Les boucs émissaires, encore et toujours

Le Point)

Image du tueur de Virginia Tech, ça fait froid dans le dos hein ? (Source de l'image: Le Point.fr)

C’est incroyable… Encore une fusillade cette semaine, cette fois à Toronto. Sans dire que ça se produit souvent, il faut admettre qu’il y en a à un rythme assez effarant depuis Columbine en 1999. Évidemment pas aussi grosse que dans la polyvalente du Colorado ou à Montréal en 2006 ou, 7 mois plus tard, en avril 2007 à Virginia Tech. Surtout que cette fois, il semble que ça se soit fait dehors surtout. Mais bon, c’était quand même dans un secteur scolaire. À l’époque, en avril 2007, j’avais écrit un texte intitulé « Les boucs émissaires » pour le Sans-Papier. Un texte qui avait d’ailleurs suscité quelques réactions. Je me permets donc puisqu’à chaque fois, ça me met la gueule à terre ce genre d’événements de reprendre le texte publié à cette adresse et de le mettre exceptionnellement ici. Pour ceux qui diront que je suis paresseux, tant pis pour eux, ça ne m’empêchera pas de le faire. 😛 Allez, ça commençait comme ceci:

Les mois se suivent et parfois se ressemblent. Il y a sept mois environ, on parlait d’une fusillade à Montréal et là, ces dernières heures, on parle d’une tuerie en Virginie. Même continent, le problème ne s’est que déplacé vers le sud. Pire, on a battu un record et on parle, peut-être, d’une des pires bourdes policières depuis un bail. Bref, tout pour que l’événement amène à jaser. Le nom du tueur, un sud-coréen d’origine au nom dont je n’arrive même pas à prononcer, est sorti ainsi que des détails sur son état dépressif, sur sa note misanthrope, etc. Et ça n’a pris que quelques heures pour que les classiques jeux vidéos, musique, Internet et médias soient ciblés comme responsable de cette tragédie. Vous savez, la grosse accusation, avec le doigt tendu et tremblant pour signaler qu’il ne fallait qu’un autre événement du genre pour que ces experts ressortent leur fiel sur la culture populaire de « nos jeunes ».

Bref, si on comprend bien, au-delà du jeune psychopathe (on peut parler de psychopathie quand un individu tue avec la froideur décrite par les survivants), les vrais coupables sont les médias. Hé bien voilà! C’est simple finalement. On a le coupable, arrêtez-le! C’est incroyable comment, dans les dernières années, on a pris les médias comme bouc émissaire. Les jeunes sont trop sexués : c’est la faute à Internet et aux magazines qui montrent des pubs trop osées. Il y a trop de violence dans les écoles : c’est la faute aux films violents et aux jeux vidéos. Il y a des jeunes qui commencent à fumer : on voit trop de fumeurs dans les émissions de télé et dans les films. Wow! Si on se fie à ces analyses, c’est surprenant qu’Internet, la télévision, les magazines, le cinéma et la radio ne soient pas illégaux. Mais est-ce que la corrélation n’est pas simpliste au maximum?

Oui, c’est vrai que les médias ont une certaine influence sur nous. On l’a abordé le mois passé avec les campagnes publicitaires et l’image d’un politicien qui influencent le vote. Mais attention! J’ai bien dit une CERTAINE influence. Parce que c’est très facile de prendre la discographie d’un tueur comme ceux de Columbine et dire : « HA! HA! Famili… Euh, je veux dire, c’est Marilyn Manson qui les a influencés pour commettre le massacre! » Je m’excuse, mais qui leur a mis un fusil dans les mains à ces jeunes? Marilyn Manson? Je ne pense pas. Peut-être qu’effectivement, juste avant le massacre, pour se pomper, ils ont écouté une dernière fois une chanson du chanteur, mais l’influence s’arrête là. Et regardons le profil fait du tireur de Virginia Tech : il était solitaire, sur les antidépresseurs, il ne parlait à personne, etc. Sans vouloir accuser qui que ce soit, ne pensez-vous pas que tous ces indices auraient dû allumer les lumières de plusieurs? Quand on regarde le profil de plusieurs tireurs comme celui de Dawson, on voit une belle corrélation. Une vraie, cette fois.

