Crime fictif interdit

Attention parce que – semble-t-il – je vais commettre un crime. Et ce crime sera de mettre une photo pour illustrer ce billet:

En effet, je montre un crime fictif commis (celui d’Annie Wilkes contre Paul Sheldon dans le film Misery de Rob Reiner, inspiré du roman de Stephen King) et si je me fie à ce que raconte Richard Martineau, ça serait quasiment un crime selon le Code criminel canadien. Il raconte l’histoire de Rémy Couture, un maquilleur professionnel pour films d’horreur qui a eu le malheur de diffuser sur Internet des exemples de son travail. Certes, c’est très gore (genre trop pour moi), mais rien qui ne se compare pas avec des séries de film comme Saw (Décadence) ou Hostel.

Résultat: Interpol capote et contacte la GRC. Et on arrête l’artiste sous le prétexte suivant.

Selon le code 163 du Code criminel canadien, « commet une infraction quiconque produit, imprime, publie, distribue, vend, ou a en sa possession aux fins de publier, distribuer ou mettre en circulation, une histoire illustrée de crime… »

Wow ! Quelle loi qui a été interprétée, dans ce cas-ci, avec zèle. Comme l’écrit l’Anarcho-pragmatique, on sort les 7 Jours du Talion des clubs vidéos et des librairies ? On devrait aussi arrêter Patrick Sénécal pour toute cette « incitation au crime ».

Et que faire de tous ces horribles films d’Hitchcock, de Coppola, de Spielberg, de Lucas, etc. ? Pensez à toutes les oeuvres que vous avez lues, entendues ou vues contenant un crime dedans. Et bien, si on interprète avec zèle cette loi, théoriquement plus de 90% des oeuvres artistiques devraient être saisies. Il n’y aurait plus de librairies, de clubs vidéos, de cinémas, de théâtre (oui, même Shakespeare est un terrible criminel avec tous ces meurtres dans ses drames), etc. Quoique pour les partisans du Parti Conservateur, un monde sans culture se porterait sûrement bien mieux.

Je ne dis pas que c’est extraordinaire de dépeindre des crimes gore, mais bordel où elle est cette fameuse liberté d’expression ? Je veux dire, comme disait M. Martineau, on voyait les crédits de ces films et il était indiqué qu’il s’agissait d’oeuvres de FICTION, pas de vrais crimes.

Où s’en va le monde culturel, je vous le demande ?

La petite brute quitte

Source: Le Devoir

Le défenseur du gouvernement, le bras droit de Jean Charest, le ô combien partisan Jacques Dupuis quitte le navire de la politique pour un monde plus honnête autre chose. On imagine un poste dans le privé quelque part où il fera un salaire dans les six chiffres (en plus de sa pension de ministre). Peu importe…

Reste que le Parti Libéral perd un gros morceau, son chien de garde qui défendait absolument tout – même des dossiers pratiquement indéfendables en termes d’éthique. Personnellement, je ne le regretterai pas. Comment dire, Jacques Dupuis, j’ai toujours trouvé que c’était la petite peste à l’Assemblée nationale. Si j’étais anglophone, j’utiliserais le terme plus exact de « bully ». Si vous avez moindrement assisté à certaines de ses interventions uniquement ce printemps, on pouvait voir le style de M. Dupuis qui se résumait à:

  • « Monsieur le Président, je veux que député(e) X retire ses paroles car ses propos sont anti-parlementaires! »
  • « J’inviterais député(e) X à dire ses propos hors de la chambre, qu’il (elle) assume les conséquences de ces accusations ! »
  • Tous propos visant à souligner la supposée grandiloquence de l’opération Marteau

Le tout sous un ton arrogant qui attire bien ce qu’on appelle une claque par chez nous. Liza Frulla me dirait, comme elle le disait si souvent au Club des Ex, que le ton de M. Dupuis était compréhensible: « Quand on est attaqué sur son intégrité… »

N’empêche que son ton belliqueux et sa manière virulente de défendre la supposée éthique du PLQ auront servir en quoi les intérêts du Québec ? Mise à part, de belles prises de becs dignes d’une maternelle, évidemment. Surtout qu’on a appris dernièrement qu’un certain Amir Khadir avait raison en ce qui a trait à l’usage de prête-noms par des firmes de génie-conseil (du moins, une est condamnée).

Son départ changera-t-il l’atmosphère à Québec ? Je reste sceptique. On parle quand même de Jean Charest ici. Le têtu en chef. Le « je ne veux rien voir » suprême. Néanmoins, avec un(e) second(e) moins enragé(e), on peut peut-être espérer que le niveau de la discussion passe de maternelle à deuxième année.

