-ils mal vus car ils ont osé dire que c’est un mauvais film?

En fait, j’ajouterais qu’il y a aussi Lecinéma.ca qui a fait une critique plutôt tiède face à ce premier essai au cinéma de mademoiselle Wolfe.  Sauf que là, encore, il s’agit d’un média écrit, peut-être plus facile alors d’être critique…

Le but ici n’est pas de descendre « Les Pieds dans le vide » (je ne l’ai pas vu et franchement, la trame scénaristique ne capture pas mon intérêt un iota donc je ne le verrai probablement pas), mais ça pose deux questions: y a-t-il et peut-il y avoir de la vraie critique culturelle au Québec et la deuxième, sommes-nous plus frileux à critiquer les produits cinématographiques québécois ?

Bon, pour la première question, il semble qu’à lire Steve Proulx, on ne puisse pas s’en sortir. Trop de copinage entre critiques et artistes mais, également, du copinage pratiquement avec les distributeurs qui font de la grosse pression pour avoir une bonne critique. Il faut dire que notre milieu artistique est petit, très petit et que forcément, contrairement aux critiques américains ou français,  les critiques québécois risquent tôt ou tard de retomber sur ceux qu’ils ont vilipendé. Il faut alors avoir soit la « couenne dure » comme le critique de théâtre Robert Lévesque qui était détesté par le milieu comme on peut l’apprendre par cette entrevue des Francs-Tireurs (on le boudait, l’ignorait, on faisait des pétitions pour qu’il perde son emploi, on lui a envoyé un paquet d’horreurs) ou on s’assouplit et on ne dit pas ce qu’on pense réellement d’une oeuvre.

Dans le billet de Steve Proulx sur le billet de la Clique, il y aborde un témoignage de Guy Nantel qui souligne un autre point: et si la critique culturelle d’aujourd’hui était moins cultivée ? Parce que faire une critique, c’est bien plus que de dire j’ai aimé ça et j’ai détesté ça, c’est de faire des liens, connaître les artisans derrière l’oeuvre en question (qu’elle soit cinématographique, théâtrale, etc.) pour étayer son propos. Quitte à faire de la recherche avant ou après, il faut être en mesure d’avoir plus que des « J’aime… j’aime pas… » pour faire une critique objective et constructive. Je souligne le dernier mot parce qu’il peut être facile d’encenser pour encenser ou de démolir pour le plaisir de démolir.

Anecdote personnelle: au collégial, j’ai eu un cours d’analyse et de critique théâtrale. Dans le cadre du cours, nous sommes allés voir une pièce de Michel Tremblay dont j’oublie le nom. Cependant, il faut le dire, ce n’était pas bon. Du moins, moi, j’ai trouvé ça plutôt inintéressant. Surtout le jeu des comédiens et comédiennes était… ouf ! Sans compter le décor exagéré et parfois, le récit se décousait. Alors, on devait comme travail de faire la critique de la pièce. Ayant été profondément déçu par la pièce, j’ai écrit une critique assassine (le terme est faible) de la pièce. Je ne fus pas le seul, une majorité d’entre nous avons écrit des critiques pleines de hargne… et nous fûmes nombreux à échouer ce travail. Pourquoi ? Pas parce que nous étions déçus de la pièce comme aura dit notre professeur, mais nous avions perdu tout sens objectif. Nos critiques n’étaient qu’un déversement de fiel, une espèce de vengeance pour « l’impression d’avoir perdu notre temps ». Bref, oui, on aurait pu écrire une critique négative, mais il ne fallait pas que cela devienne une vendetta. La bonne critique se situe justement dans la zone grise entre le léchage de derrière et la dissertation dithyrambique. Le bon critique arrivera à tenter de trouver ne serait-ce qu’ un point négatif ou positif tout en argumentant sur sa perception que l’oeuvre est une merde ou un chef d’oeuvre.

Quant à la deuxième question, peut-on critiquer un film québécois sans se faire regarder de travers, on en discutera au prochain billet. 😉

Aidez un conservateur à comprendre l’homosexualité

Parce que la droite sociale a bien de la difficulté à comprendre la présence d’homosexualité et en lien avec ce billet de Valérie Borde du 7 août 2009 (pas 1989, 2009) de l’American Psychological Association qui a enfin tranché que – tiens – les techniques pour tenter de modifier l’orientation sexuelle d’une personne sont vaines… Wow ! Imaginez, ça fait seulement UNE SEMAINE dans l’histoire de la psychologie américaine qu’il y a enfin consensus sur la question. D’ailleurs, fait hyper troublant amusant : une étude de mars 2009 révélait que 17 % de 1300 professionnels interrogés avait tenté « d’aider » des gays et lesbiennes à changer d’orientation sexuelle.

Alors, pour tous ces « grands génies », un petit vidéo dans la langue de Shakespeare pour en apprendre sur ce « phénomène mystérieux » de la gaieté (dans le sens de… 😉 ):

C’est un petit éclat d’extraordinaire pour l’homme, un grand mensonge pour l’humanité ?

Aujourd’hui, il y a 40 ans Neil Armstrong aurait prononcé à partir de la Lune: « C’est un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité. » En 1969, à l’époque où on était loin de l’existence de CNN, de LCN ou RDI, des milliers de gens étaient rivés à leur téléviseur ou écoutaient la radio pour entendre ce moment historique où des hommes auraient en théorie marché sur la Lune.

Je dis théoriquement car depuis, un doute subsiste. Du moins, pour certains. J’avoue que moi-même, j’ai plutôt hâte de voir ce que donnera l’exploration lunaire de 2010 prévue. En espérant qu’on y retrouve les fameux « artéfacts » des astronautes américains de juillet 1969… Et peut-on donner tort à ces gens ? Par exemple, comment on peut expliquer la qualité exceptionnelle de la photo ci-dessus ? Comment expliquer le drapeau qui semble bouger alors qu’il n’y a pas d’atmosphère donc pas de vent sur la Lune ?  Et comment se fait-il que depuis 36 ans, on n’y soit jamais retourné sur notre satellite naturel ?

Il faut comprendre que pour les Américains, c’était une guerre à finir avec les Russes (autre aspect de la guerre froide) à savoir qui atteindrait la Lune les premiers. Une aussi grosse mise en scène bien ficelée a alors permis de faire croire à tous que le pays de l’Oncle Sam avait réussi l’impossible: marcher sur la Lune. Sans compter que John F. Kennedy, ci-bas, avait promis à son peuple de marcher sur la lune avant la fin de l’année 1969.

La fin aurait-elle justifiée les moyens frauduleux ? On en sait rien. Et peut-être que ces arguments du complot sont aussi frauduleux ?

Pour l’instant donc, il est peut-être difficile de célébrer un événement dont on ne sait la totale véracité. Cependant, on peut dire une chose: le 20 juillet 1969 a marqué l’imaginaire humain à jamais. Il a montré que les êtres humains étaient capables de choses qui dépassaient l’entendement. Apollo 11 n’était que l’apogée d’un programme spatial qui faisait l’envie de tous…jusqu’à sa lente agonie de nos jours.

C’est peut-être ça qu’il faut retenir: l’image frappante extraordinaire et la communion d’êtres humains s’abreuvant du rêve d’un projet commun qui est de découvrir notre univers.

Pour le reste, ça reste du débat: y sont-ils allés ou pas ? Était-ce truqué ou pas ? Était-ce une stratégie de propagande américaine ou pas ?