Le serment d’Hypocrite

Je ne m’attarderai même pas sur le fait que ça fait un bail que j’ai apposé ma plume ici. Trop long, trop personnel, trop plate. Mais j’ai vu une nouvelle qui m’a fait bondir et je devais partager ce sentiment de colère quelque part.

Je n’ai pas écrit durant la catastrophe en Haïti. Que vouliez-vous dire d’autre que tout ce qui a été écrit dans les dernières semaines ? On a abordé tout: de la place des journalistes là-bas, sur le débat sommes-nous des pourris gâtés quand on se compare à eux ou pas du tout, on a même invoqué Dieu pour expliquer cette tragédie ou on s’est moqué de cette pensée manichéenne (avec raison).

Bref, plus grand chose à dire là-dessus… Sauf qu’aujourd’hui, je tombe sur une nouvelle qui m’a fait bouillir le sang, la fumée me sortait par les oreilles. Vous vous rappelez comment les médecins voulaient accourir en Haïti ? Tout d’un coup, nos plus brillants chirurgiens se faisaient une joie d’aller aider ces centaines de milliers de blessés. Magnifique altruisme, nous nous exclamâmes, que nous sommes de bons humains.

Cependant, la misanthropie a la cote de nos jours avec raison. On apprenait donc aujourd’hui que des orthopédistes québécois qui se sont – excusez l’expression – « garrochés » là-bas bénévolement pour aider demande des compensations monétaires au gouvernement. Un montant pour soi-disant couvrir les frais de leurs dépenses (chauffage, secrétaire, etc.) pendant qu’ils sont partis « sauver le monde » et ce, même si c’est DE LEUR PROPRE CHEF qu’ils sont partis là-bas. Bon, le président des orthopédistes québécois a dit qu’il accepterait la décision du ministre Bolduc, mais soyons honnêtes: ils veulent l’argent. Même Gaëtan Barrette, le président de la Fédération des médecins spécialistes, sans être d’accord appuie cette idée.

Permettez-moi d’être populiste et de déverser mon fiel, après tout, ce n’est pas comme si on me lisait avec mon rythme irrégulier des derniers 6 mois… Ce qui me met hors de moi, c’est que tout d’un coup, on revoit la vraie face du médecin. Croyez-moi, il faut en connaître et avoir connu de jeunes étudiants en médecine comme moi pour savoir que les docteurs sont pratiquement tous sur le même moule. Ils désirent deux choses: l’argent et être reconnu comme des héros. Point. Le serment d’Hippocrate et l’aide aux malades, ouais, OK, en troisième lieu. Mais offrez-leur d’abord la possibilité d’être célèbre et de pouvoir se payer 2 ou 3 maisons et ils se taperont toutes les interventions médicales que vous voulez.

Pas pour rien qu’ils veulent tant du privé et que ceux qui ouvrent des cliniques vendent l’idée dans la population comme le paradis terrestre. Privé = plus d’argent dans leur poche. Et le médecin, en général, répond bien à l’oseille. Quant à la tragédie en Haïti, ce fut encore mieux: tout d’un coup, nos médecins moroses dans le tragique système public allaient pouvoir suivre leur rêve d’être aux yeux du monde, des super-héros en spandex.

Vrai que les besoins médicaux étaient et sont toujours urgents dans la « Perle des Antilles ». Sauf que c’est quoi ? Nous devrions collectivement payer pour des médecins qui n’ont pas su gérer leurs cliniques, hypnotisés par l’appel de passer pour des Superman des temps modernes ? C’était à eux de prévoir leur voyage humanitaire, pas au gouvernement à ramasser les pots cassés de leur « bonté hâtive ».

Haïti a fait sortir le meilleur de nous dans les dernières semaines… mais ça ne fut pas long que l’humain a repris ses bonnes vieilles habitudes acquises depuis des siècles. Sauf qu’ici, c’est se renflouer sous des prétextes humanitaires faits, au départ, bénévolement. Assez ordinaire, admettons-le.