À quand des citoyens de second ordre ?

Très amusant, mais surtout très terrifiant de lire sur cette histoire de subventions d’Hydro-Québec à des collèges privés (genre ceux d’où proviennent Thierry Vandal et Jean Charest) et même mieux que ça, au Conference Board (hé ! rien de trop beau pour le PDG !).

Mais c’est encore plus terrifiant de lire les commentaires sur l’école privée versus l’école publique. À lire cela, on se demande encore pourquoi on a un système public d’écoles. Lire le fiel et comment les écoles publics sont le déshonneur, comment « oh qu’il n’est pas question que mon enfant mette un pied dans ce ramassis de profs  « burn-outés », de drogués et où on n’apprend rien » mais dans la même phrase « qu’il n’est pas question qu’on coupe les subventions aux écoles privées, parce que je ne vais pas payer 2000$ par année pour que mon petit aille à l’école et déjà que mes impôts et la taxe scolaire paie un système dans lequel mes enfants n’entreront pas.« … Évidemment, des mauvaises langues diraient que tant qu’à y être, on paie – dont ceux qui ne pourront jamais y envoyer leurs enfants – 60% de toutes ces écoles sélectives (oui, il y a de la sélection parfois au public mais rien à voir avec le privé) qui ne gardent que le meilleur pour bien paraître dans le palmarès des médias…

Finalement, à entendre cela, pourquoi ne pas rendre les écoles toutes privées ? Et les hôpitaux aussi ? Et les services d’urgence ou la poste ? Pourquoi tout ne serait pas privé ? Pourquoi ne pas créer deux classes de citoyens: ceux qui auront l’argent pour aller à l’école, se faire soigner, qui pourront avoir de l’électricité, se payer les services d’urgence et avoir l’argent pour recevoir du courrier… et les autres, les citoyens de second ordre, qui ne pourront ni s’éduquer, ni se soigner, ni se chauffer, qui crameront dès qu’il y aura un incendie (parce que pas les moyens de se payer des pompiers) ou un accident tragique.

Alors, rapidement, dans ce type de contexte, les citoyens de second ordre vont dépérir, crever et au bout du compte, on n’aura que la crème: les riches.

Ça a l’air con comme discours, mais quand je lis les commentaires sur l’école privée versus publique, c’est le sentiment que j’ai: les gens veulent des citoyens de premier ordre (ceux qui vont au privé) et des citoyens de second ordre (ceux qui iront à la terrible école publique parce qu’ils sont trop pauvres). Et c’est ce qui arrive quand des gouvernements vantent les mérites extraordinaires d’avoir deux systèmes d’éducation, de santé, etc. (et là-dessus, je blâme aussi les péquistes même si les libéraux se sont bien assurés de clouer le cercueil avec leurs politiques néolibérales).

Forcément, on ne voit que les côtés rutilants du privé sans en venir à la conclusion que c’est peut-être parce qu’on a encouragé à coups de subventions gouvernementales le privé (le comble !) que le système public s’est mis à péricliter. Et puis quand des publications (*tousse tousse* L’Actualité *tousse tousse* La Presse *tousse tousse*) embarquent dans le jeu de la démonisation du public à coup de palmarès et de gros titres chocs, alors là, le public panique et forcément, on ne voudrait surtout pas que nos petits chérubins soient confrontés à la drogue, au sexe et aux professeurs incompétents (parce que c’est IMPOSSIBLE qu’il y en ait au privé, voyons !).

Alors, à quand un regroupement pour des citoyens de second ordre ? Évidemment, personne ne le fera. Personne n’ose dire ce genre de choses aussi crûment. Non, à la place, on nous dira qu’il faut être lucide, rationnel, prendre les meilleurs choix pour le Québec, arrêter d’encourager le statut quo et voter ADQ ou Parti Libéral ou même Parti Québécois dépendant de comment se sent le caucus et les sondages internes ce mois-ci.

Sauf que ça revient au même.

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2 Réponses

  1. Je partage cet avis; c’est absolument aberrant! On se retrouve à payer pour une mentalité élitiste dont la majorité ne fera jamais partie! Le but d’une institution publique, à mon avis, est de faire bénéficier de ses revenus et de son expertise au peuple qui la sustente et non de réinjecter cet argent dans un système critique et méprisant tel que l’école privée. Je trouve ça scandaleux et je suis convaincu que ces sommes dont les écoles privées bénéficient contribueraient grandement à redorer le blason de l’école publique.

  2. « Alors, à quand un regroupement pour des citoyens de second ordre ? »

    Ça existe déjà dans les chambres de pseudo-commerce et dans le Conseil des Patroneux!

    Tout de même, je suis en faveur de la désétatisation des sévices pubiques. Ne pas pas confondre avec la privatisation, la nuance est importante.

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