
Voici, comme promis, ma critique de Junior, un documentaire sur le hockey junior majeur du Québec. Tout d’abord, je mets les choses au point: je n’ai jamais joué au hockey de ma vie (à part en éducation physique et même pas sur glace). Je patine aussi bien qu’une otarie marche (sans offense pour les otaries !). Donc, je n’ai jamais connu le soi-disant buzz du samedi matin où mon père m’aurait emmené pour mes parties de hockey (quoiqu’il aurait probablement aimé le faire). Je suis capable de regarder du hockey (il y a pire sport à voir disons !), mais je ne me précipiterai pas devant la télé pour un match. Donc, ma vision du sport était – comment dire – plus critique que les fans. Donc, peut-être que ma vision de Junior ne sera pas votre vision du film si vous idolâtrez le sport.
Mais, comment dire, j’ai trouvé que c’était la désillusion du hockey. Moi qui, peut-être mon fond québécois, aurait parfois rêvé jouer au hockey et superbement bien pour qu’on parle de moi en bien à 110%, je suis finalement bien content d’en avoir jamais fait après avoir vu ce film. Tout d’abord, explication sur ce qu’est le film: nous suivons une saison dans la Ligue de Hockey Junior Majeur du Québec. Le focus: les joueurs du Drakkar de Baie-Comeau et leurs entraîneurs, agents, etc. On n’y voit pas la famille ni les blondes, copines, amis; juste l’univers hockey. En fait, même, on ne voit aucune partie de hockey à part, peut-être, lorsque les joueurs regardent leur piètre performance (tentative de leur coach de les brasser) et encore, on focusse sur les visages des joueurs et de l’entraîneur. En fait, le film n’a aucune narration, aucun intervenant ne parle directement à la caméra. C’est du docu-réalité: on a la chance d’assister à des moments auxquels les spectateurs n’ont jamais accès (sauf peut-être dans des fictions et encore…). Bref, on est carrément témoins de divers événements qui ponctuent la saison jusqu’au repêchage de la LNH. Et on se sent privilégié d’assister à de tels moments car c’est vraiment l’envers de la médaille et ouf… Comme je le disais, je n’ai pas senti chez les joueurs le goût de jouer tant que ça.
En fait, ça devient tellement une business à ce niveau: les joueurs sont des pions qu’on échange au gré de nos humeurs et de nos résultats. Certains vont me dire: mais franchement, ils ont pris la pire équipe de cette saison pour leur film. Normal que les joueurs soient coup-ci, coup-ça. Premièrement, ils atteignent quand même les séries donc, pas si nuls et vous avez raison, peut-être, mais comment dire ? Je ne suis pas certain que les résultats auraient été plus probants de joie de vivre avec les Remparts, par exemple, ou les Saguenéens. Vous savez, des fois, je trouve que les joueurs de hockey ont l’air débile: pas capable de s’expliquer, toujours sur la défensive, etc. Mais avec Junior, j’ai compris pourquoi: on les débilise, par bout. T’as, premièrement, les agents (alias les gars qui cherchent à faire la piastre) qui se mêlent des performances des joueurs qu’ils représentent. Mais, comme le dit un des assistants du coach dans le film (je vais éviter les sacres ici): ce sont des notaires (bon, ici, c’est peut-être gros, mettons que ce sont des financiers en tout cas), qu’est-ce qu’ils connaissent au hockey ? Pourtant, Dieu que les joueurs les écoutent et avec raison: ils sont convaincus que ce sont eux (et c’est en partie le cas) qui les emmèneront dans la LNH. Puis, lorsqu’un joueur a des doutes ou n’est pas d’accord avec une décision, on se met à 3, 4 ou 5 adultes dessus pour prendre le dessus et faire passer les idées. Un exemple: dans le film, un des joueurs anglophones de l’équipe allait se faire échanger à l’équipe de l’Île-du-Prince-Édouard. Pour lui, c’était une bonne affaire: plus proche de l’université où il avait appliqué et de sa famille à Halifax. Puis, un coup de téléphone et, finalement, il sera échangé à l’équipe de Chicoutimi et il doit rejoindre l’équipe à Québec le soir-même. Alors qu’il refuse et va dans le bureau de l’entraîneur pour manifester son mécontentement d’avoir à prendre sa décision (et son autobus pour Québec) dans une dizaine de minutes, on le bombarde à 4-5 adultes d’arguments pour s’essayer, y aller, que s’il refuse, il n’aura jamais de chances de continuer dans le hockey, etc. Finalement, après plusieurs minutes, le joueur finit pas décider.
Big deal ! Le garçon a 17 ans et ils sont 4-5 adultes à l’influencer, comment voulez-vous qu’il prenne une décision réfléchie dans ce genre de situation ? Pourquoi pas juste le coach-joueur ? Parce qu’il faut l’influencer à faire ce qu’on veut (et la direction et les actionnaires veulent). Bref, imaginons qu’on sert ce traitement à un jeune homme depuis qu’il a 9-10 ans… pas étonnant, alors, que les joueurs de la LNH aient l’air aussi niaiseux, incapables d’avoir une opinion qui a du sens ! Oh, et il ne faut pas croire que les jeunes hockeyeurs soient blancs comme neige: ils développent aussi la grosse tête – grâce entre autres à des partisans qui les idolâtrent comme des dieux - et, comme je le disais, ils ont entre 16 et 20 ans. Or, entre 16 et 20 ans, on ne veut pas être adulte: on veut fêter, vivre sa vie de jeune. Cependant, c’est incompatible avec la discipline qu’exige le hockey. Alors, c’est la confrontation discipline/faire la fête qu’on voit chez ces jeunes. Pour certains, en plus, on sent qu’on les a poussés à faire du hockey. Parce qu’ils ne sont pas tous hyper motivés comme on le voit. Et on la sent cette pression constante d’atteindre les pros (alors qu’il y a beaucoup d’appelés, peu d’élus) qui vient de partout. Tout d’un coup, j’ai compris aussi pourquoi on ne ressent plus, dans la LNH, l’appartenance à une équipe. Écoute ! Pour eux, tu n’es qu’un pion qui sert leurs intérêts. Ils peuvent alors se dire: “pourquoi je me donnerais à fond pour une équipe qui pense peut-être déjà à m’échanger l’an prochain pour une meilleure option que moi ?”
En tout cas, le film, malgré son rythme lent, est très intéressant. Et ça paraît que ce ne sont pas des hockeyeurs qui ont tourné ça: on voit des joueurs pleurer ! Je n’y croyais presque pas tellement il y a la pression d’être viril dans le sport. Alors,de les voir émus, tristes et déçus à certains moments, ça m’a agréablement surpris. Néanmoins, le film n’est pas parfait et quelques séquences (je pense surtout à celle où on voit l’opération médicale à une épaule d’un joueur) auraient pu être coupées. Par contre, je félicite l’équipe: autant on assiste à tous ces moments intenses et des discussions qui se font habituellent en huit-clos, autant personne ne semble remarquer la caméra. Comme quoi, les participants de télé-réalité ont raison : à force de vivre entourés de caméras, on finit par ne plus les voir.
Verdict du Satellite: 9.1/10. À voir pour avoir l’autre côté de la médaille du hockey junior.
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