Savoir épeler É-T-H-I-Q-U-E

Y a vraiment des moments où se dit que les « grands » de ce monde ont tendance à vite oublier le terme éthique, la morale en général.

Par exemple, quand une société d’État Québécoise (mot à retenir ici) d’hydroélectricité attribue non seulement des petits dons à des écoles privées de la province, mais – encore mieux – à une université ontarienne (appris grâce à ce prof allumé)  ! Ça a beau être collé sur le Québec, ça reste une université ontarienne c****** !

Ou quand un candidat à la course à la chefferie de l’ADQ demande à un de ses adversaires de l’aider à avoir des signatures pour participer à la course à la chefferie en échange de « bons procédés »… « C’est commun dans ce genre de campagne », de dire le responsable de la campagne. Ben dis donc, ils sont bien préparés à prendre le pouvoir, ils sont déjà secrets et font des petits marchés avec les petits amis…

Ou quand le milieu de l’éducation crie à un plan d’action concret pour contrer le décrochage et la surpopulation dans les classes, mais qu’un premier ministre préfère songer à ce qu’il pourra hausser comme tarif pour éliminer le déficit qu’il a créé – vous savez, celui qu’il nous avait promis qu’il y en aurait pas pendant la campagne électorale passée ?

Oui, y a certaines personnes qui auraient besoin d’un cours d’éthique et de moral. Mais bon, à quoi bon ? Puisqu’il semble que même quand tu « bullshites », tu obtiens de la popularité en masse !

(On aurait pu ajouter quand t’es une ancienne ministre qui entre dans un parti municipal qui accumule les scandales et les conflits d’intérêt, mais bon, c’est peut-être pousser le bouchon un peu trop loin.)

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David contre Goliath, version 2009

Gravure provenant de White Head Carvings (source)

Gravure provenant de White Head Carvings (source)

Je sais qu’on est encore à deux mois de l’Halloween, mais j’ai une histoire d’horreur à vous raconter.

Au Québec, dans les années 80, un dessinateur rencontre deux producteurs télé et leur propose une idée de dessins animés pour enfants mettant en vedette un personnage faisant un clin d’oeil au classique Robinson Crusoé. Il travaille avec ces deux producteurs pendant un an ou deux où il expose ses idées, ce qu’il veut faire de ce projet qui lui tient à coeur. Malheureusement, au bout du compte, le projet tombe à l’eau. Jusque là, rien de particulier sinon un peu de déception. Mais l’horreur arrive une dizaine d’années plus tard.

Un matin de septembre 1995, le dessinateur en question s’assoit devant la télé et il tombe sur un charmant petit dessin animé… qui ressemble comme deux gouttes d’eau à ce qu’il avait proposé à ces deux producteurs il y a une dizaine d’années. Personnages presque identiques, trame scénaristique très ressemblante, etc. Il est là, tétanisé dans son siège alors qu’au générique apparaissent les noms de scénaristes qui se sont appropriés son œuvre et des deux producteurs en question dont il vient de se rendre compte de leur perfidie.

C’est alors que le dessinateur décide de poursuivre les producteurs et leur compagnie pour plagiat. Or, il s’agit de tout un ennemi: la compagnie est colossale, multinationale (ce qui fait encore plus mal car le dessin animé en question est diffusé dans près de 160 pays sans qu’il n’ait aucun droits d’auteur) et peut se payer de très bons avocats. Sans compter que dès le départ, les producteurs font mine de n’avoir jamais rencontré l’artiste. C’est alors que le processus judiciaire s’enclenche, un processus qui va durer 14 ans. 14 ans où le dessinateur devra avoir recours à des avocats et des enquêteurs pour prouver le plagiat. Pas une mince tâche surtout que cette histoire a placé notre artiste dans un haut niveau de déprime qui l’a pratiquement fait lâcher les pinceaux.

