Homophobie: la peur qui tue

Aujourd’hui, c’est le 17 mai. Ça devrait être banal. Après tout, on se retrouve entre deux fêtes commerciales (fête des Pères et fête des Mères) et on est direct à la mi-mai. Pourtant, il y a une journée internationale importante. “Ah ! Pas une autre !” Hé oui, aujourd’hui, c’est la journée internationale contre l’homophobie. Bon, vous allez me dire que je suis dépassé, qu’on n’a plus de problèmes du genre au Québec et blablabla… Sauf que ce n’est pas tout à fait vrai. Certes, le Québec et le Canada sont les meilleurs endroits au monde pour l’homosexualité, mais cette situation est relativement précaire, toujours sur le point de basculer avec des gouvernements conservateurs au Québec et au Canada. Après tout, le “sympathique” Stephen Harper n’a-t-il pas tenté de renverser, lors des premiers mois de son mandat, la décision concernant les unions gaies au pays ? Évidemment, ça n’a pas passé. Les 3 autres partis d’opposition se s’y ont opposés farouchement. N’empêche qu’il ne suffirait que d’un petit gouvernement majoritaire à Harper…

Et puis, sommes-nous aussi à l’aise face à l’homosexualité que nous le prétendons ? Car, selon les sondages, nous sommes des modèles de tolérance. Pourtant, il ne suffit que de se reporter d’un an à peu près… Vous savez, ce “charmant” vieux Saguenéen qui est allé dire tout haut ce qui bien des gens ont dit tout bas ? Bien que les chefs des deux autres partis n’aient pas voulu s’associer à de telles accusations, les journalistes qui sont allés sur la route durant la campagne électorale de 2007 en ont entendu des propos ahurissants d’homophobie. Et soyons sincères: qui n’a pas utilisé les mots fif, tapette ou pédé dans de multiples instants du quotidien ? Bien sûr, vous ne le dites pas (toujours) avec l’intention cachée de blesser les homosexuels. N’empêche que vous savez très bien aussi que ce sont des insultes dont on se sert envers eux. Anecdote personnelle: Un jour, je suis dans un parc et il y a une petite famille qui pique-nique sous un arbre. Famille traditionnelle: le père, la mère et deux garçons. Un doit avoir 6 ans et l’autre 11 ans environ. Le plus vieux dit à son frère : “Hé, t’es ben con ! T’as failli me renverser de la moutarde dessus !” La mère et le père s’exclament: “Hé ! Jonathan (nom fictif), t’arrêtes d’appeler ton frère de même !” Il se passe deux-trois minutes puis ce même Jonathan regarde une voiture qui passe et dit à son père: “Regarde ‘pa, le char de fif !” Là, c’est drôle, le père n’a fait que lever la tête, hocher la tête en signe d’approbation et est retourné à sa bouffe. Pourtant, le fils a encore utilisé une insulte. Il a dû répéter fif a une quinzaine de reprises dans un délai de cinq minutes.  Personne n’a levé le ton et n’a dit quoique ce soit. Et son petit frère, appelons-le Nicolas, qui doit admirer le grand frère retiendra que “on ne peut pas dire con, mais je peux dire fif sans problèmes”. Évidemment, Nicolas ne sait pas ce que ça implique. Jonathan non plus probablement. Mais papa et maman, eux ? Ils doivent bien savoir le poids des mots. Après tout, ça pourrait être leur fils qui serait appelé de la sorte. Et si on reprenait la même scène mais 10 ans plus tard et nous supposons que Nicolas commence à se rendre compte qu’il est homosexuel. Comment il réagira aux “fif” de son frère ? Et est-ce qu’il verra son père approuver ce genre d’insulte gratuite d’un hochement de tête à nouveau ?

Puis, il n’est pas vrai que ce ne sont que des mots. L’homophobie verbale n’est qu’une étape. Certains vont jusqu’à la violence et, ce, même au Québec. Aux États-Unis, selon le HRC (Human Rights Campaign, un organisme qui défend les droits des gays et lesbiennes aux États-Unis) un crime haineux sur 6 est lié à l’identité sexuelle d’une personne. Évidemment, par crime haineux, on parler autant de vandalisme jusqu’au meurtre. Puis, il y a la discrimination sélective pour les logements, l’emploi, etc. Dans 33 états sur 50, aux États-Unis, il est légal de virer quelqu’un à cause de son orientation sexuelle ! Bien sûr, certains me diront que ce n’est pas ici. C’est pourquoi on dit que c’est la journée INTERNATIONALE de lutte contre l’homophobie.

Saviez-vous que dans 7 pays du monde

  • Iran
  • Arabie Saoudite
  • Émirats Arabes Unis
  • Yémen
  • Soudan
  • Mauritanie
  • Nigéria

on peut vous tuer pour votre orientation sexuelle ? Et que dans 76 pays et 6 entités (provinces, états, , régions, etc.), on peut être emprisonné pour son orientation sexuelle ? Je vous épargnerai la longue liste.

