Ursus horribilis ?

Je l’ai déjà dit auparavant, j’aime bien les ours. Je ne dis pas que je vivrais auprès d’eux, mais ces mammifères me fascinent. Surtout en fait par la « démonisation » excessive qu’on a fait d’eux. Ce que vous voyez ci-haut, c’est un grizzly. Mais saviez-vous que son nom latin de classification est l’ursus arctos horribilis ? Et pas besoin d’avoir pris un cours de latin avancé pour comprendre le sens du terme horribilis… L’homme a toujours eu peur de son ombre, on s’entend ? Alors, pas étonnant qu’il ait eu peur d’une créature de 500 à 750 kilos, massive et forte. Sauf que est-ce qu’on ne l’a pas dénigrée injustement et, en la rendant monstrueuse, n’avons-nous pas créé une situation où on a menacé l’existence même de cette espèce sur la planète ? Car cherchez des photos de grizzly sur le Web. Les premières que vous allez trouver sont inévitablement les fameuses poses où on voit des spécimens gueulards, sur ses deux pattes, les crocs sortis et ayant l’air de vouloir vous dévorer la gueule.

Par contre, tout bon zoologiste vous dirait que cette position n’est que très rarement prise par les ours, sauf en cas absolu où il doit terrifier celui qui menace son territoire ou les oursons. Majoritairement, ils fuiront le danger ou laisseront la chance à « l’adversaire » de reculer plutôt que de se battre. « Oui, mais cette athlète québécoise qui a été tuée sauvagement il y a 3 ans en Alberta par un ours brun ? Elle n’avait rien fait de mal. » Malheureusement pour elle, ce qu’elle ne savait pas, c’est que des services de la faune avait déménagé l’animal auparavant plus loin. Or, pas assez loin: on a déjà relocalisé des ours bruns à 200 km  de leur territoire et ils avaient fini par revenir au bout d’un certain temps. Ainsi, peut-être que le jeune ours de 4 ans a associé humain = enleveur de territoire = menace. Mais je crois davantage à une théorie qui veut que malheureusement, la jeune athlète, en courant, soit entrée trop rapidement dans le « territoire personnel » de l’ours (zone périphérique d’environ 50m autour de l’ours, sa « bulle » si on veut) sans prévenir. Ainsi, n’ayant pas entendu la femme s’approcher et la voyant soudainement dans son territoire personnel, il a paniqué et cru à une attaque.

Pourquoi je parle de tout ça ? Parce qu’hier, à RDI, je suis tombé sur une reprise de Découverte qui parlait d’un homme canadien qui élevait des oursons orphelins dans une zone de Russie pour ensuite que ceux-ci puissent rejoindre la nature et qu’ainsi l’espèce se propage cet endroit qui était un Eden pour les ours. Malheureuseument, le documentaire n’est pas disponible sur le site de Découverte car les droits sont à la BBC, mais il n’empêche que j’avais les larmes aux yeux en voyant le travail admirable de l’homme et surtout de la triste fin où des braconniers et chasseurs russes ont buté tous les ours de cet endroit (le gars avait réussi à en réintégrer une vingtaine ou une trentaine je crois). Phoque ! Tout ça pour dire que l’homme se promenait dans la nature avec les oursons pour leur apprendre la pêche entre autres, et il marchait au travers d’ours déjà là (ne faisant pas partie de ceux réintégrés par l’homme), sans peur. D’ailleurs, c’est ce qu’il disait: « Je n’ai pas peur, je m’avance toujours doucement leur donnant la chance de reculer et je parle d’une voix forte et claire. » On voyait alors de gros mâles partir tranquillement, sans agressivité et impressionné par la dominance de cet homme qui ne démontrait aucune crainte. De plus, il faut dire, l’homme traitait les ours avec respect contrairement à des concours cruels (qu’ils ont montré) où l’on voit des chiens de chasse russes harceler un grizzly au bout d’une chaîne et c’est celui qui démontre le plus de résistance et dominance face à l’ours agressif qui est déclaré meilleur chien de chasse. Oh ! Et qu’arrive-t-il si l’ours n’a pas envie d’être agressif envers les chiens (ce qui arrive souvent) ? On lui tape sur le museau jusqu’à ce qu’il s’énerve… On est brillants, hein ? Sans compter qu’après, évidemment, il est soit tué soit mis dans une cage tellement petite et insalubre qu’il va finir par mourir de ces mauvais traitements.

