
Je parlais d’écriture avant-hier et s’il y a un film qui parle bien de l’obsession de l’écrivain, c’est le film Capote avec Phillip Seymour Hoffman qui a remporté le prix du meilleur acteur en 2006 pour sa performance hallucinante du célèbre écrivain Truman Capote. Il n’imite pas l’écrivain, il est possédé par lui carrément. J’ai vu le film deux fois : une fois en version originale en DVD et aujourd’hui à Télé-Québec (d’ailleurs, je suis surpris, la version française n’était pas si mal… pas aussi bonne que la version originale mais quand même). Le film décrit toute la recherche et le processus d’écriture de son chef-d’oeuvre, De sang froid, un roman réalité basé sur le quadruple homicide d’une famille du Kansas. Au fil de ses recherches obsessives, il se lie d’amitié solidement avec Perry Smith, un des deux meurtriers. Il faut dire qu’il se reconnaît en lui, il aurait pu faire les mêmes choses car tous les deux ont eu une enfance trouble. Sauf que lui est devenu un écrivain flamboyant, bête sociale et populaire alors que ce jeune homme est devenu un assassin qui finira pendu. Le livre prendra tellement toute son énergie et le videra de ses forces: ça sera la chimère qui le tuera. Déprimé, vidé et plongeant dans l’alcool sans jamais s’en sortir (malgré des tentatives de réhabilitation), il mourra à peine un mois avant ma naissance en août 1984 de complications liées à son alcoolisme.
Bref, je voulais vous convaincre de un, voir l’excellent film (juste la performance de Hoffman vaut à lui seul le coup d’oeil, la subtilité de son jeu derrière ses yeux bleus perçants) et de deux vous donner l’exemple à quelle point l’obsession d’une bonne histoire pour un écrivain peut le mettre dans tous vos états. Autant il y a une euphorie, autant il peut y avoir des moments de déprime profonde. C’est vraiment intense. Je ne saurais vraiment l’expliquer. Une fois que tout est mis en place, que la recherche (s’il y en a besoin) est faite et que vous avez placés les pions de votre histoire dans votre tête, vous perdez le sens des réalités et vous écrivez jusqu’à une fatigue mentale. Puis là, vous faites autre chose carrément pour mieux y revenir. C’est dément à quel point il y a presque une perte de conscience de soi. En écrivant de la fiction, on finit par se laisser aller par les personnages et eux seuls guident les conversations. Au point qu’on se relit et on se dit: “Hein ? J’ai écrit ça ?” Ça a l’air dément, hein ? Mais c’est ça. Bon, par contre, je n’ai toujours pas répondu à la question que Pascal (auteur du blogue que je “plogue” trop mais je suis trop passionné pour arrêter, Mon petit nombril) m’a posée lundi… J’y répondrai demain ou après-demain. Là, je vais me reposer.
Ouh, en passant, Verdict du Satellite pour Capote: 9.5/10. C’est formidable. Malgré une certaine lenteur du récit, on ne s’ennuie jamais et on est fascinés par la performance du génial Phillip Seymour Hoffman et par le personnage de Truman Capote. Un écrivain ouvertement homosexuel dans les années 60 d’ailleurs, ce qui étonne (bon, c’était “permis” pour la gent artistique de l’époque mais habituellement il fallait être tout de même discret dans ses relations).
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