Par contre, on apprend que Jean-Marc Fournier va revenir. Il risque fortement de se faire réélire (Saint-Laurent étant un château fort libéral), ce qui n’est pas une bonne chose car Charest a promis que monsieur aurait des « responsabilités ». Or, je ne sais pas si vous vous rappelez mais monsieur Fournier, c’est celui qui a tergiversé pendant des mois afin de savoir si on allait revenir aux bulletins chiffrés… un grand signe de compétence.

Et pas que je veuille enculer des mouches, mais un détail m’a fait tiquer dans l’article de Radio-Canada. Il est écrit que:

M. Fournier était, depuis avril dernier, vice-président principal en planification stratégique de Socodec, une filiale de SNC-Lavalin.

Comprenons-nous bien: nous ne sommes pas pour interdire tout ceux qui ont travaillé ou travaillent pour des firmes de construction ou de génie-conseil au Québec. Mais dans le contexte actuel, vous ne trouvez pas que c’est déplacé ?

Alors, la petite peste part et du vieux stock vient pour le remplacer… C’est moi ou ça ne sonne pas très excitant pour un parti déjà moribond ?

Nouvelle réglementation sur les commentaires

Petit billet aujourd’hui pour signifier un changement que je vais faire désormais pour les commentaires.

Bon, premièrement, vous avez remarqué, ce fut de trop longues vacances de ce blogue. Plusieurs mois sans rien y apposer à cause du boulot qui demandait beaucoup et d’autres occupations qui demandèrent de mon temps. Vrai, j’aurais pu prendre une petite demi-heure chaque jour pour écrire, mais je ne trouvais pas que ça aurait été digne d’intérêt. Mais bon, là, j’aurai pas le choix de venir du moins tous les jours ou presque sur mon tableau de bord pour deux raisons. Premièrement, je ne recevrai plus vos commentaires directement dans ma boîte courriel car elle est déjà assez bien remplie et ça m’éloignait du site. Deuxièmement, je n’aurai pas le choix de le faire pour que vos commentaires s’affichent.

Car désormais même ceux ayant commenté auparavant devront avoir leurs commentaires approuvés de ma main. Attention ! Cela ne veut pas dire que je ne publierai plus les commentaires qui ne sont pas en accord avec moi. La majorité des commentaires seront publiés comme d’habitude. Néanmoins, vous avez dû entendre parler de ce jugement où Canoë fut obligé de déverser plus de 100 000$ en intérêts à une avocate attaquée sur des commentaires publiés sur le blogue de Richard Martineau.  Bref, ce jugement fait jurisprudence puisqu’il dit que les blogueurs sont également responsables des commentaires publiés sur leur espace virtuel.

Contrairement à ce qu’affirme Richard Martineau, je ne crois pas que ce soit la fin du blogue à proprement dit. En tout cas, ici, la discussion aura toujours sa place. Par contre, il faut modérer… Et dans mon cas, je ne ferai pas d’exception pour quiconque. Après tout, certains blogues le font déjà.  Néanmoins, c’est une bonne nouvelle pour vous car ça m’obligera à venir plus régulièrement sur mon tableau de bord WordPress et une fois que j’y suis, je ne peux m’empêcher d’écrire un petit truc ! 😉

Comme le dirait Renart, la modération a bien meilleur goût !

On peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres

C’est un peu de la répétition de ce que mon collègue de la Kaverne racontait aujourd’hui, mais c’est que ça m’impressionne de voir la logique implacable des Conservateurs et leur habileté machiavélique à manipuler les faits. Franchement, c’est du pur génie ni plus ni moins !

Pensons-y : prenons l’affaire de Statistiques Canada qui, selon Stockwell Day (le « grand penseur » de l’Alliance canadienne si vous vous souvenez de votre histoire politique canadienne), ne révélerait pas de bons chiffres sur le crime. Effectivement pour un conservateur qui rêve chaque nuit de voir les gens de la gauche dans des camps de concentration établissements de réforme, qui souhaite voir pousser des prisons comme de la moisissure et qui veut établir de régime de terreur, des chiffres indiquant une baisse de la criminalité, ça défait la fête un peu.