Mais aujourd’hui, 14 ans plus tard, après des années de bataille acharnées, l’histoire d’horreur a pris une tournure de conte de fées. En effet, Claude Robinson a enfin eu justice aujourd’hui. Dans un jugement touffu de 240 pages, acclamé par plusieurs personnes, le juge Claude Auclair donne raison à ce David des temps modernes qui a dû se battre contre Goliath. Il faut dire que Robinson avait amassé beaucoup de preuves et de témoignages prouvant le plagiat et le fait qu’il avait bien eu des rencontres avec feue Micheline Charest et Ronald Weinberg de Cinar (il avait même gardé les tickets de métro de l’époque pour prouver leurs rencontres !!! c’est dire !).  Et dire que, honte à moi, j’ai écouté plein d’épisodes de cette série qui a plagié sur son œuvre lorsque j’étais jeune et que j’aimais pas mal ça ce dessin animé… Avoir su. Dans ce billet qui reprend quelques extraits du jugement, il y en a deux que j’aime particulièrement et que je mets ici:

Il faut envoyer un message clair aux contrefacteurs que la cupidité sera punie et qu’ils devront s’attendre à plus qu’une simple condamnation de dommages compensatoires sans pénalité, s’ils sont découverts.

En l’instance, l’octroi de dommages exemplaires enverra un message clair aux producteurs que : la fraude, la contrefaçon, la copie, les mensonges à la Cour ne sont pas tolérés et que les créateurs sont protégés, ces derniers étant souvent démunis financièrement, n’ayant pas la ténacité, l’énergie, ni la détermination nécessaire pour faire face à une guérilla judiciaire, sans compter les coûts que cela implique.

C’est là-dessus que tout se jouait: faire reconnaître les droits de ses créations artistiques ! De la paternité de l’œuvre sur laquelle il a mis temps et énergie ! Un jugement qui pourrait faire jurisprudence et qui ralentira l’ardeur des producteurs qui auraient envie de chaparder d’autres idées à des créateurs sans ressources financières pour les poursuivre. Je me rappelle au collégial que dans notre cours d’écriture dramatique, notre professeur nous disait: « le milieu de la télévision, c’est là où il y a le plus de plagiats et souvent, il est difficile de le prouver alors si vous vouliez écrire pour la télé, protégez vos arrières ! »

Car c’est aussi la leçon du dossier Robinson: les créateurs doivent assurer leurs arrières lorsqu’ils vont présenter leurs œuvres à des producteurs. Car il faut le dire, sans preuves suffisantes et vigilance de sa part, Claude Robinson ne serait probablement pas un homme soulagé et victorieux aujourd’hui.  Par moment, je me demande si les associations d’auteurs ne pourraient pas se concerter pour créer un organisme quelconque ou une petite structure permettant de mieux protéger les droits d’auteur… M’enfin !

Une chose est sûre: voilà un exemple de David contre Goliath moderne. Comment la ténacité incroyable d’un homme a été récompensée au bout du compte, comment il a toujours défendu son point avec courage et dignité. Une bien belle leçon de vie, en tout cas ! 😀

Bravo David Monsieur Robinson et même s’il y a appel (ce qui est fort possible puisqu’on parle d’un dédommagement de 5 millions), vous devez déjà être soulagé qu’on ait reconnu sur la place publique la paternité de votre œuvre !

Le film le plus attendu des prochaines années*

OK. Billet léger aujourd’hui, parce que je me sens d’humeur pour ce type de billet. Un billet léger s’adressant surtout aux « geeks ». On le sait, plusieurs grosses franchises de jeux vidéo s’apprêtent à avoir leur version cinématographique (Bioshock, Prince of Persia, Dead Space, etc.) dans les années à venir. Évidemment, on s’attend à ce que beaucoup soient mauvais (mais bon, qui sait, on peut être surpris !), mais là, je tiens un chef d’oeuvre* d’adaptation de jeux vidéo en film. Une surprise car cela n’était pas annoncé nulle part. Un film sur une franchise pas encore exploitée et avec pourtant, beaucoup de potentiel.  Il s’agit de Mario Kart !!! Oui, la série rassemblant Mario et tous les personnages de son univers qui s’amusent à faire des courses de kart et s’envoyer des carapaces de tortues et des pelures de bananes à la figure pour se ralentir entre eux.

Voici la bande-annonce de ce qui devrait être un classique (trouvée via Jeuxvideo.org):

*Lorsque le blogueur parle de chef d’oeuvre et du film le plus attendu des prochaines années, il est possible que celui-ci ait mis beaucoup d’ironie sachant qu’il s’agissait d’une vidéo fait par un groupe de cinéastes amateurs humoristiques. Nous ne sommes pas responsables de la fausse représentation que les termes en question auraient pu susciter chez les lecteurs. Merci de votre compréhension. Pour des plaintes, vous pouvez vous adresser au service à la clientèle les vendredi soir des années bissextiles où il y a une lune bleue et qu’il tombe des pluies de grenouilles à dentiers qui parlent allemand. Pour tout le reste, il y a une carte de crédit très connue.

