Funny Games: intolérable cruauté

Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait une critique de film, je trouve. Et puis, ce soir, je regarde « Funny Games (US) », un remake plan par plan du film original autrichien fait par Michael Haneke (qui a aussi réalisé ce « remake »).

L’histoire ? Assez simple. Un couple et leur fils s’en vont dans leur maison de campagne pour les vacances. Or, arrive chez eux deux jeunes hommes, ma foi, assez bizarres… qui vont s’avérer être de « gentils » psychopathes et jouer à des jeux macabres avec eux.

Raconté comme ça, on dirait un film d’horreur « cheapo » à la « Halloween » ou « Vendredi 13 ». Sauf que non. Ce film ne se veut pas film d’horreur. Film sur la cruauté et la violence, certes. Mais rien pour satisfaire les soifs d’hémoglobine (ou si peu), alors ceux qui rêvent de scènes de torture à la « Saw » (Décadence)… passez votre chemin. Je vous avoue sincèrement que j’étais très heureux pour ma part que ça ne vire pas en « scènes de torture physique insoutenables ». Par contre, pour ce qui est de la violence psychologique… Ça fesse rare. Car cet « ode » à la cruauté a quelque chose d’hypnotisant, de fascinant et de remuant. Premièrement, il n’y a aucune musique tout le long du film. Mais vraiment aucune. Il n’y a que le silence (ou parfois la télé en sourdine). C’est tout. Ce qui rend le tout presque comme un documentaire. Deuxièmement, les plans fixes ou presque. Le montage est fait de telle sorte qu’il y a peu de changement de plan (sauf peut-être dans certains dialogues et encore). On peut rester plusieurs secondes ou minutes sur une scène fixe où ça bouge mais la caméra reste là, immobile, voyeuse… Troisièmement, comme je le disais, la violence n’est pas présente, mais suggérée de manière tordue. Tout d’un coup, le bruit d’une carabine qui tire fait sursauter tellement le son est sourd et violent (comme ça l’est dans la vraie vie). Finalement, il faut parler de ceux psychopathes… Vraiment uniques… Je ne saurais les décrire. Ils sont tellement fous à lier et lucides, ça en est terrifiant. Pour eux, le titre le dit: on joue. Tout cela, c’est un énorme jeu… mais planifié de A à Z. Mais leurs dialogues sont dignes d’un schizophrène ou d’une pièce de Ionesco. Ça saute du coq-à-l’âne comme ce n’est pas permis, un des deux personnages s’adresse directement au spectateur à certains moments clés du film… Bref, leur interprétation (et celle des membres de la famille) rendent le tout à fleur de peau.

Tim Roth (Source: Allôciné.fr)

Tim Roth (Source: Allôciné.fr)

Là où ça coince, c’est le message peu subtil lancé. Effectivement, le film se veut une charge contre la violence médiatique. Jusque là, rien à dire. Sauf que le réalisateur s’attaque (de manière peu subtile, j’ai trouvé) à deux cibles: les jeux vidéos (une référence assez claire faite par un de deux psychopathes qui dit : « Joueur 1, deuxième niveau ») et la musique death metal, le hard metal. Entendons-nous bien: je suis loin d’être le plus grand fan de musique métal dans le monde. Je connais, par exemple, un blogueur qui s’y connaît plus que moi en la matière et aime bien plus que je ne peux aimer. 😉 Sauf que cette attaque en règle contre ces deux cibles, c’est tellement… facile. Je trouve qu’on est tombé à côté de la track. On s’entend tu que ça prend plus que des jeux vidéos et de la musique heavy metal pour tuer des gens ? Ça prend une perte d’humanité déjà à la base dans le psyché de ce genre de personne… Je veux dire, ça m’arrive et m’est arrivé d’écouter de la musique heavy metal et je joue parfois à des jeux vidéos qui peuvent, ma foi, être assez violent merci. C’est drôle, il ne me vient pas l’idée pour autant de tuer quelqu’un. Bref, il aurait été appréciable de sortir de ces clichés, j’ai pour mon dire.

Il n’empêche que le film, malgré son message un peu irritant à cause du manque de subtilité, vaut la peine de s’y attarder. Ne serait-ce que pour la « claque » cinématographique qu’il donne, l’interprétation incroyable des acteurs et la réflexion qu’il amène. Évidemment, pour les amateurs de films d’horreur où quelqu’un doit mourir atrocement tous les 10 minutes, on s’abstient. Le rythme est lent et se veut comme tel. Ce qui n’est pas une mauvaise chose car malgré cette lenteur relative, on regarde très peu sa montre, trop fasciné par ce qui se passe à l’écran.

Verdict du Satellite: 8.5/10

En terminant, je me permettrai un commentaire. Autant je déteste la cruauté dans la réalité, autant dans la fiction, elle me fascine. Je ne saurais trop dire pourquoi. Peut-être parce que l’idée qu’un humain puisse descendre, perdre son humanité au point de considérer le meurtre ou la torture comme une chose normale me fascine (et m’effraie à la fois).  Je veux dire, j’ai lu des romans comme Misery de Stephen King (une infirmière  qui séquestre son auteur favori pour l’obliger à continuer une suite de sa saga qu’il a achevée) ou les 7 Jours du Talion de Patrick Sénécal (un père dont la petite s’est fait tuer et violer séquestre l’agresseur de sa fille pour le torturer, d’ailleurs une adaptation cinématographique s’en vient) d’une traite avec horreur et à la fois fascination. M’enfin, je suis peut-être un grand malade aussi. Ça doit être tout ce heavy metal et ces jeux vidéos… 😉

Le billet du jour: Puisqu’on parle cinéma, je voulais souligner MFL qui nous annonce dans ce billet avoir obtenu tout récemment le titre de « Maître » en études cinématographiques (bref, maîtrise complétée). 🙂 Je trouvais ça le fun à souligner, même si je ne suis qu’un simple bachelier. 😉 Bravo encore, en tout cas  !

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4 Réponses

  1. Hey Merci 🙂

    Tu vises dans le mille avec cette critique!! C’est tellement juste. Pour un simple bachelier 😉 😉 😉

    T’inquiètes, je ne me prends pas au sérieux pour vrai Hi Hi Hi!

  2. Très intéressant, j’avais entendu parler de ce film. Faudrait que je m’y mette!

    Moi, en terme de métal, j’écoute du death, du black, du thrash, du speed, du power, du folk, du doom, du death mélodique, du death opera et même du viking, et il ne m’est pas encore venu à l’idée d’aller piller le village voisin 😛

  3. Voilà un film dont je n’avais jamais entendu parler mais qui me tente maintenant énormément. Le « metalhead » que je suis pourra ensuite confirmer le message véhiculé en allant massacrer la populace en citant quelques paroles du célèbre Duke Nukem.

  4. C’est un TRÈS TRÈS BON FILM! À vrai dire, Funny games (U.S.) est le meilleur film que j’ai vu en 2008. La caméra est bonne, de style classique, et le rythme est impitoyable. À voir!

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