Alors, pour se justifier, il sort des « sondages » indiquant que beaucoup de Canadiens ne dénoncent pas des crimes auxquels ils sont témoins. 1) Déjà, ça part mal quand tu utilises le terme sondages de manière vague sans les citer. 2) Qu’est-ce qu’on entend pas crime non dénoncés ? Parce que, par exemple, j’ai vu souvent sur la route des chauffards chauffeurs pour qui, malheureusement, les clignotants semblaient être une option (particulièrement sur les voitures munies des trois lettres suivantes: B M & W). Il est donc vrai que je n’ai jamais dénoncé cela à la police. Ou une voiture qui grille un feu rouge. J’ai déjà connu des gens qui se faisaient payer sous la table pour des services. C’est effectivement illégal et je ne les ai pas dénoncés. Donc, oui, si on me posait la question dans un sondage, je pourrais dire que j’ai déjà omis de dénoncer un « Canadien » ayant commis une infraction à la loi. Or, il me semble que quand on parle de crimes graves, on parle de fraudes, de cambriolages, de hold-up, d’agressions, de tentatives de meurtre, d’homicides et de viols. Or, il doit pas y avoir TANT de Canadiens qui se la bouclent quand ils assistent à ce type de crimes. Mais, 3) cela va directement dans la stratégie conservatrice de manipuler les faits pour ses besoins.

Ce sont comme les supposées milliers de plaintes que Maxime Bernier (alias M. Joe Louis ou M. J’oublie des documents confidentiels chez ma maîtresse) aurait reçues sur le recensement alors qu’officiellement, seulement 3 plaintes en 10 ans sur le fameux formulaire composé pour nous transformer en zombies de l’État. Mais là, encore, manipulons les chiffres pour alerter la population: c’est horrible, cette version va dans votre intimité et veut savoir VOTRE REVENU !!! Ouh ! Donc, si je suis cette logique, l’an prochain lors de la période des impôts, je pourrais refuser d’envoyer mes formulaires. Après tout, on cherche à savoir un chiffre intime:  combien j’ai gagné dans l’année.

Ce qui est amusant dans toute cette bataille commencé en plein milieu du mois de juillet (façon que le public ne s’intéresse pas à l’histoire), c’est de voir les grands partisans de la droite sur Internet crier que le recensement est une laisse étatique pour nous contrôler (j’imagine qu’on tombe en transe en prenant le papier en question), MAIS lorsque vient le temps de nous démontrer qu’on tue la richesse au Canada avec nos impôts, que le niveau de vie des pauvres n’est pas aussi dramatique que le disent les organismes de gauche, ils sont les premiers à ressortir les chiffres de l’entité qui veut laver nos cerveaux au détergent Statistiques Canada.

Comme quoi, on peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres…

Pierre-Hugues Boisvenu et la paranoïa

Sur ces fameuses statistiques de la criminalité qui n’est, du moins, pas en progression fulgurante comme le croit M. Day, le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu crie littéralement au complot. J’imagine que ce sont les corps de police du pays qui ont arrangé le tout pour pouvoir se prendre le beigne à deux mains…

Vous savez, M. Boisvenu, je vous l’avoue, je ne l’aime pas. J’ai été très touché par la mort de sa fille (voire ses filles car une autre est morte dans un accident de la route) par un meurtrier. Mais – comment dire ? – son deuil s’est carrément mal fait. Au départ, ça semblait pourtant constructif. Il avait conçu un organisme de défense des victimes, il apportait des points intéressants dans un système de justice qui croule un peu trop sous la paperasse et qui fait durer des procès indéfiniment. Sauf que le problème de M. Boisvenu, c’est qu’il est toujours au stade « colère » du deuil. C’est ainsi qu’il en est venu à dire des énormités sur les détenus, à voir tous ceux en prison sur le même pied: comme des psychopathes sanguinaires et violeurs. Il a tenté de soutirer de l’argent au corps policier de Sherbrooke, réclamant vengeance. Cela lui fut refusé par la Cour car, même s’il est vrai que les policiers auraient pu arrêter le meurtrier de sa fille plus rapidement, il n’y a jamais eu de mauvaise foi de leur part.

Et c’est à cet homme qu’Harper a offert un poste de sénateur. À un homme qui, visiblement, est loin d’avoir fait le deuil de sa fille. Un homme ultra en colère a désormais le pouvoir de voter des législations au Parlement ? Y a-t-il rien que moi qui voit les dérives que cela peut entraîner ? Cet homme avait la capacité de faire quelque chose de bien. Il est tombé dans le côté sombre. Bien sûr, pour tous, il sonne comme le « Robin des bois des victimes » et il trouve facilement son public chez ceux en quête d’une justice sanglante. Mais le pire, dans tout ça, c’est que cette « guerre aux criminels » ne lui ramènera ni sa fille ni même un bien-être qu’il cherche visiblement.