À quand des citoyens de second ordre ?

Très amusant, mais surtout très terrifiant de lire sur cette histoire de subventions d’Hydro-Québec à des collèges privés (genre ceux d’où proviennent Thierry Vandal et Jean Charest) et même mieux que ça, au Conference Board (hé ! rien de trop beau pour le PDG !).

Mais c’est encore plus terrifiant de lire les commentaires sur l’école privée versus l’école publique. À lire cela, on se demande encore pourquoi on a un système public d’écoles. Lire le fiel et comment les écoles publics sont le déshonneur, comment « oh qu’il n’est pas question que mon enfant mette un pied dans ce ramassis de profs  « burn-outés », de drogués et où on n’apprend rien » mais dans la même phrase « qu’il n’est pas question qu’on coupe les subventions aux écoles privées, parce que je ne vais pas payer 2000$ par année pour que mon petit aille à l’école et déjà que mes impôts et la taxe scolaire paie un système dans lequel mes enfants n’entreront pas.« … Évidemment, des mauvaises langues diraient que tant qu’à y être, on paie – dont ceux qui ne pourront jamais y envoyer leurs enfants – 60% de toutes ces écoles sélectives (oui, il y a de la sélection parfois au public mais rien à voir avec le privé) qui ne gardent que le meilleur pour bien paraître dans le palmarès des médias…

Finalement, à entendre cela, pourquoi ne pas rendre les écoles toutes privées ? Et les hôpitaux aussi ? Et les services d’urgence ou la poste ? Pourquoi tout ne serait pas privé ? Pourquoi ne pas créer deux classes de citoyens: ceux qui auront l’argent pour aller à l’école, se faire soigner, qui pourront avoir de l’électricité, se payer les services d’urgence et avoir l’argent pour recevoir du courrier… et les autres, les citoyens de second ordre, qui ne pourront ni s’éduquer, ni se soigner, ni se chauffer, qui crameront dès qu’il y aura un incendie (parce que pas les moyens de se payer des pompiers) ou un accident tragique.

Alors, rapidement, dans ce type de contexte, les citoyens de second ordre vont dépérir, crever et au bout du compte, on n’aura que la crème: les riches.

Ça a l’air con comme discours, mais quand je lis les commentaires sur l’école privée versus publique, c’est le sentiment que j’ai: les gens veulent des citoyens de premier ordre (ceux qui vont au privé) et des citoyens de second ordre (ceux qui iront à la terrible école publique parce qu’ils sont trop pauvres). Et c’est ce qui arrive quand des gouvernements vantent les mérites extraordinaires d’avoir deux systèmes d’éducation, de santé, etc. (et là-dessus, je blâme aussi les péquistes même si les libéraux se sont bien assurés de clouer le cercueil avec leurs politiques néolibérales).

Forcément, on ne voit que les côtés rutilants du privé sans en venir à la conclusion que c’est peut-être parce qu’on a encouragé à coups de subventions gouvernementales le privé (le comble !) que le système public s’est mis à péricliter. Et puis quand des publications (*tousse tousse* L’Actualité *tousse tousse* La Presse *tousse tousse*) embarquent dans le jeu de la démonisation du public à coup de palmarès et de gros titres chocs, alors là, le public panique et forcément, on ne voudrait surtout pas que nos petits chérubins soient confrontés à la drogue, au sexe et aux professeurs incompétents (parce que c’est IMPOSSIBLE qu’il y en ait au privé, voyons !).

Alors, à quand un regroupement pour des citoyens de second ordre ? Évidemment, personne ne le fera. Personne n’ose dire ce genre de choses aussi crûment. Non, à la place, on nous dira qu’il faut être lucide, rationnel, prendre les meilleurs choix pour le Québec, arrêter d’encourager le statut quo et voter ADQ ou Parti Libéral ou même Parti Québécois dépendant de comment se sent le caucus et les sondages internes ce mois-ci.

Sauf que ça revient au même.

État critique: Ze Sequel

Bon, chose promise chose due. Voici la suite de notre conversation d’hier sur la critique. Alors, peut-on critiquer un film québécois sans s’attirer les regards de feu ?

Parce qu’effectivement, s’il y a quelques tabous au Québec, il y en a un récent qui est de critiquer un film québécois. Je ne sais pas, c’est comme si on annonçait à sa famille qu’on était tueur en séries. Pourtant, ça ne veut pas dire qu’on veuille la mort de l’industrie du film ici. Au contraire, c’est parce qu’on veut qu’elle soit rayonnante qu’on se permet de mettre des bémols sur des oeuvres moins fortes.