Pourquoi ils attaquent des écoles? Ne comprenez vous pas qu’ils frappent les édifices qui leur rappelle des souvenirs douloureux? Je veux dire que quand pour toi l’école est une torture, que tous les étudiants t’ignorent ou te ridiculisent et que personne ne s’arrête pour te demander comment ça va, t’offrir de l’aide ou, tout simplement, discuter avec toi… Disons que ça sent la bombe à retardement. Avouons-le, à certains moments dans notre cheminement scolaire, on aurait voulu nous aussi nous venger de ceux qui nous faisaient du mal, qui nous harcelaient, etc. Pourtant, la plupart de nous ne l’avons pas fait parce que nous avions la chance d’avoir des parents ou des amis qui nous supportaient. Mais laissez un individu tout seul avec de la colère… Les résultats sont presque toujours funestes. Alors là, si, en plus, il ne consomme que des médias qui contiennent de la violence, ça peut aider à déclencher le tout. Bien sûr, ils ne veulent pas toujours se faire aider et on ne peut prévenir la folie, mais il y a tout de même des signes qu’il faudrait prendre en compte.

Je me rappelle d’une entrevue que l’auteur d’horreur Stephen King avait fait, je crois, au début des années 90. L’intervieweur lui avait demandé si le fait que ses romans soient adaptés au cinéma n’allait pas provoquer une vague de violence. Il avait répondu très calmement en racontant une anecdote. Dans l’année de la sortie du film Psychose (Psycho) d’Alfred Hitchcock, on avait accusé le film d’avoir influencé un homme à assassiner sa mère à coup de couteaux. Pourtant, comme le raconte King, quand on a commencé à s’intéresser à l’histoire personnelle de cet homme, on s’est rendu compte qu’il était déjà psychotique et que, oui, il avait vu le film d’Hitchcock… 60 fois! Forcément, ça finit par légèrement influencer le comportement. Comme dit alors l’auteur, il y avait déjà un terreau fertile pour y planter des idées macabres. Mon grand-père aime l’horticulture. Il ne nous a pas donné beaucoup de cours, mais il nous a dit cette évidence : « Les plantes ne pousseront pas dans une terre infertile. » Combien de millions de personnes ont acheté un disque de Marilyn Manson? Combien de millions vont sur Internet? Ou ont joué à des jeux comme Grand Theft Auto? Sont-ce tous des psychopathes pour autant? Non.

Bien sûr, on me sortira l’argument qu’on savait déjà cet état de fait, mais qu’on devrait cesser de banaliser la violence comme on le fait présentement. C’est vrai que nous sommes plus exposés à la violence qu’à d’autres époques puisque nous sommes dans un monde de communications, de médias rapides et qui affichent des images toujours plus chocs dans un désir de reflet de la réalité. Mais de là à dire qu’il s’agit d’un problème contemporain… J’ai des doutes. En fait, je crois que c’est un problème qui date de quelques années avant. Environ 5000 ans. Parce que, mes chers amis, si vous croyez que nos ancêtres étaient des pacifistes qui chantaient les louanges de la paix, l’amour et l’amitié… Hiiii! On n’a qu’à nommer les guerres du Moyen-Âge, la chasse aux sorcières, les guerres antiques, les invasions barbares, etc. Désolé, mais il y a une époque où des gens allaient régulièrement s’extasier en voyant des gens se faire mutiler par des gladiateurs ou dévorer par des fauves! Sans oublier les multiples joies d’assister à des crucifixions en direct, des flagellations publiques ou, mieux, à voir des gens mourir de faim et de soif en face de chez soi, prisonniers de cage accrochés à des arbres de la municipalité. Puis, que dire des conquêtes? Est-ce qu’on s’entend pour dire que les Espagnols, par exemple, n’ont pas salué les Aztèques avec des chansons d’amour et des fleurs? Ils les ont salués à coup d’arquebuses, de canons et de cavaliers prêts à dépecer de l’autochtone. Ces mêmes Aztèques qui faisaient de « pacifiques » sacrifices humains avec les peuples qu’ils conquéraient…

