Doute: à bas les certitudes !

Ah, je l’avais dit qu’une critique de cinéma viendrait sur le blogue sous peu ! 😉 J’ai écouté samedi dernier, le film Doute (Doubt) de John Patrick Shanley, un film basé sur sa pièce du même nom, mettant en vedette Meryl Streep, Phillip Seymour Hoffman et Amy Adams.

Bon, comment faire un résumé sans trop en dévoiler ? On va rester vague. À l’aube de Vatican II,  l’école chrétienne St. Nicholas du Bronx à New York est dirigée par une soeur autoritaire, soeur Aloysius (Meryl Streep). La paroisse étant dirigée par le prêtre Brendan Flynn (Phillip Seymour Hoffman), un curé progressiste, soeur Aloysius  a beaucoup de mal avec ce vent de changement, particulièrement en voyant la jeune soeur James (Amy Adams) qui semble autant respecter les valeurs traditionnelles que les visions progressistes du curé. Or, un jour, soeur James croit percevoir un comportement suspect concernant le prêtre et un élève noir (le premier que l’école reçoit). Aussitôt, soeur Aloysius y voit là le péché suprême mais elle n’a aucune preuve. Seulement un doute… Et ce doute sera le début des hostilités entre le curé et la soeur.

John Patrick Shanley l’a déjà dit en entrevue, en parlant de sa pièce:

J’avais le sentiment d’être entouré par une société saturée de certitudes. Tout le monde avait une opinion tranchée sur tout, mais il n’y avait pas réellement d’échange, et si quelqu’un avait le malheur de dire  » je ne sais pas « , il était aussitôt méprisé et mis au ban des médias. Cette posture d’assurance et de certitude s’est accentuée dans notre société, au point qu’une fissure a fini par apparaître. Et cette fissure, c’est le doute. J’ai alors décidé d’écrire une pièce célébrant le fait qu’on ne peut jamais être certain de rien. J’avais envie d’explorer l’idée que le doute est par nature illimité et changeant, qu’il peut se développer et se modifier, alors que la certitude est une impasse. Là où il y a certitude, il n’y a plus de conversation possible, et c’est la conversation qui m’intéresse, parce qu’on pourrait aussi désigner cette conversation par un autre mot : la vie.

Ce n’est donc pas un film sur les scandales de l’Église plutôt que sur le doute. Car voilà ce qui fait le charme du film: le doute. Au départ, on doute de l’humanité de soeur Aloysius, très à cheval sur le règlement. Ensuite, on doute sur le père Flynn: il est vrai que certaines paroles sont étranges et il n’a pas l’air de tout dire. Finalement, on se retrouve un peu comme soeur James, à jongler entre ces deux protagonistes. Enfin, jusqu’à une scène qui fait voir TOUT LE FILM d’une manière différente. Et je ne dirai pas laquelle, c’est trop important de la voir sans en avoir entendu parler avant. Car elle change notre vue sur le film. Au point que finalement, en tant que spectateur, je ne sais plus trop où me placer. J’aurais envie d’en jaser longuement avec des gens tellement c’est venu me troubler et que je m’y attendais, mais alors là, pas du tout. Sans compter la troublante fin aussi qui possède encore plus matière à discussion.

Le film est austère dans ses couleurs, ses choix de plans. Excellents choix qui représentent bien la vie dans une école catholique des années 60.La musique du film, composée par le talentueux Howard Shore, est intéressante, très subtile même si pas très transcendante malheureusement. Même adapté d’une pièce, le film reste beaucoup plus fluide, l’auteur/réalisateur passant d’une pièce à 4 personnages pour agrandir la palette de personnages, d’actions et même de plans extérieurs. Forcément, certaines scènes sont verbeuses, mais on appréciera, je crois, ces échanges corsés. Particulièrement entre Meryl Streep (efficace et très humaine dans son interprétation) et Phillip Seymour Hoffman… Quel acteur, mes amis, quel acteur ! Depuis le début, je suis surpris par ses rôles (dans Capote, il m’a jeté par terre) et encore une fois, il touche juste avec son rôle de curé aux visions progressistes mais troublant à la fois… Ah, encore et encore ! Je trouve presque qu’il n’y a pas assez de scènes avec lui dans le film. Quant à Amy Adams, elle joue correctement cette naïve et touchante soeur James même si franchement, elle joue beaucoup sur le même ton tout le long du film. Par contre, Viola Davis crève l’écran et je ne peux dire pourquoi sans risquer de dévoiler des surprises, mais franchement, sa présence est excellente.

Alors, ce film, il vaut la peine ? Oh que oui ! Uniquement pour toutes les discussions qui peuvent survenir de l’écoute de ce film, pour les interprétations magistrales de Hoffman et Streep, pour certaines images du Bronx en automne et en hiver qui sont magnifiques (on sent que le réalisateur connaît ce quartier), vraiment ça vaut la peine. Évidemment, encore une fois, ce n’est pas un gros « blockbuster » devant lequel on s’assoit sans réfléchir. Il faut être prêt à faire actionner ses neurones durant ce film qui ne donne pas de réponses (fait rare dans un cinéma américain qui s’oblige à répondre à toutes les questions du spectateur) et qui apporte ce que dit son titre: le doute. L’horrible doute qui viendra vous plonger dans de terribles questionnements, non seulement sur les événements du film, mais sur notre société de certitude également.

Verdict du Satellite: 9.6/10.

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