C’est normal aussi qu’il y ait des hauts et des bas, surtout que la palette cinématographique québécoise s’est agrandie avec le temps. Une bonne chose qui démontre que le cinéma québécois est vivant. Cependant, on sent toujours un malaise quand on dit qu’on est partagés sur un film encensé par la majorité (surtout des critiques médiatiques très « objectives »).

Parce que s’il y a des boucs émissaires facile à attaquer car démolis par tous (« Les Dangereux » pour ne nommer que celui-ci), il y a des « symboles », des films vus comme des classiques qu’il paraît mal de critiquer.

Par exemple, dans mon cas, je vais l’avouer: j’ai détesté le premier Cruising Bar (quant à Cruising Bar 2, ai-je besoin de vous dire que je n’ose même pas vouloir penser à la possibilité d’en regarder ne serait-ce que deux secondes même si c’était gratuit). C’est que voyez-vous, pendant des années, on m’a dit que c’était une des premières comédies populaires du Québec, un film hilarant qui avait battu des records au box-office de l’époque, une oeuvre qui avait révélé Michel Côté en tant qu’acteur pouvant jouer la comédie… Alors, l’an dernier, autour de la Saint-Jean-Baptiste (la fin de semaine avant je crois), je vois que ce « classique » va passer à la télé. Enfin, me dis-je ! Je pourrai le voir ce film que tous ont vu… Alors, je m’installe en me disant que je devrais pas mal sourire et rire.

Oh boy… Redonnez-moi mes deux heures perdues que j’eus envie de dire. Non seulement, je n’ai pas ri, mais j’ai été ennuyé à peu près tout le long, à partir des changements d’attitude gros comme le bras et une job honnête de CCM (costumes, coiffures, maquillages), je ne peux pas dire le jeu de Michel Côté m’a jeté par terre (et pourtant, j’apprécie ce comédien). J’ai trouvé ça d’un pénible, d’une prévisibilité et franchement, mise à part voir quelques modes des années 80 je ne peux pas dire que je me suis amusé. Ah, en fait, je peux aussi dire que j’ai souri dans la scène où Pauline Lapointe jouit comme c’est pas possible. Mais encore là, pas assez pour dire que ça remonte le film totalement à mes yeux.

Mais voyez-vous, c’est risqué de dire ça. Parce que c’est un « classique », ça fait partie des intouchables qui ont une place importante dans le coeur des gens.

Alors, souvent, on se tait ou on garde ce genre de critiques pour ses intimes, à l’abri d’un grand média de masse.

Oui, pas facile de critiquer au Québec mais à voir les réactions que les billets dont j’ai parlé hier ont eu, je crois qu’il est peut-être temps qu’il y ait quelques critiques qui sortent. Un peu moins copines avec les « veudettes », peut-être, mais qui permettrait d’avoir l’heure plus juste et moins « polluée » par le copinage avec des maisons de production par exemple…

État critique

Gene Siskel & Roger Ebert, critiques américains pour leurs thumbs up

Gene Siskel & Roger Ebert, critiques américains pour leurs "thumbs up"

Ces derniers temps, je lis quelques textes qui s’inquiètent de l’état de la critique culturelle au Québec. Ça a commencé avec l’acidulée Clique du Plateau qui questionnait une critique parfaite du film « Les Pieds dans le vide » faite par Tanya Lapointe de Radio-Canada, critique faite… juste avant d’interroger la réalisatrice du film Mariloup Wolfe et le comédien (et, accessoirement, conjoint de la dite réalisatrice) Guillaume Lemay-Thivierge.

Par la suite, c’est Steve Proulx qui a repris le billet de la Clique pour nous rappeler un texte qu’il avait composé en février 2008 sur le sujet de la complaisance dans la critique québécoise, particulièrement dans les médias électroniques (télé & radio).

Finalement, c’est la charmante Noisette sociale – oui, oui, elle est revenue ! 😀 – qui après avoir visionné « Dédé à travers les brumes »  de Jean-Philippe Duval et se demandait pourquoi, à écouter tout le monde, il s’agissait d’une chef d’oeuvre.

