Anges & Démons: un chemin nerveux mais sans âme

Hé oui, je suis allé voir cette semaine le second volet des aventures de Robert Langdon.  J’y suis allé, je vous avoue, plein d’espoir. Car au risque de peiner mon estimé collègue Blogue l’Éponge, grand adorateur de littérature devant l’éternel (en espérant que cette plogue me fasse pardonner le reste de ma phrase 😉 ), j’avais plutôt apprécié le roman Anges & Démons. Du moins, il m’avait plus accroché  que Da Vinci Code et ce malgré ses invraisemblances (allô, c’est quand même du Dan Brown !), cette course à la montre m’avait davantage satisfait que cette mille fois entendues supposition de relation entre Jésus et Marie-Madeleine (car, au cas où vous ne le sachiez pas, certains exégètes proposent cette théorie depuis fort longtemps). Force est de constater que je suis sorti du cinéma avec cette déception aux lèvres…

Alors, rappelons l’histoire: Robert Langdon, spécialiste des symboles religieux, se fait appeler par le Vatican. Un vieil ennemi de l’Église, les Illuminati, semblent s’être levés et avoir préparé une vengeance contre le Vatican. Langdon, étant spécialiste, est vu comme le seul espoir de la police du petit état au coeur de Rome. Alors que les cardinaux entrent en conclave, une course contre la montre est déclenchée alors que les 4 « preferatis » (cardinaux davantage susceptibles de devenir pape) ont été enlevés et que le ou les ravisseurs déclarent qu’à chaque heure, un de ceux-ci mourra. Pire encore, à minuit, une bombe d’antimatière risque de faire éclater la cité du Vatican… C’est pourquoi une jeune scientifique du CERN, Vittoria Vetra, aidera Langdon dans sa quête pour retrouver les preferatis et, surtout, la bombe d’antimatière (sa spécialité).

Déjà, au départ, le film change le début de l’histoire et c’est un peu bizarre. Dans le roman, Langdon était appelé alors que le père adoptif de Mlle Vetra était assassiné et on retrouvait sur sa poitrine la marque des Illuminati. Or, ici, c’est le Vatican qui l’appelle… Hum, hum… Sa compter la finale très différente du livre. Ça en est presque choquant. Car qu’on enlève des parties de l’histoire « choquante pour l’Église », OK. Qu’on laisse supposer que cette histoire se passe après le Da Vinci Code (alors qu’Anges & Démons a été écrit avant mais a connu un succès après le Da Vinci Code), d’accord. Qu’on supprime le flirt entre Langdon et Vetra, pas de problèmes. Mais qu’on change des parties de l’histoire comme ils l’ont fait… Ouh… Les amateurs du roman seront forcément déçus de la chose. Surtout de voir passer un camerlingue italien dans le roman à britannique dans le film !

Beaucoup des critiques du film « Da Vinci Code » était sur son aspect verbeux, le peu d’action. Hé bien, Anges & Démons fait exactement le contraire: on élimine une grosse partie de dialogue et on remplace le tout par une course contre la montre nerveuse qui fait penser à un « 24 » dans un cadre européen. Sauf que le problème est que le roman de Brown emmenait quand même une idée intéressante: est-ce que la science et la religion sont opposées ou plus proche qu’on le croit ? Ici, à part quelques lignes sur le sujet, on saute toute cette partie pour montrer des meurtres et de la  tension. Car, si effectivement, on ne peut pas dire qu’on s’ennuie, dieu que la réalisation de Ron Howard est artificielle, sans âme. On sent le film de commande, sans plaisir, sans démontrer  d’intérêt pour le propos. Ah bien sûr, serait-ce sa frustration de ne pas avoir pu tourner à Rome son film ? Peut-être. Pourtant, la plupart des décors sont super bien recréés (mise à part quelques plans de la place St-Pierre-de-Rome, clairement faits par ordinateur) et on s’y croirait malgré tout.

Parlons performances. Tom Hanks se débrouille encore dans la peau de Langdon et même s’il ne s’agira pas du rôle de sa carrière, il insuffle assez de caractère et de passion pour que sa performance reste crédible. On ne peut pas en dire autant de Ayelet Zurer dans le rôle de Vittoria Vetra qui semble s’emmerder et se demander ce qu’elle fout dans cette galère (sans compter que son doublage québécois, fait par Marina Orsini est pitoyable à mon avis). Quant à Stellan Skarsgård, un acteur pourtant intéressant, il semble mal à l’aise dans son rôle, ne sachant pas trop sur quel pied danser. Alors, il alterne entre boudeur et frondeur sans vraiment cerner son personnage. Quant à Ewan McGregor, l’effort est là et on ne peut dire qu’il en sort amoché de cette expérience. Pourtant, je n’ai pas l’impression qu’il a suivi la même préparation pour jouer ce prêtre que l’a fait Philipp Seymour Hoffman pour Doute… Je souligne, par contre, la performance de Armin Mueller-Stahl, très intéressant en Cardinal Strauss.

