État critique: Ze Sequel

Bon, chose promise chose due. Voici la suite de notre conversation d’hier sur la critique. Alors, peut-on critiquer un film québécois sans s’attirer les regards de feu ?

Parce qu’effectivement, s’il y a quelques tabous au Québec, il y en a un récent qui est de critiquer un film québécois. Je ne sais pas, c’est comme si on annonçait à sa famille qu’on était tueur en séries. Pourtant, ça ne veut pas dire qu’on veuille la mort de l’industrie du film ici. Au contraire, c’est parce qu’on veut qu’elle soit rayonnante qu’on se permet de mettre des bémols sur des oeuvres moins fortes.

C’est normal aussi qu’il y ait des hauts et des bas, surtout que la palette cinématographique québécoise s’est agrandie avec le temps. Une bonne chose qui démontre que le cinéma québécois est vivant. Cependant, on sent toujours un malaise quand on dit qu’on est partagés sur un film encensé par la majorité (surtout des critiques médiatiques très « objectives »).

Parce que s’il y a des boucs émissaires facile à attaquer car démolis par tous (« Les Dangereux » pour ne nommer que celui-ci), il y a des « symboles », des films vus comme des classiques qu’il paraît mal de critiquer.

Par exemple, dans mon cas, je vais l’avouer: j’ai détesté le premier Cruising Bar (quant à Cruising Bar 2, ai-je besoin de vous dire que je n’ose même pas vouloir penser à la possibilité d’en regarder ne serait-ce que deux secondes même si c’était gratuit). C’est que voyez-vous, pendant des années, on m’a dit que c’était une des premières comédies populaires du Québec, un film hilarant qui avait battu des records au box-office de l’époque, une oeuvre qui avait révélé Michel Côté en tant qu’acteur pouvant jouer la comédie… Alors, l’an dernier, autour de la Saint-Jean-Baptiste (la fin de semaine avant je crois), je vois que ce « classique » va passer à la télé. Enfin, me dis-je ! Je pourrai le voir ce film que tous ont vu… Alors, je m’installe en me disant que je devrais pas mal sourire et rire.

Oh boy… Redonnez-moi mes deux heures perdues que j’eus envie de dire. Non seulement, je n’ai pas ri, mais j’ai été ennuyé à peu près tout le long, à partir des changements d’attitude gros comme le bras et une job honnête de CCM (costumes, coiffures, maquillages), je ne peux pas dire le jeu de Michel Côté m’a jeté par terre (et pourtant, j’apprécie ce comédien). J’ai trouvé ça d’un pénible, d’une prévisibilité et franchement, mise à part voir quelques modes des années 80 je ne peux pas dire que je me suis amusé. Ah, en fait, je peux aussi dire que j’ai souri dans la scène où Pauline Lapointe jouit comme c’est pas possible. Mais encore là, pas assez pour dire que ça remonte le film totalement à mes yeux.

Mais voyez-vous, c’est risqué de dire ça. Parce que c’est un « classique », ça fait partie des intouchables qui ont une place importante dans le coeur des gens.

Alors, souvent, on se tait ou on garde ce genre de critiques pour ses intimes, à l’abri d’un grand média de masse.

Oui, pas facile de critiquer au Québec mais à voir les réactions que les billets dont j’ai parlé hier ont eu, je crois qu’il est peut-être temps qu’il y ait quelques critiques qui sortent. Un peu moins copines avec les « veudettes », peut-être, mais qui permettrait d’avoir l’heure plus juste et moins « polluée » par le copinage avec des maisons de production par exemple…

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4 Réponses

  1. Je me demande quand même comment ça se fait que « Les Dangereux » soit le bouc émissaire. Je n’ai pas vu ce film mais je pourrais en nommer bien d’autres qui pourraient prendre sa place au niveau de la médiocrité.

    Je pense que d’autres ont bien mieux expliqué que moi pourquoi c’est quasiment interdit de critiquer un film québécois… Le copinage entre les chroniqueurs culturels et les artisans semble expliquer beaucoup de choses…

    Heureusement qu’il reste quelques blogues indépendants qui n’ont pas peur de donner leur vraie appréciation d’un film ou de tout autre truc artistique ou culturel québécois…

    • Effectivement, le copinage, ça bousille les chances d’être juste dans une critique. Rien de plus dur que de critiquer des amis.