En fait le questionnement est posé encore plus clairement du côté de la Clique qui ne s’embarrasse pas de nuances:

Est-ce que tous les critiques cinéma sont vendus d’avance parce que c’est un film québécois?  On s’entend pour dire que les vedettes du film ont succédé les entrevues les unes après les autres (radio, journal et télévision).  En gros, après leur passage dans les différents médias la critique a toujours été très bonne.  Se sentent-ils obligés de dire que c’est un bon film?  Pour l’instant, il n’y a que la critique du Devoir et de la Presse qui ne sont pas excellentes.  Seront-ils mal vus car ils ont osé dire que c’est un mauvais film?

En fait, j’ajouterais qu’il y a aussi Lecinéma.ca qui a fait une critique plutôt tiède face à ce premier essai au cinéma de mademoiselle Wolfe.  Sauf que là, encore, il s’agit d’un média écrit, peut-être plus facile alors d’être critique…

Le but ici n’est pas de descendre « Les Pieds dans le vide » (je ne l’ai pas vu et franchement, la trame scénaristique ne capture pas mon intérêt un iota donc je ne le verrai probablement pas), mais ça pose deux questions: y a-t-il et peut-il y avoir de la vraie critique culturelle au Québec et la deuxième, sommes-nous plus frileux à critiquer les produits cinématographiques québécois ?

Bon, pour la première question, il semble qu’à lire Steve Proulx, on ne puisse pas s’en sortir. Trop de copinage entre critiques et artistes mais, également, du copinage pratiquement avec les distributeurs qui font de la grosse pression pour avoir une bonne critique. Il faut dire que notre milieu artistique est petit, très petit et que forcément, contrairement aux critiques américains ou français,  les critiques québécois risquent tôt ou tard de retomber sur ceux qu’ils ont vilipendé. Il faut alors avoir soit la « couenne dure » comme le critique de théâtre Robert Lévesque qui était détesté par le milieu comme on peut l’apprendre par cette entrevue des Francs-Tireurs (on le boudait, l’ignorait, on faisait des pétitions pour qu’il perde son emploi, on lui a envoyé un paquet d’horreurs) ou on s’assouplit et on ne dit pas ce qu’on pense réellement d’une oeuvre.

Dans le billet de Steve Proulx sur le billet de la Clique, il y aborde un témoignage de Guy Nantel qui souligne un autre point: et si la critique culturelle d’aujourd’hui était moins cultivée ? Parce que faire une critique, c’est bien plus que de dire j’ai aimé ça et j’ai détesté ça, c’est de faire des liens, connaître les artisans derrière l’oeuvre en question (qu’elle soit cinématographique, théâtrale, etc.) pour étayer son propos. Quitte à faire de la recherche avant ou après, il faut être en mesure d’avoir plus que des « J’aime… j’aime pas… » pour faire une critique objective et constructive. Je souligne le dernier mot parce qu’il peut être facile d’encenser pour encenser ou de démolir pour le plaisir de démolir.

Anecdote personnelle: au collégial, j’ai eu un cours d’analyse et de critique théâtrale. Dans le cadre du cours, nous sommes allés voir une pièce de Michel Tremblay dont j’oublie le nom. Cependant, il faut le dire, ce n’était pas bon. Du moins, moi, j’ai trouvé ça plutôt inintéressant. Surtout le jeu des comédiens et comédiennes était… ouf ! Sans compter le décor exagéré et parfois, le récit se décousait. Alors, on devait comme travail de faire la critique de la pièce. Ayant été profondément déçu par la pièce, j’ai écrit une critique assassine (le terme est faible) de la pièce. Je ne fus pas le seul, une majorité d’entre nous avons écrit des critiques pleines de hargne… et nous fûmes nombreux à échouer ce travail. Pourquoi ? Pas parce que nous étions déçus de la pièce comme aura dit notre professeur, mais nous avions perdu tout sens objectif. Nos critiques n’étaient qu’un déversement de fiel, une espèce de vengeance pour « l’impression d’avoir perdu notre temps ». Bref, oui, on aurait pu écrire une critique négative, mais il ne fallait pas que cela devienne une vendetta. La bonne critique se situe justement dans la zone grise entre le léchage de derrière et la dissertation dithyrambique. Le bon critique arrivera à tenter de trouver ne serait-ce qu’ un point négatif ou positif tout en argumentant sur sa perception que l’oeuvre est une merde ou un chef d’oeuvre.

Quant à la deuxième question, peut-on critiquer un film québécois sans se faire regarder de travers, on en discutera au prochain billet. 😉