Bref, la violence est humaine. C’est navrant, mais c’est factuel. De plus, dans une société individualiste à l’extrême dans laquelle on se doit d’être le plus discret possible, où on réprime tous les sentiments, il n’est pas étonnant de voir que l’homme qu’on a tenté de civiliser, sans défouloir quelconque, se « rebelle » un tant soit peu. Et je dis l’homme parce que malheureusement ces tueries sanglantes n’ont été effectuées, pour l’instant, que par des hommes. Pourtant, les femmes aussi sont violentes, très violentes… mais d’une autre manière. Mais bon, ici, on ne fait pas un essai sur la violence plus que sur le réflexe automatique de pointer un bouc émissaire sans jamais chercher à creuser plus loin. C’est vrai que c’est facile d’accuser Internet, par exemple. Ça soulage : ça met un visage rapide sur la tragédie. Mais est-ce la bonne attitude? Peut-être, quand la douleur de l’échec de la civilisation est trop vive.

Or, quand le mal s’estompe, ne devrait-on pas traiter la blessure avec un désinfectant plutôt que de mettre un diachylon qui va se décoller rapidement? Je sais, le désinfectant chauffe et est douloureux. Au moins, il fonctionne réellement.

Alors, qu’en pensez-vous ? Évidemment, c’était un point de vue au niveau des médias que je trouvais que c’était facile de pointer du doigt alors que la responsabilité est plus globale. Puis, bon, le style n’était pas encore tout à fait à point, mais c’était quand même mieux que mes premiers articles de l’époque… Les événements de cette semaine n’ont peut-être pas tant de choses en commun mentionnées ci-haut. Mais un événement de la sorte rappelle qu’on parle peu des douleurs que certains peuvent vivre à l’école ou dans la société. Attention, ça ne justifie aucunement leurs gestes mais ça prouve qu’il y en a qui souffre… Bref, on s’en reparle dans les commentaires ? 😉

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3 Réponses

  1. C’est dans des moments comme ça que j’ai tout simplement envie de raccrocher mon clavier, de laisser tomber mon blogue et de simplement me concentrer sur la lecture de billets comme ceux-ci.

    Je ne vois pas comment j’aurais pu pondre un tel texte, d’une telle pertinence, et qui met exactement le doigt où ça fait mal (et dire qu’on a pas de Flex-O-Flex sous la main…)

    Plus sérieusement, superbe réflexion, qui malheureusement, ne semble pas vouloir être reprise par la population et les têtes dirigeantes, pour qui il sera toujours plus facile de désigner un coupable, le plus intangible possible, à chaque fois qu’une tragédie du genre se produit…

  2. Il y aura toujours quelques fous en liberté. On ne peut malheureusement rien faire contre ça.

  3. @Blogue l’Éponge> Allons, ne raccroche pas ton clavier… Premièrement, parce que c’est difficile de raccrocher un clavier, il va tomber, tu vas sacrer, c’est pas bon pour ton coeur. 😉 Deuxièmement, parce que j’aime trop ton surnom de Blogue l’Éponge pour que tu disparaisses comme ça. 😛 Sérieusement, merci bien. C’est une réflexion que j’avais depuis fort longtemps, il faut le dire.

    @Louis-Philippe (tiens, je laisse tomber le nom de famille, ça fait plus sympathique 😉 )> Tu as tout à fait raison. Ça n’empêche pas qu’on doit se poser des questions sur le sujet et qu’il y a une réflexion de société qu’on doit avoir et qui doit aller au-delà du simple: « Maudits films violents et jeux vidéos violents ! »

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