Bien sûr, je ne dis pas que les attaques de grizzly n’existent pas et qu’il n’y a pas quelques grizzlys qui sont plus prédateurs de l’homme (mais c’est TRÈS rare), mais majoritairement elles ont toujours un fond d’explication naturelle (affamés, se sentant agressés, perte de territoire, relocalisation, violence envers eux, etc.). Le mythe de l’ours mangeur d’hommes pour le plaisir de la chose n’existe que dans les légendes ou ça…

Quand j’ai vu cette affiche de film de série B voire Z, j’ai hurlé ! Oh, si vous voulez l’histoire complète (en anglais) de cette merde où des jeunes se font bouffer par des loups et des grizzlys enragés (car on sait qu’ils n’existent que pour ça, voyons !), c’est par ici. C’est ce genre de films de série Z (pour Zzzzzzzzz, je ronfle car c’est poche) qui n’aident pas les gens à vouloir conserver ces espèces. Car qui voudra protéger des soi-disant « mangeurs d’homme » ?  Surtout qu’on connaît des moyens pour éviter une confrontation avec eux: si vous vous promenez dans un bois ou sentier où il est connu qu’il y ait des ours, promenez-vous avec quelque chose qui fait du bruit pour les éloigner (une clochette, par exemple, ou uniquement parler avec quelqu’un), évitez de laisser traîner de la bouffe en camping pour ne pas les attirer (allô, ils sont omnivores… ils vont n’en faire qu’une bouché de vos sandwiches !), si vous en rencontrez un, évitez de courir et hurler: éloignez-vous tranquillement de l’animal ! En cas de pépin, il y a toujours l’utilisation de poivre à ours qui est beaucoup moins dommageable pour l’animal: ça évite de tuer une espèce menacée et l’animal va apprendre à ne plus s’attaquer à l’homme ! Évidemment, ce ne sont pas des nounours: ils ont la possibilité d’être agressifs. Mais il suffit d’être prudent et informé sur l’animal et quoi faire et ne pas faire pour éviter des mauvaises rencontres.

Bref, quand je vois que même dans la taxinomie latine de l’animal, il y a l’idée que ces animaux sont horrifiants et une menace pour nous, je me dis que Charlie Russel, l’homme du documentaire, a raison de dire qu’il y a tout un travail à faire pour démystifier l’animal et se rendre compte qu’une simple notion de respect dans nos rapports avec eux serait une grande chose pour le bien de la nature. Les Premières Nations, qui le considèrent comme sacré, l’ont appelé « frère des hommes ». Si les Amérindiens qui n’avaient pas de fusil de haute pointe et pas d’autoroutes et de villes pour se protéger des ours considéraient celui-ci comme un frère, il y a peut-être une réflexion à avoir ici, non ?

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3 Réponses

  1. Moi je dirais plutôt qu’avec « ses fusils de haute pointe, ses autoroutes et ses villes », sa pollution, son amour irréfléchi de l’avoir et surtout la façon dont il traite les animaux de nos jours (et j’inclus ici les amérindiens contemporains, qui pillent et braconnent en invoquant les droits ancestraux) c’est nous qu’on devrait nommer horribilis… hominem horribilis!

  2. Je n’ai pas vu le film, mais ça a l’air du genre: remplacez requin par ours, remplacez océan par forêt, remplacez adolescent éviscérés par… non, gardez adolescents éviscérés, c’est vendeur. Et voilà un Jawz des bois.

    Je n’ai jamais rencontré d’ours autre part qu’au zoo mais je peux respecter la bête tout en la craignant. Incroyable le truc de l’éleveur.

  3. @Molécule> Je ne pourrais dire plus juste ! 😛
    @Leif> Ouais, de toute façon, je crois que c’est un film qui est allé direct en DVD (grosse surprise ici !). Et tu as raison, je ne dis pas qu’il faut aller prendre les animaux direct dans nos bras en disant: « Je t’aime, je t’aime, je t’aime… » MDR Ça reste tout de même des animaux sauvages imprévisibles, mais faut arrêter de croire que ces animaux n’existent que pour nous tuer. La plupart du temps, ils sont bien plus effrayé par nous que l’inverse. Il y a seulement 3 morts par année en Amérique causées par des grizzlys… Il y a plus de monde qui meurent des abeilles et des serpents… Et là, je dis pas qu’il faut éliminer les abeilles et les serpents ! Wô ! Je dis juste que ça prouve que c’est plein plus les grizzlys qui pourraient faire des films d’horreur avec des humains qui les tuent que le contraire. 😉

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