Vous connaissez l’Iran ? Vous savez cet endroit magique sur Terre où il n’y aurait pas d’homosexuels ? Hé bien, s’il n’y en a “supposément” pas sur le territoire, il semble que le pays s’occupe de ceux des autres (ou bien, il semblerait qu’il y en ait finalement) car depuis 1980, le pays aurait exécuté, selon Amnesty International, 4000 homosexuels. Un chiffre très vague et qui en cache plusieurs autres faites plus officieusement. Les techniques de mises à mort: décapitation ou coupé en deux par une épée, lapidation, brûler vif ou jeté d’un immeuble ou d’une montagne. Plein de tendresse, n’est-ce pas ?

Oui, l’Iran est le summum de l’extrémisme homophobe. N’empêche que bien des gens ont le même genre de pensées et qui rêvent, dans un coin interdit de leur tête qu’on tue les homosexuels.

C’est pourquoi aujourd’hui, ça sera mon seul article sur le blogue. Pour laisser la place à tous ceux qui sont morts ou emprisonnés d’aimer ou d’avoir aimé une personne du même sexe. Je n’ai jamais vraiment compris tout le mépris que peuvent avoir certains face à l’homosexualité. Mise à part ce qui se passe dans la chambre à coucher, en quoi sont-ils différents ? Ils font rouler l’économie, ils sont des contribuables comme les autres, ils mangent les mêmes trucs, vivent les mêmes joies et peines que la société en général… Parmi eux, il y a de bons samaritains, des irresponsables, des salauds, des grandes âmes; ils sont docteur(e)s, acteurs(trices), éboueurs (euses), planificateur (trice) financier, comptables, journalistes, athlètes, architectes, directeurs (trices) de marketing, etc. Il y en a des petit(e)s, des moyen(ne)s, des grand(e)s, des maigres, des gros(ses), des musclé(e)s, des blond(e)s, des brun(e)s, des poilu(e)s, des imberbes, il n’existe donc pas vraiment de look similaire pour tous. Ce n’est pas écrit sur leur front et comme le dit la campagne de cette année, ce n’est pas une maladie. En fait, depuis 1973, ce n’est plus considéré comme une maladie par les psychologues et l’Organisation Mondiale de la Santé. Pourtant, certains croient encore qu’on peut l’attraper ou, mieux encore, que l’on fait la promotion de l’orientation sexuelle. Euh… il est faux de croire que ça se choisit. Si un hétérosexuel très hétéro appelle à Gai-Écoute, il restera hétérosexuel même s’il devait discuter 12 heures avec un intervenant. Néanmoins, cette idée d’une promotion de l’homosexualité reste ancrée chez certains parents QUÉBÉCOIS qui refusent que le numéro de Gai-Écoute se retrouve dans les bottins d’étudiants dans les écoles secondaires (et on ne parle pas juste d’écoles religieuses ici, en 2005, 50 % des écoles secondaires n’avaient toujours pas le numéro dans leur bottin scolaire). Or, c’est exactement dans cette tranche d’âge que se définit majoritairement l’identité sexuelle et ce genre de services gratuit est essentiel pour les jeunes de cet âge.

Je m’adresse aux parents. Certains veulent bien faire et se mettent à questionner leurs jeunes sur leur orientation et de manière insistance. Ce n’est pas la bonne façon. En cette journée de sensibilisation, je vous dirais : soyez ouverts. Montrez votre ouverture dans vos propos face à l’homosexualité, éduquez vos jeunes sur le sens péjoratif qu’on a donné aux termes fif, tapette et pédé et restez positifs face à la vie homosexuelle. C’est-à-dire que n’épouvantez pas vos enfants avec ce qu’il pourrait arriver s’ils étaient homosexuels. Comme je l’ai dit, plusieurs homosexuels font de très belles vies, seul leur sexualité est légèrement différente de celle hétérosexuelle (et bien des hétérosexuels sont plus tordus sexuellement qu’on ne l’ose imaginer, regardez le président de la FIA !). Donc, ne pressez rien, ne cherchez pas l’aveu de force ! Lorsqu’il (ou elle) sera prêt(e), il (elle) viendra vous en parler. Mais dans un univers d’ouverture, il est plus facile pour un jeune de s’affirmer que le contraire.