L’emballage du film est, comme je le disais, intéressant mais trop froid pour passer à la postérité. Si certains plans sont magnifiques, d’autres sont un peu gâchés par ce manque d’âme souligné plus haut. La musique, qui reprend beaucoup de thèmes du Da Vinci Code, est plutôt moyenne. Certains bons morceaux, mais parfois, elle est trop classique dans le genre. Quant à récupérer le thème de « Da Vinci Code » pour le générique… j’aurais préféré un autre thème pour se dissocier du premier opus.

Alors, est-ce mauvais ? Non, je n’irais pas jusque là. Sauf que franchement, je croyais que le film dépasserait Da Vinci Code à tous les niveaux et pourtant… Je suis encore à me demander lequel des deux est le meilleur finalement. Peut-être que le Code était trop verbeux, mais Anges & Démons possède tellement peu d’âme et se détache tellement du matériel d’origine avec certains de ses choix que franchement, on en ressort déçu si on a lu le roman. Il y a eu pire au niveau cinématographique, mais on ressort avec la sensation que ce film aurait pu être meilleur en tant que thriller religieux… Peut-être qu’à vouloir être trop gentil avec l’Église, on a dilué l’oeuvre. Après tout, quand le journal officiel du Vatican déclare que le film est un « divertissement innocent » alors qu’ils ont dénoncé sans gêne le roman comme un outrage à l’Église, c’est qu’il y a un solide décalage entre les deux.

Verdict du Satellite: 7/10. On a droit à une poursuite nerveuse en plein dans une (fausse) Rome, à quelques oeuvres d’art révélant des « secrets », à des rebondissements, mais le tout dans un paquet sans âme, se détachant de l’oeuvre d’origine. Je me permets un dernier commentaire* (qui contient des « spoilers ») après le billet du jour.

Le billet du jour: Je vous propose de lire la critique de Gradlon sur le même film. Pourquoi ? Parce qu’il vaut mieux lire plusieurs avis pour se faire une idée et je suis loin de posséder la science infuse en critique. De plus, la critique est intéressante, alors on ne se gêne pas ! 😉

* *Attention spoilers*

Un conseil à Dan Brown pour son prochain livre qui sortira, selon les rumeurs,  cet automne: arrête d’utiliser la même technique, c’est-à-dire un assassin qui travaille pour un personnage principal qui se révèle, à la fin, être le grand méchant, le tout en détournant les soupçons sur un autre personnage principal. Franchement, avec le Da Vinci Code et Anges & Démons, tu as utilisé deux fois la même technique. Ça serait le temps de changer, pour nous surprendre…

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8 Réponses

  1. Ben là! Moi aussi j’avais bien aimé les romans de Dan Brown! Ok, avec le recul, je me rends compte qu’il existe littéralement un sous-genre de l’intrigue « qui bouleversera les fondements même de l’Église catholique », mais quand même!

    Pour ce qui est du film, il ne me tente même pas, tellement j’avais été déçu par le « Code Da Vinci »…

    Finalement, j’voudrais pas faire mon pèteux de ballounes, mais ses deux autres romans (« Forteresse digitale » et « Deception point ») sont à peu près sur le même pattern! En fait, comme A&D et le Da Vinci Code, ils forment une « paire », et la chute est presqu’identique… C’est probablement pour ce manque d’originalité que je n’aime plus Brown!

    • Ouais, ça inspire pas à lire les deux romans dont tu parles. En passant, désolé que ton commentaire n’ait pas été publié pendant un bout, je ne sais pas pourquoi mais il s’est retrouvé dans spam !!!

  2. Merci pour le lien.

    J’avais également remarqué le jeu blasé d’Ayelet Zurer. Pour être franc, pas mal tous les acteurs, sauf McGregor et Mueller-Stahl, m’apparurent désintéressés.

    Pour ce qui était de filmer les lieux religieux de Rome, ce fut vraiment dommage. Heureusement, Ron Howard a réussi à filmer le Panthéon et ses alentours, la Piazza Navona et la Piazza del Popolo.

    • Oui, une chance qu’il a pu le faire sinon franchement… Ça aurait été triste… On ne peut pas tout recréer parfaitement avec des studios et de l’informatique… 😉

      De rien pour le lien.

  3. N’ayant pas lu le roman, je m’étais aventuré à regarder le premier film mais, pour une raison que j’ai oublié, je me suis tanné après une vingtaine de minutes…

    Ton review m’indique que le deuxième ne devrait pas plus me ravir… 😉

    • Ben ça dépend toujours… Mais effectivement, si tu n’as pas aimé Da Vinci Code, vaut mieux ne pas s’aventurer avec celui-là…

  4. Pareil comme toi, j’ai préféré le roman d’Ange et Démons à celui de Da Vinci Code. Mais je vais quand même aller voir ce film. Ne serait-ce que pour mettre des images sur ce dont je me souviens du roman 😉

    • Bah oui, quand même, au pire, ça te donnera une occasion de critiquer le tout sur ton blogue si tu n’as pas aimé. 😛

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