      Pour ce qui est des Dangereux, hum, je peux confirmer pourquoi. Essayer de faire une comédie comme les frères Cohen mais avec certaines gens qui ne sont pas comédiens (genre Véronique Cloutier & Stéphane Rousseau), des gags plus gras que du bacon, des personnages et des situations invraisemblables… Forcément, ça donne pas envie de s’y replonger. Du moins, pas de payer pour en tout cas.

      Mais encore une fois, je suis d’accord avec ta conclusion et celle de Renart hier: vive les blogues indépendants qui peuvent critiquer plus indépendamment. Et ça n’empêche pas de bonnes critiques malgré ce que les gens du milieu peuvent penser.

  2. En fait il s’agit d’un faut débat car on ne pointe pas le véritable problème.

    Ici on parle de cinéma, il n’y a pas de problème avec la critique cinématographique au Québec car il y a un très bon nombre de véritable critiques qui sont des gens qui connaissent le cinéma en profondeur. (C’est la même chose au niveau du théâtre, des arts visuels et de la littérature). Quiconque veut une critique objective d’un film peut y avoir accès, il y sera question de réalisation, de direction photo, de direction d’acteur, de scénario, de psychologie des personnage et d’interrelation avec le cinéma en général, son histoire, l’histoire du genre, l’intermédialité ect ect…

    Le vrai problème est que ces gens là qui connaissent vraiment leur sujet et dont c’est le boulot de connaître très bien un médium n’ont pas accès facilement aux médias de masse. Et comme on le sait les médias de masse on droit de vie et de mort sur tout.

    Radio-Canada télévision (parce que c’est bien moins pire à la radio), TVA, TQS, ect… sans oublier les journaux, n’engagent pas des critiques mais bien des chroniqueurs culturels, en général une fille plutôt jolie qui passe bien à l’écran et qui a de l’expérience télévisuelle car elle a été miss météo pendant quelques années.. (On voit le portrait.) Il va de soi que ces chroniqueurs n’ont pas le bagage suffisant pour faire dans la critique alors ils se contentent de parler des sorties cinéma, en étant ainsi aux maximum de leur compétences intellectuelles. Bref, on se retrouve à considérer ÇA comme de la critique alors qu’ils ne font que dire s’ils ont aimé ou pas, alors que tout le monde sait que ça n’a rien avoir avec une critique qui se veut objectif et constructive. On parle de copinage, bien sur, les chroniqueurs couvrent les premières, côtoient les artistes dans les grands évènements, les interview pour avoir leur point de vu sur leurs derniers opus ect… Les chroniqueurs, mais pas les critiques. Déjà quand on va cesser de mêler les deux professions on va régler une partie du débat.

    C’est le même débat sur les blogues en ce qui à trait au journalisme, est-ce qu’il faut accorder de la crédibilité à tous les blogueurs qui se mêlent de parler de politique alors que pour plusieurs ils n’en connaissent rien de plus que ce que Jean-Luc Mongrain ou François Paradis leur ont décrit, leur opinion ne vaut donc rien, mais c’est ça une société de libre expression tout le monde a le droit de parler d’un sujet qu’ils ne connaissent pas! Y compris de cinéma. Tout le monde à droit d’aimer ou de ne pas aimer une oeuvre car c’est une rencontre personnel (donc subjective entre une oeuvre et une subjectivité) mais cette opinion ne vaut rien, car n’est d’autre qu’une impression personnelle et non une critique. On a le droit d’aimer ou de ne pas aimer mais pas de s’improviser critique sans toujours ramener le travail de création à son rapport à l’histoire de la discipline. C’est encore plus présent en art-visuel ou l’aspect commercial est moins mis au premier plan.

    Bref, ici on va régler le problème quand on va redonner le droit le parole aux critique et que les chroniqueurs vont se contenter de nous donner la liste des nouveaux films qui va sortir.

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