Bref, en cette journée contre l’homophobie, j’aimerais qu’on réfléchisse ensemble à ce fléau qui parcourt la planète. Cette peur qui tue des milliers de personnes. Il n’est déjà pas facile d’avouer à soi-même son orientation sexuelle, si nos propres paires veulent nous tuer ou faire de nous des citoyens de seconde zone car nous éprouvons des sentiments d’amour face à des membres du même sexe… C’est pourquoi, alors, certains ne voient qu’une solution, mourir. Je ne dis pas que l’on doit interdire les plaisanteries face aux homosexuels. Tout dépend du ton. Si c’est réellement juste pour les taquiner, c’est très bien. Après tout, j’en connais (des homosexuels) qui connaissent de très bons gags d’homosexuels. :P Ce que je dis, c’est que quand les gestes et les propos deviennent agressifs et méchants, il y a un problème.

Pour d’autres informations sur la journée internationale, allez ici. Je me permets de vous envoyer aussi à cette très intéressante discussion qu’il y eu en décembre 2005 aux Francs-Tireurs avec Laurent McCutcheon, président de Gai-Écoute, Daniel Pinard et Dany Turcotte (le tout, dirigé de main de maître par Patrick Lagacé). Finalement, je vous laisse les coordonnées de Gai-Écoute et une vidéo très touchante faite par le HRC l’an dernier sur, justement, le Matthew Shepard Act, une loi qui vise à diminuer les crimes haineux aux États-Unis.

Gai-Écoute. Téléphone (Montréal): (514) 866-0103 / (Régions) 1 888 505-1010

4 Réponses

  1. Wow!

    Je suis soufflée par la qualité de ton texte!

    Qu’est-ce que je peux ajouter à ça?

    Je l’endosse à 99%.

    La seule partie que j’aime moins, c’est sur la question de vocabulaire. Je trouve qu’on devient trop politically correct. Moi-même, étant une bisexuelle (presque) notoire, j’utilise des mots comme fif et tapette dans certaines situations. C’est sûr que des fois, je pourrais dire autre chose que “il danse comme une tapette” pour illustrer mon propos mais de l’autre côté, ces expressions sont elles-mêmes aussi très utilisées dans le milieu gai.

    Il y a une différence à mon avis entre traiter quelqu’un de tapette et dire qu’on agit comme une tapette. Pour moi, le mot tapette est associé à un certain type de comportement et non à une orientation sexuelle définie.

    Évidemment, tout le monde ne peut pas être d’accord avec ma vision, je suis bien consciente que ça peut choquer des gens, l’utilisation de ces termes…

    Mais de l’autre côté, on utilise sûrement à tous les jours d’autres mots qui font “mal” à d’autres personnes alors que c’était bien involontaire. À mon bureau, on a une espèce de secrétaire freak qui hurle à chaque fois qu’elle entend un sacre. Ça l’agresse, elle le prend personnel. Et pourtant…

    S’attaquer aux attitudes, aux comportements… avant le vocabulaire ;)

    Tu comprends ce que je veux dire?

  2. @Noisette> Oui, tout à fait. En fait, moi aussi ça m’arrive de dire des trucs comme “pleurer comme moumoune” ou même de glisser un “c’est fif” de temps à autres. Je dirais que, par contre, il faudrait peut-être… Exemple, un jeune dans une cour d’école traite un autre garçon de “fif” méchamment, il ne faudrait pas laisser l’affaire traîner. Il faudrait expliquer que dans ce contexte, c’est des propos haineux. Mais je comprends ton point. En fait, c’était juste de réveiller au niveau de faire attention de comment on utilise ces mots, je pense. Là, je te reposerai la même question: tu comprends ce que je veux dire ? :P

  3. Je comprends tout à fait et je suis d’accord avec toi. Quand c’est prononcé de façon clairement haineuse, il faudrait le temps d’expliquer à ces jeunes que c’est inacceptable comme comportement.

    Je ne fréquentais pas une école mixte au secondaire mais j’ai cru comprendre que ça jouait assez heavy dans les polyvalentes quand un jeune homme était soupçonné d’être gai. Je parle à l’imparfait mais en fait, je crois que c’est encore comme ça, malgré toute la prévention.

    C’est un combat de longue haleine mais j’ai l’impression qu’on a quand même avancé. Mon père était du genre à tenir des propos homophobes jusqu’à ce que je lui annonce que tel ami qui venait tout le temps souper à la maison (et qu’il aimait beaucoup) était justement un “fif”. Ça a changé sa perspective. :)

  4. @Noisette> Oh oui, je n’ai été que dans des polyvalentes mixtes, je peux te le dire ! ;) Est-ce que c’est encore comme ça aujourd’hui ? Possible, oui. Mais je pense aussi et ça, c’est un autre débat, mais que les ados ont déjà de la difficulté à être différents car on privilégie la notion de “groupe” dans ces années-là. Donc, être petit, grand, gros, maigre, cheveux teints, cheveux longs, cheveux courts, gai, bisexuel, et etc., ça fait peur. Or, comme tu vois, finalement, tout le monde a ses différences physiques et intérieures déjà à cette époque mais tout le monde se fait croire qu’il fait partie de la masse. C’est compliqué en maudit en tout cas !

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